Appréciée chez les Verts et sur les plateaux télévisés, la présidente de Cap 21, ex ministre de l'environnement et nouvelle député européenne ne s'embarrasse pas de précautions oratoires pour dénoncer les dérives de la technoscience.
Sans le nucléaire on s'éclairerait à la bougie, titre votre livre. C'est une provocation ?
D'après vous, le doute n'est pas permis sur la gravité de la crise écologique ?
« On peut douter, mais surtout ne pas oublier les certitudes scientifiques. On l'a encore vu avec le nuage de cendres volcaniques. On savait la dangerosité des particules noires, coupantes, chargées de métaux lourds. Il fallait appliquer le principe de précaution. Tout arrêter, cartographier etc. Du bon sens! Mais on a vu aussi des compagnies aériennes contester la légitimité des États à gérer la situation. On est en face d'une extension de la demande de dérégulation et c'est très grave.
Les grandes entreprises disent "À nous de gérer, de réguler !" On s'attaque ainsi à la prise de conscience collective sur la perte de biodiversité, le réchauffement climatique, les causes environnementales de maladies graves. Cela fait vingt ans que le pétrolier Exxon finance les climatosceptiques. Allègre est devenu un marchand de soupe, un clown qui vend bien ses livres. »
Ne dit-on pas « à chacun sa vérité » en matière environnementale ?
« C'est absurde, on a parfaitement analysé les causes des grands problèmes écologiques, dans tous les domaines. Ce livre l'explique très bien. On sait pourquoi on fait de la gymnastique respiratoire à des bébés, bien plus qu'avant ; pourquoi les allergies sont si abondantes, plus qu'avant ; pourquoi le nombre de cancers explose. On paie à présent notre dette sanitaire après la dette financière et écologique.On fabrique des petits hommes qui vivront moins bien que nous, à cause des soi-disant impératifs du marché... Vous trouvez ça normal ? ».
« Sans le nucléaire on s'éclairerait à la bougie, et autres tartes à la crème du discours technoscientifique », par Corinne Lepage et Jean-François Bouvet. Édition du Seuil, 130 pages, 12 €.
Source : La Voix du Nord