Aie, comment vais-je faire ? Je voudrais publier une note qui présente une étude de Sophie Bobbé intitulée : "Entre domestique et sauvage : le cas du chien errant. Une liminalité bien dérangeante." Que va dire Gérard DUBUC, le maire de St Lary en Ariège, un des multiples vice président de l'ASPAP qui, quand Chantal Jouanno utilise le mot "anthropisme" considère que la secrétaire d'Etat "utilise un langage teinté de parisianisme." J'ai bien peur que "liminalité" ne pose problème. Sophie Bobbé habite t-elle à Paris? Si Sophie Bobbé pouvait venir à mon secours et proposer une définition compréhensible pour le vulgus pecus.
Wikipédia dit que "la liminalité est la période du rituel pendant laquelle, l'individu n'a plus son ancien statut et pas encore encore son nouveau statut".
Entre domestique et sauvage, l'instant ou tout bascule, l'instant ou l'animalité se réveille, comme la seconde entre le jour et la nuit, juste entre chien et loup.
Eric Rohmer disait
à propos de son film "Quatre aventures de Reinette et Mirabelle" : « L'heure bleue, c’est pas une heure, c’est une minute. Juste avant
l’aube, il y a une minute de silence. Les oiseaux de jour ne sont pas encore
réveillés. Et les oiseaux de nuit sont déjà couchés. Et là, là c’est le
silence. (...) Le silence dans la nature, ça fait peur. (…) C’est le seul
moment où on a l’impression que la nature s’arrête de respirer. Et ça, ça
fait peur! »
Entre domestique et sauvage : le cas du chien errant. Une liminalité bien dérangeante
par Sophie BobbéRésumé
Pour appréhender les représentations des chiens errant et divaguant, on a tout intérêt à les resituer au sein du bestiaire. Mais que faire quand ils en sont absents ? Les statuts social et légal de ces deux chiens nous permettent de mieux saisir les raisons du silence qui entourent leurs dégâts. Domestiques, ils se comportent en sauvages. Le chien errant est ensauvagé tandis que le chien divaguant est un garou. Autant nos classifications faunistiques prévoient une place pour penser le prédateur sauvage protégé, autant le prédateur domestique non protégé relève de l'indicible et devient de fait une aberration taxinomique. En cela il est monstrueux.
Table des matières
- Historique de la prédation du chien errant
- Qui sont ces chiens qui deviennent divaguants ?
- Un travailleur très indépendant
- Des arrangements peu ordinaires
- Statut légal et représentations sociales, le grand écart
«Le principe de classification taxinomique est universel, toutes les espèces y sont universellement soumises. Ce principe n'est transgressé à coup sûr que par des animaux imaginaires, anomalies certes, mais engendrées contre la taxinomie et non par la taxinomie».
Qui s'intéresse aux rapports que l'homme entretient avec l'animal ne peut que constater, à la suite de Dan Sperber, l'universalité du principe de classification taxinomique. Que l'on songe aux catégories conceptuelles à l'œuvre dans les bestiaires administratif, cynégétique, social, psychique…, qui nous permettent de penser la faune. Et Sperber d'ajouter, notons-le avec prudence, que «ce principe n'est transgressé à coup sûr que par des animaux imaginaires…». C'est précisément sur ce point que nous souhaiterions revenir, à partir d'un cas rarement évoqué, celui d'un animal pourtant bien réel qui, de par son comportement, se joue de nos catégories.
Le chien errant reste encore aujourd'hui le grand absent du bestiaire local. Tandis qu'ours et loup ont la vedette, le chien errant ne semble pas mériter de tenir le premier rôle. De ses actes, on ne parle pas. Simple argumentaire dans la prose journalistique, on le découvre parfois au détour d'une chronique consacrée au loup. Et c'est toujours dans une perspective comparatiste que ses méfaits sont mentionnés : «De nos jours l'animal [le loup] voit son image ternie par les chiens. Plus précisément les chiens errants […]». Il s'agit alors de dénoncer ses prédations «En 1993, seulement 5 attaques de chiens […] ont fait 75 victimes contre 32 pour les loups» , ou encore de démasquer les «pro-loup» qui ne manquent pas d'utiliser le chien errant comme faire-valoir de leur protégé «Pour minimiser les effets de la prédation lupine sur les troupeaux, les écologistes prétendent que 40 à 50 chiens errants dans le parc du Mercantour causent des dégâts […]». Pour Andrée Couturier, il s'agit d'une tricherie grossière visant à dissimuler la véritable identité du responsable : «Les chiens ensauvagés, subitement nombreux dans le sillage des loups, se voient imputer les dégâts aux troupeaux d'autant plus généreusement que l'aspect des blessures et la technique de mise à mort prêtent à confusion entre chiens et loups. De plus, des hybrides ont parfois été signalés […]».La promptitude à affirmer que le quadrupède entr'aperçu entre chien et loup est sûrement un loup est également mise à l'index par l'écologue Claude Dendaletche. Le Parc national italien du Gran Sasso a, lui aussi, jugé utile de rétablir la vérité en entamant une procédure juridique dans une affaire où les loups étaient à tort accusés de prédation. Dans ce cas, on s'en doute, le Canis familiaris est d'une grande utilité : «Les chiens errants et la foudre sont les causes les plus dangereuses de la destruction des troupeaux».
Vous pouvez consluter le document complet de Sophie Bobbé : «Entre domestique et sauvage : le cas du chien errant. Une liminalité bien dérangeante», Ruralia, 1999-05, [En ligne], mis en ligne le 25 janvier 2005.