Présentation de l'Éditeur
Depuis une vingtaine d'années, de nombreux observateurs exigent une nouvelle éthique qui tiendrait compte des effets de l'action humaine sur le milieu écologique et qui permettrait d'envisager autrement le développement de nos sociétés. Les déclarations généreuses fusent de partout, mais il y manque souvent le réalisme et la prise en compte de l'ensemble des aspects d'une question fort complexe.
Un volume simple, concret, bien documenté, soutenu par une longue expérience, mais surtout éclairé par une confiance profonde dans la vie et dans la capacité de l'être humain de procéder aux changements qui s'imposent.
André Beauchamp
Observateur attentif de la société contemporaine et de ses mutations, André Beauchamp s'intéresse depuis longtemps à la question de l'environnement. Son expérience dans la gestion des dossiers concrets lui confère une capacité exceptionnelle de faire le lien entre la connaissance théorique et la pratique de la décision. André Beauchamp est membre de la Chaire d'éthique en environnement de l'Université McGill, président d'Enviro-Sage Inc et associé de Groupe Consensus.
Extrait choisi
"La crise actuelle de l'environnement ne peut être simplement appelée un échec. Je n'ai aucune nostalgie du Pléistocène. La crise marque la limite d'une trop grande réussite. Quand nos lointains ancêtres ont amorcé l'évolution biologique qui mène à l'être humain par une série de mutations adaptatives (la marche au sol, la bipédie, l'encéphalisation, la préhensilité de la main, la vie en groupe, la parole, etc.), ils ont changé profondément leur niche écologique. Homo sapiens ne sera plus simplement un petit animal à la population contrôlée par ses prédateurs, les maladies, les contraintes du milieu. En passant de la nature à la culture, Homo sapiens sapiens, tout fragile et défavorisé par tant d'aspects de sa biologie qu'il soit, deviendra comme maître de lui-même et de son devenir. Grâce à la culture et à la technique, il fera vite de la terre entière son biotope.
Faut-il appeler ce franchissement un simple accident, un hasard, une conjoncture favorable, une nécessité de l'évolution, une création, l'oeuvre d'un Dieu? C'est là le domaine du mythe, de la philosophie, de la religion. Mais parce qu'il a franchi quelque part une frontière nouvelle et irréversible, Homo sapiens sapiens entre dans une réalité neuve. Il devient aussi un sujet moral qui dit «nous» et «je», avec toujours l'éventualité que le «je» contrevienne aux impératifs du «nous». La fragilité de l'éthique réside dans le fait que chacun de nous peut l'enfreindre. D'ailleurs, le bien d'ici n'est pas toujours le bien d'ailleurs. Mais il y a toujours dans un milieu donné un bien et un mal, un code du bien et du mal, dicté par la société et véhiculé par des mythes, des récits, des traditions, des rites. L'ancêtre en garde mémoire, les pères et les mères le répètent à leurs enfants. Ainsi naissent des codes éthiques, départageant le bien du mal, le pur de l'impur, le juste de l'injuste, la vie de la mort, codes tantôt apodictiques (tu ne tueras pas), tantôt circonstanciels (s'il se présente contre un homme un faux témoin...). En un sens, l'être humain est un animal éthique, qui n'en finit pas de déceler des devoirs. L'instinct, le dressage, l'apprentissage du groupe ne suffisent pas. Il faut aussi se référer à des principes, des valeurs, analyser les circonstances, les causes, les conséquences et même, en cas de litige, trouver un arbitre.
En ce sens, il y a à la fois une morale unique et absolue qui fonde la personnalité morale, et une pluralité de morales particulières qui essaient de définir, dans la mouvance de l'histoire, le chemin sinueux du bien et du mal."
L'avis de la Buvette
Ce livre est très intéressant pour ceux qui s'intéressent aux conflits environnementaux. André Beauchamp qui a participé à la gestion de nombreux dossiers de ce genre y aborde une approche et des solutions qui pourraient être très utiles à ceux qui sont impliqués dans la crise de l'Ours des Pyrénées et pourraient permettre d'en sortir par le haut, en particulier l'éthique et la participation publique. Je trouve que sa démarche est très marquée par le catholicisme et l'anthropocentrisme qui imprègne le peuple du Québec, un peu trop pour pour des européens, me semble t-il.
Editions Paulines, collection "Interpellations", 1993, 223 pages.