Ariège : chasseurs dans la rue

Cet après-midi, dans les rues de Foix, l'extrême chasse ariégeoise est dans la rue avec les ultra-pastoraux de l'ASPAP. Leur cible n'est pas le Comité Ecologique Ariégeois qui vient d'obtenir une victoire en justice, mais les écologistes en général et l'ours des Pyrénées, espèce protégée. 

Ma rue à moi, c'est mon blog où je contre-manifeste avec colère. Venant à peine de terminer le livre "Pour en finir avec la chasse, la mort-loisir, un mal français" de Gérard Charollois, je vous en livre un deuxième extrait. Le premier extrait s'appelait : "La législation cynégétique est anti-démocratique".

Gérard Charollois : (...) Les notables provinciaux qui occupent les fonctions de «cynégécrates» bénéficient d'un réseau incomparable de relais locaux avec s associations communales de chasse, et, à l’échelon national, ont représentés par une union des fédérations, ce qui confère au lobby une structure pyramidale efficace. Face à lui, l'immense majorité des contemporains, désireux d'instaurer avec la faune un autre lien que celui du fusil, du piège ou du poison, ne peut guère se faire entendre et n'est pas représentée dans les organes politiques.

Les associations de protection de la nature reposent sur le militantisme, l'investissement personnel, le don de soi, de son temps, souvent de son argent, sans autre gratification sociale que celle du devoir accompli, essentielle pour quelques-uns. Ces associations ne sont pas soutenues par les pouvoirs publics intimidés par les chasseurs. Leur constitution est libre. (...)

Sociologie du fusillot

Les idées reçues voudraient que le paysan d'antan et, pourquoi pas l’exploitant agricole industriel, connaissent la nature en raison de leur contact direct avec elle. L’immersion dans le monde rural dément cette vision bucolique du cultivateur «jardinier de la nature», du «bon berger» amoureux de sa montagne sauvage. Mais les faits parlent: les haies sont arrachées, les ruisseaux recalibrés, les champs empoisonnés par les pesticides, les montagnes  sont «aménagées» de routes et tunnels, les marais asséchés, la faune, méconnue dans ses lois biologiques, se compose, pour les esprits ruralistes, de ce qui se mange: le «gibier», et de ce qui ne se mange pas: les «nuisibles». 

Pour ces «ruraux», minoritaires même au sein du monde rural, les «écolos» ne fréquentent que «les salons» et les «technocrates» que Bruxelles. En dénonçant la mort de la nature, la dégradation de la qualité des eaux, des sols, de l'air et de l'alimentation, comme en défendant les ours, les loups et les oiseaux migrateurs, les écologistes ne font que s'opposer aux «saines traditions» et aux puissantes racines locales dont le tracteur pulvérisateur, l'élevage industriel et concentrationnaire, le saccage des paysages et bien sûr la chasse, y compris au magnétophone, sont des manifestations  «culturelles».  À dire vrai, le discours des leaders de ce courant d'idées ne trouve guère d'écho, même dans les cours de fermes, tant il est caricatural.

En niant cette évidence, les animateurs du parti politique d’extrême-chasse se condamnent à n'apparaître que pour ce qu'ils sont: les réactionnaires de notre temps. Toutes les époques ont eu leur «grand débat» :

  • républicains contre monarchistes,
  • laïcs contre cléricaux,
  • sociaux-démocrates contre marxistes,
  • pacifistes  contre militaro-nationalistes,

et aujourd'hui, «écologistes» contre «chasseurs».

Le concept de «chasseurs» pourrait englober non seulement ceux qui abordent la nature avec un fusil et un permis de détruire la faune, mais tous ceux qui veulent anéantir la biodiversité, artificialiser l'espace, qui préfèrent une autoroute à une espèce protégée. Un président de fédération départementale des chasseurs Le la région Nord a écrit: «Entre un agriculteur qui empoisonne sa terre, cultive intensément, pollue mais tolère la chasse chez lui et un agriculteur qui préserve l’environnement, produit sain mais interdit la chasse sur son fonds, je préfère le premier. » (...)

Les chasseurs ne sont pas des « écologistes en action »

Chez le «militant chasseur français», la haine de «l'écolo» est viscérale, et rappelle celle des «bolchéviques» de «la calotte» : il vient d’ailleurs, est financé par l'étranger, relâche des vipères, de préférence par hélicoptère. Les slogans scandés dans les manifestations de rue des chasseurs exhalent cette violence brutale: «Tant qu'il y aura des arbres on pourra y pendre les écologistes», pendaison en effigie de leaders écologistes et injures sexistes contre la ministre le l'Environnement, lorsqu'elle s'appelait Dominique Voynet. Le courant politique d’extrême-chasse n'infiltre que le rural profond mais montre son vrai visage, peu tolérant, dans certaines zones géographiques comme les marais de Brière en Loire-Atlantique, en baie de Somme ou dans certaines vallées d'altitude.

La peur du loup (NDLB : ou de l'ours)

(...) En théorie, mais en théorie seulement, la destruction d'un loup constitue un délit correctionnel prévu et réprimé par l'article III et XXX de la loi 76629 et la France est tenue de protéger le loup en application de la directive européenne 92-43 du 21 mai 1992, et n vertu d’une convention internationale, ratifiée, dite de Berne, portant protection de la nature. Ce type de délit n'est pas sanctionné. (...)
 
N'y aurait-il plus enfin d'intouchables en France? La loi serait-elle enfin la même pour tout le monde? Serions-nous parvenus à l'État de droit? Pouvons-nous penser que la justice puisse atteindre tout délinquant, que la puissance publique fait montre d'impartialité, d'indépendance, d'irrespect pour les plus puissants?

Non. Il reste une bastille: le monde agro-cynégétique. Certains présidents de fédérations de chasseurs ont pu entre 1989 et 1998 user des fonds qui leur étaient confiés et de leurs salariés au profit de leurs campagnes électorales. Les éleveurs peuvent clamer qu'ils tuent des loups. L'institution judiciaire ne bougera pas. En Suède, qui tue un élan en période prohibée encourt effectivement quatre mois de prison ferme. La nature et l'État de droit sont défendus. En France, n'importe quel fusillot peut tirer un ours en toute impunité puisqu'il lui suffit d'invoquer la peur du gros animal qui le menaçait pour échapper à toute condamnation.

Ainsi, le tueur de l'ourse réintroduite Melba ne fut pas poursuivi à la suite de son méfait et le tueur de Cannelle, la dernière ourse de souche pyrénéenne fut relaxé. Comment oser soutenir que les chasseurs, exterminateurs de l'espèce ursine, furent menacés par leurs victimes? Des dizaines de milliers de randonneurs parcourent les Pyrénées chaque été sans qu'aucun n'ait jamais été dévoré par un ours. Seuls les chasseurs, bardés de leurs fusils, se trouvent en état de légitime défense! Nos «gestionnaires» agréés et officiels de la faune ont déjà anéanti l'ours pyrénéen par leurs battues aux cochongliers. 80 % des Français veulent des ours et des loups dans les montagnes, mais que vaut la démocratie et le droit face aux gesticulations de quelques centaines de «fonctionnaires» du mouton?

Il y a une vingtaine d'années, l'élevage ovin avait pratiquement disparu de ces régions alpines. Lors de la création du parc national du Mercantour, zone vouée légalement et officiellement à la protection de la nature (qu'on ne protège en ce pays qu'à plus de 2 000 mètres d'altitude), des discussions portèrent sur l'opportunité de subventionner massivement l'élevage des moutons.

Certains écologistes voulaient recréer une atmosphère « rétro» et, sous perfusion d'argent public, soutenir un secteur ovin. D'autres, dont je fus, mesuraient les risques d'un pastoralisme artificiellement maintenu, risques pour la flore, les sols érodés, et la faune sauvage susceptible de contamination par les troupeaux, et le danger de voir les parcs nationaux devenir des parcs à moutons. La subvention multiplia exagérément les moutons au détriment de la biodiversité. L’argent public est ainsi gaspillé au profit, non pas de  «bons bergers» à la Marie-Antoinette, mais de groupes d'intérêts bien éloignés de la poésie des montagnes.  (...)

Néanmoins, avec l'aval du Conseil d'État, le ministère autorise, en sus des destructions clandestines, des tirs de loups pour satisfaire les exigences des lobbies contre nature. Pour qui voudrait en finir avec le braconnage, les solutions seraient pourtant simples :

  • déférer aux tribunaux correctionnels ceux qui tuent les prédateurs;
  • affirmer la volonté politique de défendre la biodiversité ; 
  • reconsidérer les gaspillages de fonds publics en faveur d'activités agricoles socialement et écologiquement désastreuses; 
  • soutenir une agriculture non polluante et compatible avec le maintien d'une nature riche, diversifiée, observable.
Ainsi, en zone de montagne, l'aide publique pourrait être subordonnée à la présence des grands animaux: ours, loups, lynx. L'éleveur doit ne pas être sacrifié par la collectivité à la sauvegarde de la nature. Il est fondé à attendre de la société une prise en charge du coût écologique. Le risque lié aux grands prédateurs doit être collectivisé et ne pas peser sur quelques individus. Mais, en échange, la société peut prétendre à une protection nécessaire des prédateurs. Nullement dirigées contre un groupe social quelconque, nos critiques visent uniquement une mentalité contre nature. Les éleveurs qui souhaitent aborder le milieu naturel avec respect, bienveillance, compassion, intelligence (et il y en a) doivent être soutenus, encouragés, aidés. L'objectif n'est pas d'éliminer l'homme de la nature mais de les réconcilier. Cette réconciliation prépare celle des hommes avec eux-mêmes. Si «l'homme est un loup pour l'homme», cette comparaison n'est insultante que pour les loups.

Extrait de «Pour en finir avec la Chasse, la mort-loisir, un mal français» de Gérard Charollois
Editions radicaux libre.

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