NDLB : Le Yaak est une petite rivière située dans le nord du Montana, aux Etats-Unis. Rick Baas s'est battu pendant des années pour essayer de protéger sa vallée contre les grandes entreprises qui, après la construction de routes, la défiguraient par des coupes à blanc. Les Pyrénées ne sont pas loin de Yaak.
Extraits du Livre de Yaak, de Rick Baas
Quand cela arrivera, alors la nature – au moins le lien riche et complexe que les hommes entretiennent avec elle – aura perdu une partie d’elle-même. Certains jours, je sens que le temps nous est compté : non le temps passé à nous battre pour obtenir une législation en faveur du Yaak, mais plutôt le temps qui érode peu à peu l’urgence, le désir et la passion, et la révérence que nous inspire une réalité mystérieuse, un ordre qui dépasse l’entendement humain.
Je crains qu’un jour ne vienne où une majorité de gens, quand ils entendront parler d’un combat comme celui que nous menons pour les espaces sauvages du Yaak, songeront : « Pourquoi faire tant de bruit autour d’une cause aussi futile, quand il y a tant de problèmes et de besoins en ce monde. »
Je crains que ce jour ne soit proche. Je refuse de considérer la nature comme un anachronisme ou une relique du passé – un résidu de la période romantique, des Lumières, ou de toute autre époque sinon celle du souffle originel de la création. La nature est à la fois le fondement et la pierre angulaire de l’aventure humaine. Nos inquiétudes vis-à-vis du réchauffement climatique, de la surpopulation, de la guerre ou de la pauvreté ne peuvent se substituer à l’attention constante que nous devons lui porter. Elle est ce lieu des origines ,qui puissamment contribué à faire de nous ce que nous sommes. Elle est l’étalon-or d’un système biologique intègre et flexible. Je suis las du vertige écologique que l’on éprouve dans cet univers agonisant sous les coups de boutoir de l’urbanisation – cette sensation vague et déprimante qu’il existait autrefois un monde différent de celui que nous connaissons aujourd’hui, cette impression étrange de flotter dans le vide et d’être déconnecté, cette indéfinissable solitude. »
Rick Baas, Le Livre de Yaak
