Ours : Dubuc - Arcangeli : le passé et l'avenir

Sur FR3, dans l'émission «La voix est libre» du samedi 9 novembre, un intéressant débat entre François Arcangeli, maire d’ARBAS, président de l’ADET et Gérard Dubuc, maire de Saint-Lary en Ariège et vice-président de l’ASPAP. (Un des vice-président)

Patrick Noviello, le journaliste, en évoquant les enquêtes policières en Ariège suite aux propos de Philippe Lacube : «Les éleveurs de l’ASPAP ressentent ces démarches comme un harcèlement...»

Gérard Dubuc, maire de Saint-Lary en Ariège et vice-président de l'ASPAP Gérard Dubuc : «Les éleveurs de l’ASPAP se sont sentis dans le collimateur effectivement, ce n’est pas par hasard que certains ont été auditionnés. Ils le sont d’abord parce qu’ils sont éleveurs sur les vallées d’Ax et aussi par ce qu’ils sont adhérant à l’ASPAP, donc harcèlement est peut être un très grand mot, mais enfin, il y a quand même là une orientation de l’enquête vers certaines personnes qui ne se sentent pas plus coupables que d’autres si tant est qu’il y a des coupables dans cette affaire là

Est-ce étonnant que la police dirige son enquête vers les activistes de l’ASPAP? Philippe Lacube, son président n’a t-il pas déclaré le 4 septembre 2009 : «Parce qu'ici en Haute Ariège, il y a des gens qui ont fait le ménage. Voilà, moi je peux vous dire, les yeux dans les yeux et très franchement, qu'il y a deux ours qui ont été tués ce printemps en Ariège, et particulièrement en Haute Ariège.»

Les éleveurs de l’ASPAP n’en sont pas à leur première sortie. Lire :

Outre le fait que les vrais problèmes du pastoralisme ne sont pas abordés par les responsables de l’ASPAP, seul l’ours comptant à leurs yeux, le vrai problème vient aussi du fait que les éleveurs se sentent au dessus des lois dans «leurs» montagnes. Deux ours ont été tués, «on a fait le ménage», on fait disparaître deux spécimens d’une espèce protégée : cela semble normal aux yeux de Gérard Dubuc. Il perçoit quand même que s’est critiquable : «harcèlement est peut être un très grand mot». Un maire, fonction officielle, s’étonne que la police s’intéresse aux membres de l’ASPAP qui eux, se sentent harcelés. C’est quand même hallucinant.

Le titre de la page de Louis Dollo : «Rafles en Ariège pour deux ours perdus» semble à la foi évoquer les années 40, la rafle du «Veldiv» et le manque de valeur de l’objet des recherches policières. Les ultra pastoraux semblent découvrir avec horreur que la liste des membres de l’ASPAP est aussi dans les mains de la police, que les services spéciaux suivent le dossier ours et les différents acteurs depuis bien avant les réintroductions. Leur immunité acquise ne serait-elle donc pas si normale que cela, si éternelle? Prennent-ils des risques? Leurs appuis politiques ne sont-ils pas suffisant pour couvrir leurs actes? En tout cas, les membres s’organisent selon Louis Dollo : «A la sortie de la gendarmerie, les noms des suivants sont connus et les intéressés prévenus pour tenir le même discours.» On se tient les coudes contre les pandores de la justice et on essaie de répendre la peur : «Avec une telle méthode, tout le monde est concerné. Ne croyez pas que cela ne peut arriver qu'aux autres. N'importe quel nom peut être donné par n'importe qui et vous pouvez vous trouver " raflé " sans même savoir pourquoi.» Le grand complot escrolo.

«La destruction volontaire de l’ours est une infraction» fait bien de rappeler Antoine Leroy, procureur de la république de Foix. Il semble que pour certains, il n’en est toujours rien. L’ADET rappelle qu’en 1994, il a fallu attendre trois ans pour avoir la preuve que dans le Béarn, l’ourse Claude avait bien été abattue. Attendons donc, l’épée de Damoclès reste suspendue au dessus de la tête du ou des auteurs de ces actes.

François Arcangeli avance une hypothèse sur la sortie de Philippe Lacube : le bouillant opposant n’apprécierait pas de voir le nombre de dégâts d’ours diminuer alors qu’il avait annoncé la fin du pastoralisme et des Pyrénées.  Dans le débat, j’ai trouvé Gérard Dubuc hésitant, tant sur les déclarations de Philippe Lacube que sur les prédations ou les raisons qui auraient pû pousser les éleveurs à tuer deux ours.
 
Je me marre quand Gérard Dubuc dit que les dégâts «n’ont pas été hyper médiatisés, j’en conviens.» Vont-ils encore augmenter la pressions sur la presse locale? Allons messieurs les journalistes, suivez l’exemple donné par la Dépêche sur l’exploitation de Michel Estrémé, la moindre brebis compte, la presse de caniveau a encore de beaux jours devant-elle.
 
Gérard Dubuc explique la dernière prédation chez Michel Estrémé : «Il y a eu des prédations sur la commune de Sentein, où une brebis qui n’a pas pu être parquée le soir,  parce que cela arrive dans la vraie vie de tous les jours (à cet instant, François Arcangeli s’agite sur sa chaise), on ne peut pas parquer toutes les bêtes le soir, même si l’éleveur avait rentré son troupeau... ». Étrange, Michel Estrémé disait lui : «Une de mes brebis a été attaquée, sans doute par Hvala, à quelques mètres de la maison où demeure mes parents, au pied de la bergerie». La distance était-elle trop grande pour rentrer la brebis? Voilà encore deux informations parfaitement contradictoires.  Les intéressés ont-ils été prévenus pour tenir le même discours? Pas suffisamment semble-t-il.
 
Gérard Dubuc déplore les infractions qui auraient été commisses, mais semble les excuser : «Vous savez, lorsque les gens ont l’impression de ne pas être entendus et parfois de se sentir méprisés, on ne peut pas répondre de ce que sera la réaction des hommes, donc je ne dirai pas les choses aussi franchement. Mais il est difficile de savoir si des gestes comme ceux-là, qu’on ne peut pas partager, bien entendu...»
 
Comment être entendu quand on boycotte toutes les réunions organisées par l’État sur l’ours ? Par des manifestations dans la rue ou des actes de violence? Le refus de négocier ne peut pas être un justificatif à la violence et les responsables de l’ASPAP, qu’ils soient politiques ou pastoraux portent la responsabilité du refus du dialogue et des infractions qui ont été et seront commises.
 
François Arcangeli site alors les chiffres des dégâts de la chambre d’agriculture de l’Ariège : 123 brebis tuées par l’ours (de janvier à fin septembre) et 6% de pertes sur les troupeaux et 10% sur les agneaux «ce qui représente sur l’ensemble de la chaîne, 1000 brebis par semaine qui meurent dans les montagnes, toutes causes confondues. » Dont 3 à cause de l’ours, 3 sur mille!
 
François Arcangeli, maire d’ARBAS, président de l’ADET Pour le maire d’Arbas : «On sait de toute façon que s’il n’y a pas poursuite du plan de renforcement, à terme, la population d’ours disparaîtra, et la France s’est engagée à ne pas la laisser disparaître (...). Effectivement, on s’y est pris trop tard, mais ce n’est pas parce qu’on s’y est pris trop tard qu’il ne faut pas le faire (...) Aujourd’hui la population augmente doucement, un peu trop doucement à notre goût (...) et il faut poursuivre pour rendre aux Pyrénées ce patrimoine naturel et culturel qui est là depuis plusieurs centaines de milliers d’années.» Un objectif qui devrait satisfaire l’ASPAP vu son nom d’Association de sauvegarde du patrimoine d’Ariège Pyrénées. Encore faut-il que l'objet social réel de l'association corresponde aux statuts. On en est loin.

Gérard Dubuc : «Nous ne demandons pas que les ours existant soient enlevés, nous demandons que les ours existants soient gérés ...» Sans plus d’explications. On y apprend que la chauve-souris «obtient grâce à ses yeux», non pas parce qu’elle est en voie de disparition, mais parce qu'il (l'animal en danger de disparition) «n’est pas dangereux et perturbateur des activités des hommes. Les activités des hommes, pour moi, c’est là l’essentiel. Est-ce qu’il faut à grands frais, réintroduire des ours (...) on nous dit que pour que la population d’ours soit viable, il en faudrait 150 sur le territoire. Si on multiplie les chiffres de Monsieur Arcangeli par 150, cela fait beaucoup... »

Première erreur de calcul. Voilà que Gérard Dubuc veut multiplier les dégâts de plus ou moins 20 ours par 150 au lieu de par 7,5. J’espère qu’il ne calcule pas ainsi le budget communal de Saint-Lary. Mais François Arcangeli retourne l’argument sur le fond et pas sur les chiffres : «Oui,  mais la réalité vous donne tord : la population a augmenté ces dernières années et la prédation baisse. C’est bien la preuve que ce n’est pas du tout linéaire, que la protection des troupeaux est efficace (... ) »

Le journaliste de "La voix est libre" aborde alors l’opinion des hommes et les sondages. Les deux maires qui sont séparés par 5 kilomètres ont des visions opposées des résultats, ce qui ne surprendra personne. François Arcangeli : «A Saint Lary, il y a beaucoup de dégâts et de notre côté, il y en a beaucoup moins. Alors de deux choses l’une : soit les ours sont extrêmement taquins au point de considérer quand ils arrivent sur la crête de Cornudère, et ils disent oh la ! Là on va arriver du coté de Mr le maire d’Arbas, on ne touche pas aux brebis ; ou alors, l’autre explication plus rationnelle cela serait peut-être de considérer que d’un côté il y a un certain nombre d’éleveurs qui ont mis en place des actions de protection et que cela fonctionne et que de d’autres, d’un point de vue plus dogmatique refusent de mettre en place ces actions et donc effectivement subissent les prédations d’un ours qui a toujours, qu’il soit pyrénéen ou pas, fait des dégâts dans la montagne? »
 
Coincé entre Arbas et Melles, deux communes où les estives sont protégées, Saint-Lary apparaît bien comme une table ouverte pour l’ours avec ses brebis en liberté. Gérard Dubuc déplore qu' à Melles et à Arbas « ce n’est pas la sécurité complète », ce qu’admet volontiers François Arcangeli. Le mieux est l'ennemi du bien : s'il y a quand même des dégâts où l'on se protège, pourquoi se protéger?" Raisonnement simpliste.  Gérard Dubuc s’embrouille alors dans la «biodiversité humanisée (...) où les animaux domestiques n’auront pas le même rôle » (On se demande bien pourquoi?) La fameuse biodiversité à visage humain de Bruno Besche-Commenge que vous ne trouverez dans aucun manuel de biologie) avant de déclarer : «L’image de l’ours est irrationnelle dans la mesure ou on veut jouer sur l’affectif des gens et qu’on écarte la raison et les constats de terrain qui sont accablants avec la petite population d’ours des Pyrénées. Vouloir livrer les Pyrénées à quelques centaines de bêtes sauvages sur nos territoires, cela veut dire replis du pastoralisme, abandon des montagnes (...).»

Outre que les images sanglantes de la Dépêche qui jouent sur l’affectif me viennent à l’esprit, une autre idée me vient en tête immédiatement, la voici, il suffit de changer quelques mots...

«L’image du berger est irrationnelle dans la mesure ou on veut jouer sur l’affectif des gens et qu’on écarte la raison et les constats de terrain qui sont accablants pour le pastoralisme en crise dans les Pyrénées. Vouloir livrer les Pyrénées à quelques centaines de milliers de bêtes domestiques sur nos territoires, cela veut dire le repli ou la disparition de la population d’ours, l'abandon des engagements de l’État et des espèces protégées.» Un argument que l'on retourne aussi facilement me semble bien creux.

François Arcangeli explique alors qu’il est autant sur le terrain que Gérard Dubuc, que les mesures de protection permettent de diminuer les prédations, toutes causes confondues de 90%. « Aujourd’hui on est devant le paradoxe qu’il y a dans les Pyrénées moins de pertes sur les troupeaux qu’avant le retour de l’ours, parce que les éleveurs qui ont mis en place des actions de protection ont tellement moins de pertes que les 123 brebis tuées cette année par les ours sont largement compensées par les autres. » Pour les autres, ceux qui refusent de se protéger, les pertes s’additionnent d’où l’effet de la goutte qui fait déborder le vase et le rejet «irrationnel» et aveugle du plantigrade qui perdure depuis plus de 10 ans.

François Arcangeli termine alors sa démonstration : «La vraie question, et Monsieur Dubuc le sait, ce n’est pas le nombre de brebis qui sont tuées par les ours chaque année. Le vrai problème, c’est les conditions de vie et de travail des éleveurs de montagne qui font un métier difficile. Il suffit de regarder les chiffres. Les éleveurs, quand ils ont 100 euros de bénéfice, à la fin de l’année, ils reçoivent 200 euros de primes. Ils sont dans un tel état de difficultés financières que, quand ils travaillent toute la journée, toute la richesse qu’ils produisent par leur travail paie les dépenses et que la moitié des primes qu’ils reçoivent continuent de payer les dépenses et il ne reste plus que la moitié des primes pour vivre. Et ce sont des primes environnementales. Donc il faut bien que quand on accepte des primes...» Le journaliste le coupe et Gérard Dubuc refuse alors de lier les primes à l’environnement, «un mélange des genres», selon lui. Les éleveurs n'aiment pas qu'on dise qu'ils acceptent bien les primes..)

Gérard Dubuc regrette que l’ASPAP n’a pas encore été reçu par Chantal Jouanno. Des regrets qui me semblent bien aveugles : faut-il rappeler les différents boycotts, le dossier explosif des «mensonges de l'Etat» jeté par Philippe Lacube à la tête du tribunal et tous les autres refus du dialogue. N’y a t-il pas lieu pour l’ASPAP de changer d’attitude et de devenir plus responsable de ses actes, plus rationnel?

Gérard Dubuc : «L’ASPAP n’a pas encore été reçu, on ne sait pas si on le sera. Si nous ne devions pas être reçu, nous ferions le constat que ces associations, dont je suis un des représentant ici, n’est pas reconnu par le gouvernement comme étant un interlocuteur (..., il devient brouillon) Je demanderais à Chantal Jouanno si elle nous fait l’honneur de nous recevoir, qu’il faut interrompre cette action de réintroduction des ours. »

Chantal Jouanno doit désespérer; elle pourrait elle aussi regretter de «ne pas avoir été entendue», mais il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Dans la sensationnelle interview de la secrétaire d’Etat par Thierry Sentous  (lire : Thierry Sentous interviewe Chantal Jouanno : Quand on pense Pyrénées, on pense ours, elle avait pourtant déclaré «On maintiendra la population d’ours. Nous poursuivons le plan qui est engagé et qui a toujours existé. La France ne renonce pas à ses engagements internationaux (…) La population d’ours est dans un état tellement faible que s’il n’y a pas d’opération de renforcement, à terme, elle ne se maintient pas ! C’est très clair (…) la pause, elle a eu lieu en 2006, parce que depuis 2006, il n’y a pas eu de réintroduction d’ours. (…) Le sujet n’est pas de dire moratoire ou pas moratoire. De toute façon, je suis contre le moratoire, cela n’amène à rien, cela ne fait que reculer le problème pour attendre que le suivant le gère. C’est très exactement cela la logique d’un moratoire. Il n’y a pas de logique de moratoire. C’est la logique du comment, qu’est ce qu’on fait et comment on le fait.

Inutile de dire qu’avec une telle obstination, l’ASPAP va encore se plaindre de sortir bredouille de son entretien et nous aurons droit à des “nous ne sommes pas entendus” ou “on méprise les éleveurs, je ne réponds plus de leurs actes” etc. Toujours plus de la même chose qui ne marche pas.

François Arcangeli demande lui : «que l’Etat assume ses obligations et que l’on poursuive l’opération de maintien des ours dans la montagne et je regrette malgré tout une nouvelle fois que l’on ne puisse pas engager le débat sur le fond : la vraie question qui se pose à nous, ce n’est pas de savoir si on est pour ou si on est contre, c’est de savoir comment on fait pour que les choses se passent mieux et tant que vous refuserez ce débat, dans les montagnes, et bien, vous resterez dans cette situation d’échec qui est la vôtre depuis 10 ans

Un débat utile.

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