Préambule
Chaque année, le Service de la Statistique et de la Prospective (SSP) effectue une enquête cheptel destinée à déterminer les évolutions d’effectif concernant les différentes filières d’élevage.
Cette étude représente l’ossature de la publication annuelle de l’Institut de l’Elevage «Les chiffres clés, productions ovines lait et viande» Lien : Les chiffres clés de la filière ovine 2009, dont la mouture 2009, portant sur l’année 2008, a été mise en ligne ces dernières semaines. Cette publication existe également pour d’autres filières d’élevage.
Structures de production
A l’automne 2008, le nombre de brebis mères allaitantes était de 4 698 900 animaux, soit une baisse d’un peu plus de 7 % par rapport à 2007. Soit également une baisse d’environ 24 % depuis 2000. Le nombre de brebis mères laitières était fin 2007 de 1 588 900 animaux. Ce chiffre est relativement stable depuis 2000.
- Animaux
|
|
1990 |
2000 |
2006 |
2007 |
2008 |
2008/2000
% |
2008/1990
% |
|
Brebis allaitantes |
7
120 000 |
5
704 000 |
4
857 000 |
4
688 900 |
4
341 500 |
-
24 |
-
39 |
|
Brebis laitières |
1
356 000 |
1
602 000 |
1
605 470 |
1
604 500 |
1
588 900 |
-
1 |
+
17 |
|
Total brebis |
8
476 000 |
7
306 000 |
6
462 650 |
6
273 400 |
5
930 500 |
-
19 |
-
30 |
|
Tous ovins |
11
071 000 |
9
324 000 |
8
494 180 |
8
284 500 |
7
781 200 |
-
17 |
-
30 |
- Exploitations
54 247 exploitations détenaient des brebis allaitantes début 2009, soit une baisse de 9 % par rapport à l’année dernière et de 65 % par rapport à 1989. Elle approche les 40 % sur les 10 dernières années.
Cette concentration dans la détention du cheptel s’observe également pour la sous-filière laitière : 4 910 exploitations début 2009. Soit une baisse de 33 % depuis 1989. Le phénomène est cependant moins marqué pour cette production.
|
Au 1er
Janvier |
1979 |
1989 |
1999 |
2007 |
2008 |
2009 |
2008/1989
% |
|
Ayant des brebis allaitantes |
191
850 |
153
900 |
89
040 |
68
149 |
59
305 |
54
247 |
-
65 |
|
Ayant des brebis laitières |
7
320 |
5
990 |
5
364 |
5
052 |
4
910 |
-
33 |
Evolution du nombre d’exploitations - source : SSP (enquête cheptel)
La régression du nombre d’exploitations détenant des ovins ne s’explique pas seulement par le déclin du cheptel, mais aussi par la régression du nombre d’exploitations détenant des petites quantités d’ovins.Fin 2004, la Fédération Nationale Ovine estimait que 34 000 des 76 755 exploitations détenant des ovins en possédaient moins de 10 (citée dans le très anti-prédateurs rapport des sénateurs Bailly et Fortassin).
Le dossier de presse du 30 août 2007 publié par le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche mentionnait que seules 10 000 exploitations viande détenaient plus de 150 brebis (mais sans préciser sur quelle année était basée cette statistique, vraisemblablement de peu antérieure à la publication).
L’Institut de l’Elevage a estimé que 82 % de l’activité ovins-viande est assurée par 16 000 exploitations.
63 % des brebis allaitantes sont détenues dans des troupeaux de plus de 200 têtes. Cette proportion atteint 84 % pour les brebis laitières. Le bimestriel Bimagri, édité par le Ministère de l’Agriculture, précisait dans son N°1533 de juillet-août 2008 que 30 % des troupeaux ovins (toutes tendances) comportaient plus de 400 brebis. Cette même revue précise que la taille moyenne du troupeau des exploitations véritablement spécialisées ovines oscille autour de 350 brebis.
Les éleveurs de brebis sont généralement assez âgés : 59 % d’entre eux ont plus de 50 ans, dont 28 % plus de 60. Les plus de 50 ans détiennent encore 41 % du cheptel. Les moins de 35 ans ne représentent que 7 % des éleveurs, mais détiennent 12 % du cheptel.
Répartition Géographique
L’essentiel du cheptel ovin se situe au sud d’une ligne « La Rochelle-Lyon ». Les régions de métropole présentant les plus gros effectifs sont les suivantes, par ordre décroissant :
- Midi-Pyrénées, Aquitaine, PACA, Charente-Poitou, Limousin, Auvergne, Rhône-Alpes ;
Ainsi donc, de 1990 à 2007, les plus fortes baisses d’effectifs ont été relevées dans les régions suivantes :
- Bretagne - 57 %, Ile de France - 50 %, Basse Normandie et Pays de Loire - 49 %, Centre - 48 %, Nord-Pas de Calais - 47 %, Bourgogne - 46 %, Charente-Poitou - 45 %, Limousin - 44 %.
- PACA - 5 %, Lorraine - 9 %, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon -18 %, Alsace et Rhône-Alpes - 19 %, Champagne - 22 %, Aquitaine - 24 % ;
La présentation 2008 se limite aux variations de cheptel entre 2007 et 2008. Cela ne témoigne pas d’une tendance récente différente, hormis les régions à faibles effectifs présents :
- Plus fortes baisses : Centre - 7 %, Pays de Loire - 6 %, Charente-Poitou, Limousin et Bourgogne - 5% ;
- Stabilité ou très faible baisse en Rhône-Alpes, Franche-Comté, Midi-Pyrénées, Aquitaine et Languedoc-Roussillon ;
Consommation
L’approvisionnement en viande ovine en 2008 est majoritairement (57 %) assuré par de la viande importée.
|
Provenance
des importations |
Viande
ovine (vif compris) en milliers de tec* |
||
|
2006 |
2007 |
2008 |
|
|
Royaume-Uni |
58,8 |
48,3 |
61,0 |
|
Irlande |
30,1 |
27,5 |
23,9 |
|
Pays-Bas |
4,9 |
5,3 |
3,2 |
|
Espagne |
11,2 |
12,3 |
8,9 |
|
Nouvelle Zélande |
30,1 |
34,7 |
31,3 |
|
Autres pays |
6,6 |
9,3 |
9,6 |
|
Total |
141,7 |
137,4 |
137,9 |
Importations – sources : Douanes. * tec : tonne équivalent carcasse
Contrairement à une idée reçue, la Nouvelle Zélande n’est pas le principal fournisseur de la France. Il est néanmoins exact que les importations en provenance de Nouvelle Zélande ont tendance à progresser, alors que celles en provenance d’Irlande diminuent, et celles en provenance du Royaume-Uni fluctuent en fonction des épidémies de fièvre aphteuse, comme en 2001 et 2007. C’est donc en 2008 le Royaume-Uni, avec 44 % des importations, qui arrive encore en tête, devant la Nouvelle Zélande, avec 23%, qui devance l’Irlande (17 %) pour la deuxième année consécutive.
43 % de la viande consommée en France en 2008 était d’origine hexagonale [103 000 tonnes équivalent carcasse (tec) sur 237 000]. Cette proportion est à peu près stable depuis quelques années. Il en est de même des échanges d’animaux vivants. Les premiers chiffres pour 2009 laissent toutefois apparaître un accroissement relatif de la viande d’importation.
La consommation annuelle par français continue sa régression tendancielle (3,6 kg/an/personne, - 8 % par rapport à 2007). Cette consommation était de 5,4 kg en 1990. C’est à dire une baisse d’un tiers en 18 ans. Le début des années « 90 » demeure la période pendant laquelle la consommation de viande ovine par habitant a été la plus élevée, toutes origines confondues.|
|
Consommation en
kg/habitant
|
Variation en %
|
|
Consommation viande
ovine
|
||
|
|
1990
|
2008
|
|
|
année
|
en kg/habitant
|
Ovin
|
5,4
|
3,6
|
- 33
|
|
1980
|
4,1
|
Caprin
|
0,1
|
0,1
|
-
|
|
1990
|
5,4
|
Bovin
|
29,7
|
25,7
|
- 14
|
|
1995
|
5,1
|
Porc
|
35,4
|
34,6
|
- 2
|
|
2000
|
5,0
|
Volaille
|
21,3
|
24,3
|
+ 14
|
|
2001
|
4,1
|
Cheval
|
1,0
|
0,3
|
- 70
|
|
2005
|
4,0
|
Total (hors abats)
|
92,9
|
88,6
|
- 5
|
|
2007
|
3,9
|
Consommation indigène de viande en France - source : SSP
Source : Office de l’élevage
La baisse de consommation de viande ovine s’inscrit dans un contexte global de réduction de la part de la viande dans l’alimentation. Cette diminution est cependant plus marquée pour l’agneau que pour n’importe qu’elle autre viande. A l’exception de la viande chevaline, en chute libre depuis 30 ans.
La consommation de viande ovine ne s’est jamais remise de l’épidémie de fièvre aphteuse de 2001 en Grande Bretagne. Car même si la baisse de consommation s’est amorcée vers 1995, la chute enregistrée en 2001, suite à l’effondrement des importations britanniques, n’a jamais été compensée après.
Pour la viande spécifiquement d’origine française, le bilan est encore plus sombre. En effet, en 1990, viande indigène et étrangère se partageaient le marché à parité.
Cela représentait donc 2,7 kg de viande d’origine française/personne/an. Cette consommation est tombée en 2008 à 1,6 kg (43 % de 3,6 kg). Soit donc une baisse de 42 % en 18 ans. Si on remonte un peu plus en amont, le constat est encore plus marqué. Vers 1980, les Français consommaient chacun à peine plus de 4 kg de viande ovine, mais la provenance était hexagonale à près de 80 %. A cette époque on mangeait autour de 3,2 kg d’agneau français par personne et par an. La consommation a donc été divisée sensiblement par 2 en à peine 3 décennies.L’examen détaillé des classes de consommateurs ne permet (toujours) pas d’être très optimiste pour l’avenir de la filière. Seuls 38 % des moins de 35 ans ont acheté de la viande ovine en 2008, représentant 7 % des volumes (chiffres stables). A titre de comparaison, le taux de pénétration atteint 75 % chez les plus de 65 ans, soit 36 % des volumes. Les efforts de «reconquête ovine» auprès notamment du jeune public, telle la discrète campagne «Agneau presto» depuis 2008, n’ont pas à ce jour produit d’effet sur la consommation.
Perspectives
La publication «Tendances lait et viande N°195» d’octobre 2009 (lien : Tendance lait et viande N°195 pages 17-18), permet déjà de se faire une idée de l’orientation en 2009.
Dans ce contexte commercial toujours très difficile, il n’est pas non plus inutile de rappeler la très forte dépendance aux subventions de la sous-filière ovins-viande. Le Réseau d’Information Comptable Agricole (RICA) n’individualise pas les données nationales entre caprins, ovins-lait et ovins-viande. C’est cependant le cas pour les ovins en région Midi-Pyrénées, plus gros troupeau ovin de France (18 %). Voir le lien : Résultats du RICA Midi-Pyrénées 2007 (page 4).
Les plus récents résultats (2007) pour les 1 733 exploitations ovines viande représentées sont éloquents :
- Résultat courant avant impôts : 12 400 € par exploitation
- Total des subventions versées : 42 000 € par exploitation
Je reprendrai donc, à nouveau, la conclusion du dossier de l’élevage N°371 d’octobre 2007, qui n’a pas pris une ride :
«Il semble que la seule alternative laissée aux filières européennes de viande ovine soit aujourd’hui importer encore plus ou consommer encore moins.»
Marc LAFFONT
DDEA du Lot - Unité DD