La fracture agricole : les lobbies face à l'urgence écologique

La fracture agricole : les lobbies face à l'urgence écologique La fracture agricole : livre de Vincent Gallon et Sylvie Flatrès

Pollution, détérioration des paysages et des milieux, appauvrissement de la biodiversité, vache folle... L'agriculture productiviste, qui exploite la terre comme on exploite un filon minier, jusqu'à épuisement, a des conséquences dévastatrices sur l'environnement, les écosystèmes... et les consommateurs !

Pour éviter la catastrophe, l'agriculture du XXIe siècle doit répondre à un double défi : pérenniser ses propres ressources environnementales, tout en continuant à produire de plus en plus, pour nourrir la planète. La difficulté est de taille - mais la thèse des auteurs de ce livre est qu'il existe des solutions. Aujourd'hui, on voit réussir des entreprises agricoles d'un genre nouveau, plus petites, orientées vers la qualité, les méthodes biologiques, la distribution locale.

Et si les subventions gouvernementales allaient à ces petites entreprises plutôt qu'aux exploitations gigantesques qui distribuent des produits dans toute l'Europe ? La résorption de la "fracture agricole " dépendrait alors avant tout de choix politiques ?

Vincent Gallon

Diplômé en sciences politiques, en droit européen et en marketing, Vincent Gallon est juriste et journaliste économique. Il s'intéresse particulièrement aux problématiques liées à l'environnement et au développement économique.


Sylvie Flatrès

Sylvie Flatrès est chargée des questions agricoles et législatives dans le secteur de la protection de l'environnement. Elle est diplômée de l'Institut d'études politiques de Lyon et de l'Institut d'études européennes de Bruxelles.

Extraits choisis

Environnement

(…) Dans les années 1970, les réflexions sur l’environnement ont quitté les cercles spécialisés et se sont diffusées assez rapidement dans une société que les premiers chocs pétroliers, les premières narées noires et de graves accidents industriels interpellaient.  Au milieu des années 1980, les agriculteurs commencent à être questionnés sur ce thème. Si certains d’entre eux se sentent attaqués et s’enfoncent dans le déni, d’autres perçoivent que le débat environnemental est révélateur d’une crise plus profonde, qui concerne aussi bien les paysans que les citadins. Quand des écologistes, des économistes ou des philosophes comme Edgar Morin expliquent que les succès quantitatifs de la civilisation industrielle et consommationniste de type occidental (augmentation de la production, du Produit intérieur brut (PlB), de l’espérance de vie, etc.) se doublent d’échecs de plus de plus perceptibles en termes qualitatifs, environnementaux et sociaux, certains paysans entendent l’écho de leurs propres préoccupaions concernant la Politique agricole commune (PAC).

Une prise de conscience de la dégradation écologique, de la crise de l’emploi et du dépérissement des campagnes apparaît, qui finit par entraîner des mouvements de résistance au sein du monde paysan lui-même, avec, bien souvent, la volonté de réoienter la politique agricole pour favoriser l’émergence d’une agriculture plus durable. C’est cette bataille pour l’agriculture du futur que les auteurs souhaitent décrire dans cet ouvrage.

FNSEA

(…) A Vouloir coûte que coûte préserver les avantages acquis de eux ,qui se sont enrichis grâce à la PAC, la FNSEA a trop souvent fait le choix de la politique du pire.

Dans les années 1980, on parle de quotas laitiers pour résorber les stocks dont l’Europe ne sait plus que faire? Le syndicat majoritaire est  contre ! Au début des années 1990, la Commission propose une réforme de la PAC susceptible d’en corriger les nombreux travers et de redonner du souffle à l’agriculture européenne ? La FNSEA s’y oppose violemment. Et pourtant, les quotas comme la réforme de 1992, malgré tous leurs défauts, ont plutôt assaini la situation de l’agriculture européenne et ont été très profitables pour le revenu des agriculteurs. Bien sûr, ce sont encore les plus gros, ceux qui étaient déjà les plus subventionnés qui en ont principalement profité, mais ce l’est pas ce point que le syndicat a combattu ou dénoncé.  Bien au contraire.

Il n’empêche. Le fonctionnaire européen, «l’eurocrate», est assez vite devenu un bouc émissaire facile. Aux côtés de l’épouvantail américain, il figure désormais en tête des lieux communs des discours des dirigeants de la FNSEA, concurrencé depuis quelques années seulement par les «intégristes» (ou les «obscurantistes») de l’écologie.

En France, la haute administration et la classe politique souffrent d’une même inculture écologique qui explique que, en matière environnementale, notre pays fasse souvent figure de dernier de la classe européenne. Face aux intérêts économiques bien établis, l’environnement pèse peu dans l’esprit de nos dirigeants. Résultat: même une mobilisation quasi unanime de la société ne suffit pas toujours à contraindre les acteurs du monde économique à faire de vraies concessions.

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