Pascal Dessaint : L'appel de l'huître, chroniques vertes et vagabondes

Par Pascal Dessaint

« ...La douceur d’une cuisse de fille, la lumière du soleil sur le rocher ou sur les feuilles, la sensation de la musique, l’écorce d’un arbre, l’usure du granite et du sable, la chute d’une eau claire dans une fontaine, la hardiesse du vent – qu’y a-t-il d’autre ? De quoi d’autre avons-nous besoin ? »

Edward Abbey

Pascal Dessaint : L'appel de l'huître, chroniques vertes et vagabondes Cette citation que Pascal Dessaint a mise en exergue de son recueil de chroniques réaffirme l’essentiel à ses yeux : préserver notre rapport au monde sensible, ce monde qui nous nourrit physiquement et spirituellement, alors même que l’homme contemporain tend à se replier et à adopter des comportements consuméristes.

Partant du quotidien, les petites histoires naturelles de Pascal Dessaint invitent chacun à réfléchir à l’avenir de la planète et à celui des humains qui la peuplent. Dans la même veine familière et souvent, drôle qu’ «Un drap sur le Kilimandjaro», ces billets d’humeur de Pascal Dessaint sont avant tout une déclaration d’amour à la vie et à la littérature.

Ce petit livre de Pascal Dessaint me ravit. Ces petites chroniques plaisantes me font penser à celles de Philippe Delerm dans «La première gorgée de bière», sauf qu’ici, cela sent le Sud-Ouest, Toulouse, Arcachon et les Pyrénées. On y rencontre au hasard d’un sentier François Arcangeli, Francis Chevillon sur son estive au dessus du village d’Esbintz ou Jean-Jacques Camarra. Une foule de petits plaisirs simples, comme la couverte l'évoque quand on met les pieds dans l’herbe ou "l’appel de l’huître". A lire sans modération. Je vais me ruer sur les autres livres de Pascal Dessaint !

Extraits choisis

« L’idée prime parfois sur la réalité. Il y a peu de chance que nous voyions des ours, mais il est bon à l’esprit de les savoir là, encore dans la montagne. Il n’y en aurait plus du tout, je me sentirais diminué, appauvri et honteux. »

« La probabilité d’une confrontation entre un homme et un ours doit être égale à celle de recevoir une météorite sur la tête, et pourtant cela s’est produit à deux reprises en dix ans, chaque fois lors d’une battue organisée dans un secteur où l’ours avait été pourtant signalé. Les chasseurs n’étaient pas sans savoir. Ceux-là n’auraient pas hésité une seconde à vider leur fusil sur le plafond d’un ami d’ami, disons ... Ils ont fait pire : ils ont flingué le propriétaire. Mellba, ourse slovène, fut tuée en 1997. Cannelle, dernière ourse de la souche pyrénéenne, le fut, elle, en 2004. »

« Arbas est une petite commune de Haute-Garonne où, selon certains on « cultive l’adoration de l’ours »... C’est sans doute un peu vrai. Hvala, Balou et Sarousse y furent relâchés en 2006, ce qui suffit déjà à révéler l’engagement et l’obstination d’un homme. François Arcangeli vient d’entamer son troisième mandat de maire, preuve s’il en est que certaines valeurs œuvrent se partager.

François Arcangeli ne manque pas de courage, d’autant qu’il se retrouve être souvent la cible privilégiée des anti-ours. Le 1er avril 2006, des casseurs prirent d’assaut la mairie et brûlèrent la sculpture de l’ours qui se trouvait sur la pelouse. Une autre sculpture fut offerte en compensation mais le mal était fait. Dans les Pyrénées, ça tourne ainsi au western. (...) A mes yeux, Arbas est un lieu hautement symbolique. J’espère que lorsque Félix sera grand, il y aura toujours des ours dans la forêt. Je ne voudrais pas qu’il puisse me reprocher d’avoir assisté sans rien faire à la disparition de ce bel animal dont, à bien des égards, nous sommes si proches. »

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