Chantal Jouanno : « Pas de réintroductions systématiques d’ours »
D'après le journal Le Parisien, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Chantal Jouanno, annonce dans une interview exclusive, la fin des réintroductions programmées d’ours dans les Pyrénées, à une exception près.
Ce plan, qu’elle nous dévoile en exclusivité, ne prévoit cependant pas de réintroduction massive de plantigrades, mais juste un «remplacement» des animaux morts, laissant la porte ouverte à des lâchers ponctuels afin de maintenir en montagne une population d’ours viable. Pas sûr que cette annonce, censée ménager les anti-ours sans vraiment fâcher les pro, permette d’éteindre le conflit qui les oppose depuis des années.
Comptez-vous réintroduire de nouveaux ours dans les Pyrénées ?
CHANTAL JOUANNO. Je ne souhaite plus, comme on l’a fait il y a quelques années, parler de réintroduction d’ours, car cela a entraîné de fortes réactions de rejet dans les Pyrénées. Aujourd’hui, on estime que 19 ours vivent dans le massif. Et comme il y a eu deux naissances en 2009 et deux autres cette année, nous estimons que les conditions d’une reproduction naturelle sont à présent réunies.
Les associations écologistes réclamaient un ou deux animaux supplémentaires par an pour maintenir la population…Il y a de la marge entre l’extinction de l’espèce et une politique massive de réintroduction. Je ne veux pas instaurer un dispositif de réintroductions systématiques d’ours, car j’estime que l’écologie doit se faire avec les populations locales. Il y a eu trop de problèmes, de heurts, de crispations locales lorsqu’on a imposé aux Pyrénéens un renforcement de la population d’ours en 2006. C’est néfaste pour l’écologie, qui ne se résume pas à ces symboles. Mais il n’est pas question non plus de laisser cette population d’ours s’éteindre. Conserver l’ours dans les Pyrénées est une obligation. Si la France ne respecte pas cet engagement international et européen, elle sera condamnée, et les aides européennes aux Pyrénées risquent d’être suspendues.
Mais pourrait-il y avoir des réintroductions ponctuelles ?Tout à fait. Mais ce seront des remplacements. Sur cinq ours réintroduits en 2006, deux sont morts, l’un qui a déroché, l’autre percuté par une voiture. A l’avenir, je souhaite que tout ours tué par l’homme soit systématiquement remplacé. Au regard du nombre actuel d’animaux dans le massif, et sachant qu’un ours est mort du fait de l’homme, nous estimons qu’il y a lieu de réintroduire une femelle dans le Béarn. Mais il faudra prendre le temps de bien choisir l’animal. Je le répète, il s’agit pour nous d’un plan de conservation de l’ours des Pyrénées, pas d’un plan de renforcement. Les ours ne sont pas des peluches, et il faut que toutes les conditions soient réunies pour qu’un plantigrade soit réintroduit sans risque d’être tué.
Comment allez-vous procéder ?Nous ferons un suivi annuel et individualisé de la population, et si l’on constate qu’il y a trop peu de naissances pour maintenir l’espèce, nous pourrons décider de réintroduire des ours. En revanche, si un animal pose problème en s’approchant à plusieurs reprises trop près des habitations, comme ce fut le cas avec un mâle cette année, nous proposerons qu’il soit retiré du massif et envoyé dans un parc. Beaucoup de scientifiques critiquent la manière dont ont été choisis les ours réintroduits en 2006. Il faudra notamment s’assurer, à l’avenir, qu’un animal réintroduit n’a jamais été nourri au préalable par l’homme.
Comment réconcilier pastoralisme et protection de l’ours ?On a besoin du développement du pastoralisme pour l’économie locale comme pour la biodiversité. Arrêtons de résumer la biodiversité des Pyrénées aux ours. Ce massif dispose de vingt-deux espèces animales très emblématiques, qui vont du bouquetin au vautour, et je souhaite valoriser cette richesse, en faire un atout économique pour les Pyrénées comme ont fait certains grands parcs américains. Les Pyrénées peuvent devenir un Yellowstone à la française, à condition d’y respecter les activités économiques et de ne pas transformer cette montagne en parc fermé.
Le Nouvel Obs lui annonce que "Les Pyrénées vont garder leurs ours. La population ne sera pas renforcée, mais les ours seront remplacés en cas de disparition. L'objectif est de conserver une population viable, c'est à dire qui se reproduit, sans besoin d'introduction", précise Chantal Jouanno. "Chaque ours sera remplacé". Si la population actuelle -19 à 22 ours- restera sensiblement la même, un nouvel animal sera donc introduit afin de remplacer l'ourse Franska, tuée lors d'un accident de la circulation en 2007. Mais cette nouvelle introduction attendra 2011.
D'autres introductions pourraient avoir lieu si le suivi des experts met en évidence un taux de natalité trop faible pour assurer la sauvegarde de l'ours brun. Les pro-ours soulignent que la vingtaine d'animaux vivant actuellement dans les Pyrénées ne suffisent pas à perpétrer l'espèce. Ils insistent sur la nécessité d'introduire deux femelles "dans le noyau occidental du Béarn", qui ne compte que trois mâles.
Les anti-ours ont gagnésChantal Jouanno n'a pas tenu sa parole, la secrétaire d'Etat retourne sa veste et oublie ce qu'elle a dit. Voilà une belle victoire pour les opposants au plantigrade. 200 à 250 activistes pyrénéens qui manifestent souvent forment le noyau des anti-ours, mais cela suffit pour réduire une politique comme peau de chagrin. Chantal Jouanno semble préférer la sécurité politique avant les prochaines élection plutôt que d'oser prendre ses responsabilités. C'est la politique du minimum syndical, complètement insuffisant pour sauver la population d'ours qui restera en soin intensif, complètement à la merci des opposants et des "accidents", de chasse ou de la circulation :
- aucune politique de protection contre la chasse,
- aucune politique de protection des traversées routières,
- aucune réflexion génétique,
- aucune répression des actes hors-la-loi.
L'Etat français manque à tous ces devoirs en 2010, année de la Biodiversité. Chantal Jouanno s'aligne sur la biodiversité à visage humain. Une bien triste journée. La plainte contre la France peut repartir. Jean Lassalle avait raison : «Chacun va jouer son rôle. Les manifestants manifesteront. Chantal Jouanno fera un cours magistral sur la biodiversité, mais n'annoncera rien : on est trop près des élections cantonales.»
Les ours disparus pour des causes anthropiques seront-ils remplacés ou le compteur est-il remis à zéro? Claude, Cannelle, Mellba, Franska, Boutxy vont-ils compter?
L’express interview François Arcangeli
Chantal Jouanno annonce l'arrêt de l'introduction de l'ours des Pyrénées. Pour François Arcangeli, président de l'association Pays de l’Ours ADET et maire d'Arbas, c'est une mauvaise idée.
Chantal Jouanno annonce qu’aucun spécimen d'ours ne sera introduit dans les Pyrénées. Les conditions sont-elles réunies pour une conservation de l'espèce?
Assurément, non. D'après les experts, il faudrait une population d'au minimum 50 ours pour que l'espèce ne risque plus l'extinction. Aujourd'hui, on estime à 19 le nombre d'ours dans le massif pyrénéen. Il y en a peut-être un peu plus, mais certainement pas assez pour une préservation de l'espèce. La secrétaire d'Etat considère que le nombre d'ours va augmenter naturellement pour atteindre ces objectifs. Mais d'ici quelques années, on va réaliser que c'est impossible.
Quant au remplacement de tout ours tué par accident, c'est la moindre des choses, mais c'est insuffisant dès lors que l'on envisage une augmentation de la population.
Qu'en est-il de l'équilibre entre mâles et femelles?
Il paraît évident qu'il n'y a pas assez de femelles. En Béarn par exemple, où il n'y a que trois mâles, comment la population pourrait-elle augmenter? Il faut lâcher des ourses femelles dans cette région ainsi que dans les Pyrénées centrales si on veut sauver l'espèce. L'état actuel de la population pose également un problème de consanguinité.
Quelle stratégie préconisez-vous pour sauver l'ours des Pyrénées?
Dans l'idéal, il faudrait lâcher entre 10 et 15 ours dans le massif pour voir une restauration de la population. Les associations ne préconisent pas de réaliser ces lâchers d'un seul coup. Il faudrait en lâcher un ou deux par an et s'inscrire dans la durée, tout en gardant un oeil vigilant sur le nombre de naissances. La stratégie de la secrétaire d'Etat est moins ambitieuse: elle semble partager cette idée d'un retour à une population viable, mais choisit un chemin plus long. Espérons que cette démarche soit déjà bien acceptée.