En Ardèche, les amateurs aiment bien tirer le pigeon ramier, y compris en dehors des périodes légales. Les associations de protection attaquent donc les contrevenants en justice pour braconnage. Pour débloquer la situation, le préfet classe le pigeon dans les espèces nuisibles, et voilà tous les braconniers devenus chasseurs. Chez nous, le braconnage est une institution d'État.
N'a-t-on pas vu des personnalités officielles venir encourager les braconniers, comme M. Estrosi, député UMP des Alpes-Maritimes, dans le parc du Mercantour, ou M. Bonrepaux, député PS de l'Ariège, dans les Pyrénées, ou M. Pipien, du ministère contre l'écologie, au col de l'Escrinet, pour ne rien dire de la pointe de Grave, de l'étang de Berre et de toutes les «zones de non-droit» évoquées avec horreur mais chéries avec amour par les mêmes défenseurs de la loi et de l'ordre?
Lorsqu'on voit un ministre dit de l'Écologie (M. Lepeltier) préconiser officiellement l'abattage des loups, animaux protégés par la convention de Berne et massivement représentés chez nous par quarante-cinq individus (NDLB : En 2007), on peut logiquement s'attendre à ce que le ministre de la Culture autorise la lacération de La Joconde (dont on possède plusieurs excellentes copies). Le braconnage n'est contesté par aucun parti politique. Les communistes le défendent comme un «loisir populaire», la gauche comme une «conquête de 1789», la droite comme une «tradition nationale ou régionale». D'ailleurs, les ortolans braconnés dans le Sud-Ouest avec la bénédiction des autorités finissent directement sur la table des politiciens de droite (Alain Juppé) comme de gauche (François Mitterrand ou Henri Emmanuelli...). Bon appétit, messieurs !Armand Farrachi
Source : Armand Farrachi : Petit lexique d’optimisme officiel