Des animaux et des hommes

L'Histoire : Des animaux et des HommesLes animaux aussi ont une histoire… et font l’histoire. Des premières domestications, au Néolithique, au souci actuel de la biodiversité, les rapports avec les bêtes, et l’imaginaire qui s’en est nourri, sont de formidables révélateurs des sociétés humaines. Découvrez dans ce numéro spécial un champ pionnier des études historiques, en plein renouvellement. Avec la participation de Xavier de Planhol, Daniel Roche, Robert Delort, Jacques Berlioz, Michel Pastoureau, Eric Baratay, Maurice Agulhon, Philippe Descolat et Olivier Postel-Vinay.

Au sommaire du numéro de janvier 2009 de L'Histoire : Les animaux sont notre histoire

Longtemps, la discipline historique a dédaigné l’histoire des animaux : qu’avaient-ils de commun avec les passions des hommes, les révolutions ou les crises économiques ? Il y avait bien des chevaux sous les cavaliers, des boeufs devant les charrues, du gibier pour les chasseurs, mais les représentants de notre espèce occupaient toute l’attention ; eux seuls savaient parler, écrire éventuellement, et se massacrer pour de grands idéaux. C’est depuis les années 1960, lorsque jaillirent les premiers cris d’alarme du mouvement écologiste, que la curiosité des historiens, orientée vers de multiples objets nouveaux, a pu se diriger dans un domaine jadis réservé aux praticiens des sciences de la nature. C’est aujourd’hui un grand chantier en pleine activité.

Au coeur des rapports entre l’homme et l’animal, une question a émergé, celle de la survie des espèces. On sait quelles polémiques ont accompagné la réinsertion de l’ours dans les Pyrénées ou celle du loup dans le Mercantour. Exemples locaux d’une controverse de longue portée : les points de vue divergents du géographe Xavier de Planhol et du sociobiologiste Edward O. Wilson sur la crise de la biodiversité nous montrent à quel point l’histoire des hommes et celle des animaux sont tressées l’une avec l’autre.

Ces relations, pourtant, n’ont rien d’immuable. Toutes les sociétés ne connaissent pas la domestication, ni le sacrifice, ni l’interdit alimentaire. Toutes ne se donnent pas les mêmes droits sur les animaux. En Occident, au Moyen Age, les animaux sont devenus inséparables des hommes : nourriture, force d’énergie, matières premières, mais aussi compagnons de vie et sources inépuisables d’un merveilleux pas toujours très chrétien. Cependant, cette proximité de l’animal ne lui épargnait pas la violence. Au XIXe siècle, devenues plus que jamais bonnes à tout faire, après la révolution agricole et avec la révolution industrielle, les bêtes subissent la domination impitoyable de leurs maîtres. « Toute la nature proteste, écrit Michelet dans Le Peuple , contre la barbarie de l’homme qui méconnaît, avilit, qui torture son frère inférieur : elle l’accuse devant Celui qui les créa tous les deux.» C’est alors que naît, en 1845, à Paris, la Société protectrice des animaux.

La nouveauté de notre époque est l’attention portée à toutes les espèces, y compris à ces animaux sauvages souvent en voie de disparition. Peut-être encore une façon de s’intéresser à soi ou, pour le dire autrement, à la continuité entre l’animal et l’homme. Sur quoi repose vraiment l’exceptionnalité de l’espèce humaine ? D’Aristote aux plus récentes expériences scientifiques, la question, de fait, n’a jamais été résolue.

Contenu du Dossier :

  • Des animaux et des hommes
  • Un partage du monde ?
  • Comment on a domestiqué le cheval
  • Dans l’animal, tout est bon
  • Qui est vraiment la cigogne ?
  • Le bestiaire symbolique du Moyen Age
  • Le grand rapprochement
  • L’ethnologue, l’Amazonie et les bêtes sauvages
  • La fin de l’exception humaine


Source : Histoire-généalogie

La domestication des animaux est une exception... si l'on ramène ce phénomène à l'échelle de l'histoire humaine et du monde. elle est apparue il y a douze mille ans autour de la Méditerranée et en Asie Mineure. Les sociétés tribales ne domestiquent pas les animaux, rappelle le professeur au collège de France Philippe Descola, non par ignorance technique mais pour des raisons symboliques : dans ces sociétés, les animaux sont sous la protection des esprits et non sous celle des hommes. Certaines tribus indiennes recueillent les petits des animaux qu'ils ont tués à la chasse et les nourrissent. (NDLB: Il existe encore des réserves d'indiens en France!)

Une photographie d'une femme Yanomami allaitant son enfant et ... un jeune singe démontre sans long discours une forte différence culturelle avec le monde occidental ! Tout au moins avec le monde occidental actuel cr il n'en a pas toujours été ainsi. Au Moyen Age, Michel Pastoureau rappelle que l'animal était omniprésent dans l'imaginaire et dans la vie de tous les jours. Certains animaux sont alors considérés comme "des êtres moraux responsables de leurs actes", tels les porcs estimés très intelligents. Les procès instruits contre les animaux, voire leur excommunication, peuvent certes faire sourire, mais Michel Pastoureau met en garde contre l'anachronisme dans notre jugement de valeur. Le Moyen Age a une autre vision que la nôtre et les animaux un autre statut... peut-être préférable de leur point de vue!

Avec la révolution industrielle, le nombre d'animaux d'élevage explose montre Eric Baratay. Entre la Révolution et 1914, on passe ainsi de sept à quatorze millions de bovins, de deux à trois millions de chevaux. On compte 33 millions de moutons en 1852 pour 32 millions d'habitants ! Le paysage évolue suite à cette croissance du nombre d'animaux d'élevage. La rareté des terres fait disparaître la transhumance et le droit de vaine pâture supprimé en 1889. La sédentarisation du cheptel entraîne son enfermement dans les soues et clapiers et le bétail est parqué sur les terres des éleveurs. Bref, la revue L'Histoire propose dans son dossier de janvier 2009 des articles passionnants.

On ne parlera pas de l'article sidérant du professeur de géographie émérite Xavier de Planhol qui ouvre ce dossier sur six pages. Pour cet auteur, l'homme doit encore et toujours combattre les animaux. Sa conclusion résume son article : "En ce XXI ème siècle, l'homme devra, sans défaillance, non seulement monter la garde aux frontières de l'espace qu'il s'est réservé mais aussi, au coeur de celui-çi, veiller sans relâche et tuer sans pitié." Les autres articles du dossier de L'Histoire ont heureusement de toutes autres positions.

source : L'écologiste n°28

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