Comité écologique ariégeois des guetteurs, pas des guerriers

Vous avez été violemment mis en cause par le président des chasseurs, Jean-Luc Fernandez, lors de l'assemblée générale de la Fédération. Votre réaction?
Jean-Pierre Delorme : Le terme d' «escrologues» a été prononcé. Il laisse entendre que notre association se livre à des délits d'escroquerie, notamment financiers, en utilisant des subventions d'État pour mener des actions en justice abusives et sectaires, préjudiciables aux chasseurs. Ce qui est faux. Le Comité ne fait que demander l'application stricte de la loi et des règlements, et n'escroque personne.

Justement, d'où viennent les ressources de l'association?
Jean-Pierre Delorme : Elles proviennent exclusivement des cotisations et des dons des adhérents et des sympathisants. Nous ne recevons aucune aide au fonctionnement, ni de l'État, ni des collectivités territoriales et locales. Nous n'avons d'ailleurs aucun permanent. Tout repose sur le bénévolat.
Thierry de Noblens : D'ailleurs, c'est un choix délibéré de notre part. Nous menons un combat militant. Notre indépendance est une garantie.

Et l'argent des procédures que vous engagez?
Thierry de Noblens :
  Nous demandons des indemnités, ou le remboursement des frais de procédure. Ces fonds nous permettent de mener de nouveaux combats, notamment sur le plan judiciaire, quand c'est nécessaire. Et d'avoir des finances saines.Que recherchez-vous, avec ces combats, depuis 1979, date de la création de l'association ?
Jean-Pierre Delorme : Tout simplement la préservation de la nature et de l'environnement en Ariège. Et beaucoup de personnes, membres et non membres de l'association, considèrent nos revendications comme légitimes.

Ce soutien est large, alors?
Thierry de Noblens :  L'association compte deux cents militants. Mais nous avons le soutien de l'ensemble des mouvements apparentés au nôtre, et notamment de la Fédération Nationale de l'Environnement. Nous ne sommes pas extrémistes : les positions de cette Fédération, qui regroupe quelque 100 000 sympathisants, recoupent les nôtres. Le CEA ne fait que dénoncer, et parfois attaquer en justice, des projets dévastateurs pour l'environnement. Nous sommes des guetteurs, pas des guerriers.

Et l'aspect économique de ces projets, comme l'extension de Guzet?

Thierry de Noblens : Nous sommes confrontés à des projets qui cumulent les handicaps. Ils sont néfastes pour l'environnement et catastrophiques pour les collectivités locales du point de vue financier. Les analyses de la Trésorerie Générale, pour Guzet, en témoignent. Nous n'avons qu'à reprendre ces analyses.

Et l'accusation de  sectarisme», d '«extrémisme»?
Thierry de Noblens :  Comment peut-on nous présenter comme des extrémistes, alors que la justice, le plus souvent, nous donne raison ? Est-ce que le Conseil d'État ou le juge administratif, donneraient raison à des extrémistes ? Ce n'est pas concevable. Nous avons des limites à notre action. Ce sont celles qui sont fixées par la loi, tout simplement.

Chasse : la justice tranche jeudi


Le tribunal rendra jeudi sa décision en ce qui concerne le recours déposé par le Comité Écologique Ariégeois, ce qui concerne la chasse, et notamment la protection du grand tétras, du lagopède et de l'ours. Les conclusions du rapporteur public, rendues le 7 mai, sont très favorables aux arguments du CEA; mais celui-ci précise que ce recours n'a pas été déposé contre les chasseurs, mais contre l'arrêté préfectoral autorisant la chasse, et qui ne comportait aucune mesure de protection de ces espèces. Et Jean-Pierre Delorme de conclure : «A aucun moment le Comité n'a demandé l'interdiction de la chasse à tout le territoire départemental, ni l'interdiction de la chasse en général. La demande d'interdiction de la chasse en battue ne porte que sur les zones refuges de l'ours, appelés encore «sites vitaux».

Le chiffre : 200

200 militants actifs. Ce sont les effectifs du Comité Écologique Ariégeois. Mais l'association peut compter sur un soutien beaucoup plus large. Et elle renvoie sur les résultats obtenus par le mouvement écologiste aux dernières régionales... avec 14% des scrutins et l'élection d'un conseiller régional proche de ses idées.

Thierry de Noblens : «Pour l'ours, nous avons laissé faire les chasseurs. Nous ne sommes intervenus que lorsque Balou a été victime d'un tir, lors d'une battue. Là, nous avons décidé d'agir».

Propos recueillis par Laurent Gauthey

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