Le berger Michel Joseph Braillard à propos du loup : "Un tir cela ne résout rien"

Le berger Michel-Joseph Braillard ne se réjouit pas de la mort du loup hier matin sur l’alpage du Scex (VS). Les solutions sont ailleurs.

Michel Joseph Braillard
Il y a beaucoup d’émotion dans la voix de Michel-Joseph Braillard lorsqu’on lui apprend la mort du loup mâle en Valais. «Il y en a beaucoup qui vont jubiler, pas moi. Un tir, ça ne résout rien. Si je le pouvais, j’apporterais une rose rouge à ce loup.» Un berger attristé par la fin d’un prédateur? Sur l’alpage La Chetta, à quelques kilomètres de Château-d’Œx (VD), c’est un homme atypique, érudit et expérimenté qui se dévoile. Le loup fait partie de son âme. Lorsque Michel-Joseph Braillard allume son ordinateur, aussitôt un cri de loup numérique retentit dans la petite pièce. Si l’on veut le joindre sur Internet, son adresse électronique est [email protected]!

Au fil des heures, Michel-Joseph Braillard, 66 ans, développe une argumentation encyclopédique tirée d’un métier qu’il pratique depuis plus de six décennies. Pourquoi le loup mâle est-il resté sur l’alpage du Scex pour tomber sous une balle valaisanne? «Il se peut que la jeune femelle qui l’accompagnait ait des louveteaux. La famille ne pouvait plus bouger de ce territoire. Si ce n’est pas le cas, la femelle repartira vers le Haut-Valais.» Pour le berger, on ne passera pas à côté de futures meutes de loups en Suisse. «Cela sera délicat à gérer mais pas dangereux, remarque-t-il. Personne ne peut contrôler le loup, à part lui-même. En Valais, le loup a fait son boulot de prédateur. Jacques Melly qui a donné l’autorisation de tir sur un loup fait son boulot de conseiller d’Etat valaisan. Le berger devrait faire son boulot de berger, mais…» Et Michel-Joseph Braillard de mettre des bémols sur les attaques de génisses en juillet sur l’alpage du Scex (VS). Riche de son expérience personnelle, il a de quoi argumenter. Attention, ça décape!

Génisses pas adaptées

Michel-Joseph Braillard estime que des génisses issues d’une race de plaine n’ont strictement rien à faire en altitude. «Elles ne sont pas du tout combatives. Il faudrait aussi que cela soit des vaches mères. Les vaches de la race d’Hérens ne poseraient aucun problème. Là, cela serait le loup qui déguerpirait», constate Michel-Joseph Braillard. Le berger déplore que les carcasses des génisses soient restées aussi longtemps sur l’alpage du Scex. Il relève au passage une certaine sensiblerie exacerbée autour de leur mort. «Tout ça, c’est uniquement parce que c’est le loup. Quand il y a un orage très fort sur le Moléson, il y a douze génisses qui peuvent décrocher et mourir d’un coup sur trois alpages. Les hélicoptères de la Rega, ceux que j’appelle les bourdons rouges, ont du travail pour les évacuer», observe-t-il.

Le berger n’est plus habitué à gérer des prédateurs qui ont disparu depuis un siècle des horizons suisses. D’où panique sur les alpages à chaque fois que le loup frappe. «Il faut revenir avec respect à ce que nos ancêtres ont mis un millénaire à développer…»

De façon moins métaphorique, Michel-Joseph Braillard pense que les deux écoles de bergers (une dans le Haut-Valais et une autre dans les Grisons) doivent intégrer plus cette notion de prédateur dans leurs enseignements. Il faut aussi s’organiser pour rentrer le bétail la nuit. «Le berger est un gardien de la nature, il s’occupe de ses bêtes, il ne laisse pas le bétail devenir sauvage», définit-il. Tenir une buvette en même temps, comme c’est le cas sur certains alpages, cela l’écarte de cette mission.

Les Bons chiens

Loups ou meutes de chiens errants, Michel-Joseph Braillard a dû sécuriser ses troupeaux lorsqu’il était au Portugal ou en République dominicaine. Là encore, l’histoire est riche en enseignements. «Après leur service au sein des légions, les militaires romains recevaient des terres. Ils protégeaient leurs troupeaux avec des grands chiens ramenés du Tibet…» Bref, face au loup, Michel-Joseph Braillard a pris des chiens ibériques, voire des bergers allemands croisés avec des dobermans. «Il s’agit d’espèces qui sont vraiment bien adaptées pour la protection du petit comme du grand bétail!» Trois bergers allemands repoussaient les attaques d’une meute composée de quinze chiens errants. «Il faut bien les éduquer. Remarquez, il est parfois plus facile d’éduquer les chiens que les hommes», souligne Michel-Joseph Braillard.

Le loup mâle abattu hier à l’aube

Le loup mâle a été abattu hier matin à l’aube sur l’alpage du Scex (VS). Le prédateur se tenait non loin d’un troupeau de génisses. L’autorisation de tir avait été donnée par le conseiller d’Etat Jacques Melly le mardi 3 août. Autant les autorités cantonales que fédérales ont relevé qu’il s’agissait d’une situation exceptionnelle. Jamais des bovins n’avaient été attaqués en Suisse, encore moins par un couple de loups.

Le vendredi 6 août, le Bulletin officiel publiait cette autorisation de tir. Dès le samedi 7 août, 5 h 30, sept personnes étaient mobilisées sur le terrain 24 heures sur 24. Le communiqué de l’Etat du Valais précise que tout a été fait dans les règles. «Conformément aux dispositions du Plan loup, la dépouille sera transférée au Tierspital de Berne afin d’y être autopsiée. Les informations relatives à l’âge et à l’état général de l’animal seront contenues dans le rapport d’autopsie.» Le canton du Valais ne divulgue aucun détail autour de ce tir. «Ni le lieu ni l’identité du tireur ne seront communiqués», précise le communiqué.

«Le recours aux armes ne règle rien, car lorsque le prochain loup arrivera, l’histoire se répétera», a réagi Kurt Eichenberger, spécialiste des grands prédateurs au WWF Suisse. L’organisation réclame une table ronde autour de cette question pour élaborer des «solutions constructives».

Source : Le Matin

Commentaire : "Tenir une buvette en même temps, comme c’est le cas sur certains alpages, cela écarte le berger de sa mission." Il existe des tenanciers de buvette qui gardent leurs brebis !

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