Louis Dollo rentre les chèvres

«Mardi, tous au Cabaliros» lance le guide de pays pastorâleur pyréniais

Jean-Pierre Cerrada possède 120 chèvres. Depuis plus de deux mois, de nombreuses chèvres sont abandonnées en montagne, dans la neige et le froid.

Dès fin février, des empreintes et des crottes d’ours ont été relevées par les gardes du parc national des Pyrénées. Il est sorti de sa tanière. Les appâts sont dans la nature, la table est ouverte pour l’ours, cet opportuniste qui au printemps est à la recherche de protéines.

L’ours se serait servis le lundi 12 avril (lundi de Pâques) et aurait tué deux chèvres, en absence de brebis qui ne traînent pas en montagne à cette altitude. «Un premier copain a relevé des traces dans la neige.» Raconte «Pépé Pedron». Le 17 avril, la Dépêche titre «L’ours s’est réveillé». «Selon l'éleveur, les chèvres ont été dévorées vraisemblablement par l'ours au-dessus de Sireix dans les pâturages communaux au bois de la Curadère dans le secteur des escalas (1300m), et plus haut dans les estives au port debat (1400m) et au port dessus (2300m) tout près du pic du Cabaliros

Il ya a une question que tout le monde se pose, sauf les éleveurs : Mais que font ces chèvres si tôt, si haut en montagne, à part servir d’appât pour l’ours et de gagne lecteur pour la Dépêche?

Pépé Pedron, le berger, lui s’était endormi. Pensez-vous qu’il décide de descendre ses chèvres et mieux, de les garder? Que neni et rebelote. L’ours profite de l’aubaine, du cadeau offert, de la coupable désinvolture de l’éleveur.

La Dépêche en remet une couche le 28 avril «L’ours attaque encore» dans le Val d’Azun. Jean-Pierre Cerrada ne rentre toujours pas ses chèvres : «Il y a quinze jours, j'avais 43 chèvres en montagne...». A cette époque, je skiais dans les Pyrénées et j’inspectais certains cols, à la recherche de passages d’ours sur la neige. Il n’y avait encore strictement rien à brouter en altitude. L’herbe était brune, aplatie et trempée. Le journaliste, Cyrille Marqué (pas par le bon sens) écrit : «En attendant, il est fort à parier que l'ours n'aura pas l'élégance d'interrompre ses prédations.» L’éleveur lui n’a pas l’intelligence de s’occuper de ses bêtes.

Les «journalistes» de faits divers proches du milieu pastoral pyrénéens, malgré plus de 1000 ans d’histoires d’ours dans les villages continuent de s’en étonner ou plutôt de faire semblant, en instrumentalisant l’ours pour augmenter le tirage de la presse locale à sensations : une des chèvres «a même été égorgée tout près d'une maison. Les habitants l'ont même entendu crier (NDLB: là; le sang des lecteurs est sensé se glacer d’effroi). Les vautours tournaient autour de leur maison et ils ne se sentaient pas rassurés. (NDLB: on peut comprendre les vautours). L'ours n'hésite pas à venir près des habitations, aux portes du village.»

Les livres d’Olivier de Marliave et de Louis Espinassous sont remplis d’ours qui descendent dans les villages au printemps, traversant les rues entre les maisons : «Quelle que soit l’époque, la Rencontre, souvent unique dans toute une vie reste à jamais gravée dans la mémoire de celui ou de celle qui l’a vécue. L’originalité de la situation, l’imagination ou le talent du coteur du héros font le reste» raconte Louis Espinassous dans «Le loup, l’ours et le pastou».

Sur la page "chiens écrasés" (NDLB : brebis attaquées) de Lourdes-Infos, le spécialiste de service de la panse de brebis étalée à la une raconte avec la délicieuse impression de communier avec la peur qui noue les ventres des mal informés, écrit : «Sur 43 chèvres des Pyrénées en pacage sur les communaux d’Arras / Sireix, 4 cadavres ont été redescendus et seulement 2 chèvres sont redescendues. 37 restent introuvables dont 14 ont été vues une fois affolées.» Les comptes sont précis, le comptable des carnages est froid mais méticuleux. Il poursuit, profitant pour lancer une rumeur de plus (c’est utile pour manipuler l’opinion) et une critique contre les fonctionnaires, ces incapables qu’il exècre : «Une autre attaque a eu lieu à proximité d’une habitation tandis que des randonneurs se sont retrouvés face à l’ours qu’ils ont pris en photo. Sur ce dernier point, les témoignages divergent mais l’omerta administrative ne nous fournit aucune précision.»

Les éleveurs anti-nature rêvent que chaque déplacement d’une bête sauvage nuisible et inutile (comprendre « libre » : la biodiversité à visage inhumain ou la biodiversité "normale" comme l'entendent les biologistes) soit précédé par une fanfare et des majorettes. Mais le rêve n’est pas la réalité et bien sûr, il accable les responsables : «(…) ni les habitants à proximité des lieux d’attaques et de présence possible et avéré de l’ours, ni les éleveurs de la vallée n’ont reçu une quelconque information de la part des gardes du Parc National.» Avant de conclure avec gravité et emphase : «La confusion la plus totale règne dans la vallée »…  Je ne comprend pas que cette information ne tourne pas en boucle dans la presse internationale à la place des infos sur les finances grecques ou la burqua. 

Moraliste à souhait, le responsable de la page actus de Lourdes Infos", de la page "Nature (sic) de Kairn et de la communication web des associations pastorales et de l’ASPP65 lance un appel de mobilisation des foules pyréniaises outragées : «(…) Face à l’inertie de l’administration, notamment du Parc National, les éleveurs ont décidé de se prendre en main". (NDLB : Je crains le pire!) Les syndicats du canton, soutenus par l’ASPP65 donnent rendez-vous mardi à 9h sur la place de Sireix.” Les syndicats et associations ultra-pastorales «prennent en main» les éleveurs, incapables de réfléchir seuls, en leur indiquant ce qu’ils ont à faire pour rester dans la droite ligne de la pensée unique du mouvement ultra-pastoral pyrénéen.

Enfin une bonne nouvelle: ils rentrent les chèvres !

Louis Dollo, webmaster du site Pyrenées pireniais et la biodiversité à visage humain, y compris les lunettes
«Qui peut venir?» Louis Dollo répond : «Toutes personnes disponibles. Qu’il s’agisse de randonneurs, d’éleveurs, de touristes, toutes les bonnes volontés sont attendues même au-delà du canton.»

Évidement, si vous avez peur de l’ours c’est mieux! Vous serrez plus nombreux pour vous soutenir sur les pentes embrumées et hantées par la possible présence du fauve carnivore. «L’objectif est de repérer et si possible redescendre les chèvres manquantes.» En voilà une bonne nouvelle marquée au sceau du bon sens paysan. «En effet, celles-ci sont effrayées et ne se laissent plus approchées y compris par leur propriétaire.» Pas si bêtes les membres caprins de la biodiversité à visage humain. Les chèvres abandonnées à leur sort par leur éleveur se sont également prises en pattes : elles refusent d’obéir à un ingrat propriétaire irresponsable !

Le militant ultra-pastoral reprend également ses annonces de traques illégales à l’ours : «Il s’agira également de faire le point sur le lieu où se trouve l’ours afin de prendre des initiatives futures quant à la protection des troupeaux qui, dans quelques semaines, devraient rejoindre les estives d’altitude après avoir passé quelque temps sur les prairies de vallée en liberté dans les enclos.» En liberté dans les enclos..., c'est évident.

Vient alors un passage truculent de bétise. Les volontaires sauveurs de chèvres sont promus et reçoivent une mission bien plus noble : «Sauver la biodiversité pyrénéenne», rien de moins : «Récupérer ces chèvres des Pyrénées relève d’un acte écologique majeur. La chèvre des Pyrénées est une race menacée de disparition. Selon l’association «la chèvre de race pyrénéennes», elle est sobre (NDLB: Pas comme certains), résistante, parfaitement adaptée à la montagne, autrefois très répandue mais redécouverte au début des années 90, la chèvre des Pyrénées est une race aux caractéristiques hétérogènes et aux productions diversifiées qui suscitent de nouveaux intérêts».

Qu’attendent cette association et ces propriétaires pour mettre leurs chèvres à l’abri et pour garder ces animaux "de valeur" au lieu de les laisser errer sans surveillance en zone à ours à la sortie des tanières quand les ours recherchent des protéines animales? N’est ce pas la mission, le sens premier du berger, du pasteur que de garde son troupeau? Ne sont-ils pas informés des mœurs et de l’éthologie des ours?

Il faut croire que sacrifier quelques chèvres pour faire la "une" de la Dépêche est plus important, avant la montée en estive des escouades d’ovins, que de veiller en bon père de famille sur une cinquantaine de chèvres, même si l’espèce est menacée de disparition (ce qui reste à prouver).

Qui est vraiment menacé de disparition? L’ours et le pastoralisme, pas les chèvres, ni les moutons.

Une plainte à été déposée contre la France pour défaut de protection de l’Ours des Pyrénées. Elle suit son court, comme la bêtise de certains articles de presse couchés sur le papier d’une certaine presse locale, «pyréniaise» comme l’écrit F’Murrr dans le dessin qui sert de logo à la Buvette des Alpages (dessin issu de l’Album «Eloge de la Pentitude». Les bulles qui accompagne le dessin précisent : "Tiens !? Aujourd’hui, j’ai dévoré 25 brebis. Officiel ! C’est dans le journal..., plus fort que Dutroux ! Ben dis donc!"

Vous cherchez une lecture plus sérieuse ? ou une autre histoire truculente et racontée par les mêmes acteurs : Les veaux d’ASTON.

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