Christophe, Georges et Bruno sont de bons pères de famille. Âgés de 41 à 44 ans, ils sont «bien insérés socialement», comme le souligne leur avocat Me Fossier. Ils ont un métier, des familles. Et une passion commune : la chasse. Tous les quatre sont titulaires de leur permis de chasse. Ils ont le droit de chasser du petit gibier.
Mais en ce 27 décembre 2008, la Saint-Sylvestre approchant, les trois chasseurs décident d’améliorer leurs réveillons. De nuit, ils se rendent près du camp militaire de Pontfaverger-Moronvilliers. Le gros gibier y prospère semble-t-il. «Ils avaient juste l’intention de tuer un sanglier, au départ», assure Me Fossier. La situation leur a un peu échappé quand un deuxième sanglier est passé à proximité. Elle a franchement dérapé quand… un cerf, puis deux, puis trois ont fait leur apparition !
Les chasseurs demandent réparation
Un peu dépassés par les événements, les trois braconniers ont appelé un camarade à la rescousse pour qu’il les aide à dépecer le grand gibier. Les quatre copains n’en ont pas eu le temps. Alors qu’ils commençaient à vider les animaux, ils ont été pris en flagrant délit par les gendarmes.
Hier, à la barre du tribunal correctionnel de Reims, les quatre hommes n’ont pas moufté. «D’habitude, on chasse sur Taissy, du lapin», a précisé l’un d’eux. Le président n’a pas manqué de lancer un petit commentaire: «Oui, là, c’est sûr, c’est plus intéressant le grand gibier!».
Me Brener s’est constituée partie civile pour la fédération des chasseurs de la Marne et la fédération des chasseurs de grand gibier. Ces associations s’occupent «de la préservation contre le braconnage, et protègent la faune sauvage». L’avocate rappelle qu’il existe un «brevet pour la chasse du grand gibier, on ne peut pas s’y adonner comme ça». Elle réclame le paiement solidaire de «7 000 euros représentant le prix des cinq animaux : 1 830 euros; et les deux sangliers : 745 euros» et 2 000 euros supplémentaires pour la fédération des chasseurs de la Marne.
«C’était une très belle chasse pour eux !» lance la substitut du procureur de la République. Elle requiert 1 000 euros d’amende chacun «pour qu’ils prennent conscience de la gravité des faits». Elle réclame aussi la confiscation des armes qui ont servi à tuer les animaux. Enfin, elle requiert une interdiction temporaire de chasser.
Me Fossier, pour la défense, indique que les braconniers «voulaient chasser un sanglier pour le réveillon. Un copain les a déposés, de nuit, dans les chaps de Beine-Nouroy». L’avocat a plaidé l’indulgence «pour ces hommes bien insérés socialement». Il a également réclamé la restitution des douze fusils confisqués par les gendarmes lors des perquisitions aux domiciles des trois prévenus.
Le tribunal a condamné chacun des trois braconniers à 300 euros d’amende. Il a prononcé la privation de leur permis de chasse pendant un an. Enfin, ils devront solidairement verser 400 euros de dommages et intérêts à la fédération des chasseurs et 900 euros à la fédération des chasseurs de grand gibier. Les fusils qui ont servi à tuer les cerfs et les sangliers ont été confisqués.
À noter que l’affaire a tout de même fait quelques heureux. Une fois dépecé par un équarrisseur professionnel, le gibier a été distribué à des associations caritatives rémoises.
P.B. (L'Union)