Quel regard portez-vous sur l’agriculture française d’aujourd’hui ?
Dominique Marion : On est dans une situation écologique catastrophique. C’est le résultat des 40 dernières années d’agriculture conventionnelle. Tout est fait pour que le côté positif de pratiques plus respectueuses de l’environnement soit exposé et vanté partout et ce salon international de l’agriculture sera un nouveau déballage de greenwashing agricole. C’est l’un des effets assez pervers du Grenelle, car dans la pratique, les paysans conventionnels et leurs responsables syndicaux déclarent en avoir ras-le-bol de l’environnement qu’ils accusent de rendre leur activité moins compétitive !
On constate, c’est vrai, une sorte de lame de fond poussée par les consommateurs qui veulent du bio. Ce phénomène se traduit par une forte augmentation de la reconversion en bio des exploitations, de l’ordre de plus de 25 % cette année. Néanmoins, cette croissance s’explique toutefois parce que nous partons de très bas, notamment en raison de l’attitude des politiques qui ont mis plus de 10 ans avant d’enclencher le processus. Ce retard a été entretenu par des agriculteurs du passé qui ne veulent surtout pas que ça change. A la FNAB (Fédération nationale de l’agriculture biologique), nous leur disons d’arrêter de défendre leur pré carré, car même l’Europe n’en veut plus.
Je rappelle que la France est sous le coup d’une flopée d’amendes de plus de 350 millions d’euros de la Commission de Bruxelles parce qu’elle ne respecte pas la directive communautaire sur l’eau : 90 % des eaux de surface de ce pays sont polluées par les nitrates et les pesticides. On a investi très cher pendant 10 ans dans des plans "Fertimieux", "Irrimieux" etc... sans obtenir de résultats probants dans les campagnes, comme l’a stigmatisé récemment un rapport de la Cour des comptes.
Cette réalité est difficile à entendre par les organisations professionnelles du monde rural qui malgré tout ont du mal à évoluer, tout simplement parce qu’elles persistent à défendre les intérêts de quelques-uns.













