Un accident de chasse mortel mais incompressible, le treizième

Un chasseur tue son beau-frère

"Terrible accident de chasse", ce 22 novembre sur la commune de St-Félix de Rieutort.

Laissons La Dépêche planter le décors... : "Ce devait être une partie de chasse comme ils avaient l'habitude d'en faire : vivre avec intensité cette passion qu'ici en Ariège on pratique et on se transmet de génération en génération. Mais, hier en fin de matinée, aux alentours de 11h30 sur la commune de Saint-Félix de Rieutort, la partie de chasse s'est terminée de façon dramatique entre ces trois beaux-frères, puisqu'elle a vu la mort accidentelle et stupide de l'un d'entre eux, C. Eychenne, 43 ans, demeurant aux Pujols, mortellement touché au foie par un coup de fusil accidentel de l'un de ses beaux-frères." Drame des amoureux de la nature. Quel romantisme dans le début de cet article de la DDM !

Les trois beaufs se suivaient en file indienne pour passer une cloture. En franchissant le fil, le deuxième a tiré dans le foie du troisième, qui n'a pas passé le fil mais de vie a trépas : "il semblerait que l'origine de l'accident réside dans le franchissement d'une difficulté du terrain à savoir un fil de fer tendu, de type clôture." Le journaliste se transforme en coupeur-de-cheveu-en-quatre-légiste. Inutile de tire qu'il n'y avait pas que le fil qui était tendu. Alertés vers 11h30, les pompiers de Varilhes et de Pamiers (près de Foix ?) se sont rendus sur les lieux mais le foie du chasseur n'a pas résisté, il est décédé sur place.

« Un accident rarissime… » intertitre et cite la Dépêche. Pour pouvoir dire que les accidents de chasse sont "rarissimes", il est utile de découper la France en départements, les départements en communautés de communes, puis en communes et enfin en lieu-dit. Nous auront droit ainsi à une trentaine d'accidents mortels rarissimes par an : "Cela faisait 3 ou 4 ans que l'Ariège n'avait pas connu ce type d'accident" a déclaré Jean Guichou le directeur de la Maison de la chasse. «Malheureusement, avec 40 accidents par an dans l'Hexagone, nous arrivons à un seuil, une part malheureusement quasi incompressible et ce malgré une prévention des risques de tous les instants… »

Ne vous tracassez plus braves gens, nous ne sommes qu'au treizième accident de chasse mortel de l'année, bien loin encore du chiffre "incompressible" de 30. C'est sans doute le destin. Au delà de 30, celà devient de la malchance, au delà de 40, de l'imprudence, au delà de 50 de l'incivilité. Quelle belle tradition pleine de romantisme. Quelle chance de mourrir "dans la nature avec intensité et passion en pratiquant la tradition héritée des anciens." Les malheureusement quasi incompressibles "sincères condoléances" vont encore pleuvoir sur les sites cynégétiques. Ce décompte macabre et hebdomadaire, traditionnel et rarissime fait partie du destin intensif réservé aux adeptes de la culotte en cuir ou en velours, de la veste décorée de glands, de feuilles de chêne et de trompes de chasse. Dormez braves gens; tout va bien, les trompes la mort restent en deça des normes annuelles. Sortez couverts.

Pendant ce temps, et ailleurs...

« Nous sommes actuellement à la mi-saison de chasse. Cette année, le nombre de recherches au sang a nettement baissé. Je voudrais croire que nos chasseurs se sont améliorés dans leurs tirs mais je sais très bien qu'il y a et qu'il y aura toujours des animaux blessés lors de nos parties de chasse.(...) Je n'arrive pas à comprendre comment, le soir, un gars puisse s'endormir sereinement alors qu'il sait que, quelque part au fond d'un bois, un animal blessé souffre et va agoniser peut-être durant plusieurs jours parce que lui, "chasseur", il n'a pas été au bout de son acte de chasse. Il n'a pas appelé un conducteur de chien de sang !(...)» a déclaré Marc BOULET, délégué de l'Union nationale pour l'utilisation du chien de rouge. Même si l'intention est bonne, je perçois juste un léger petit décalage entre les deux actualités.

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