Jean-Luc Fernandez : le syndrome du Mercantour en Ariège

Une attaque de loup en Haute-Ariège?

Récemment, la CIDO, «commission ours» a indemnisé au bénéfice du doute une attaque sur un troupeau près de Mérens, sur le versant haut-ariégeois du massif du Carlit. Or ce ne serait pas un ours mais peut-être un loup le responsable, sans certitude aucune. Entre prédateurs, autant s'entraider. Par ailleurs, d’après la Gazette ariégeoise du 23 décembre, "avec l’analyse génétique des déjections retrouvées sur place, on sait que ce n’est pas un animal venu d’Espagne, mais bien d’Italie."

FERUS met les points sur les i: le loup est dans le Carlit depuis 2002

FERUS rappelle que "la présence du loup est relevée depuis 2002 dans le massif du Carlit. Depuis l’hiver 2007/2008, ce massif est même la seule zone de présence permanente du loup dans les Pyrénées françaises. Or, le secteur de Mérens-les-Vals constitue le versant ariégeois de ce massif. Toutefois, jamais plus de 2 individus n’ont été identifiés dans ce massif."

Selon la gazette, des responsables agrico-pastoralo-cynégétiques "s’interrogent fortement sur la façon dont un tel animal a pu rejoindre de façon naturelle les Pyrénées…" ainsi que sur l’origine italienne du loup dans les Pyrénées, laissant croire que leur retour ne pourrait pas être naturel. Le syndrôme du Mercantour les reprends : les écolos éleveurs de loups ne savent plus quoi faire des portées.

Ainsi, dans la Dépêche, ils souhaitent "avoir des éclaircissements sur les parcs à loups qui existent dans la région. Nous aimerions comprendre comment ces animaux sont élevés, les entrées, les sorties, ce que deviennent leur progéniture, comment tout cela est géré, par qui c'est contrôlé." Jean-Luc Fernandez "ne veux rien laisser entendre du tout" et "n'accuse personne" mais "nous les chasseurs, nous connaissons bien la nature. Et nous avons du mal à nous imaginer que des loups puissent venir aussi facilement qu'on nous le dit depuis les Alpes ou les Abruzzes, en passant par le Massif Central, comme on nous le raconte. Ainsi, pourquoi est-ce que nous avons des loups qui viennent d'Italie, alors que les loups espagnols eux, ne viennent pas?"

Afin de rassurer Jean-Luc Fernandez, président des chasseurs ariégeaois, l'association FERUS refait l'historique de la présence du loup dans les Pyrénées : "Depuis 1999 (date de la première identification génétique d’un loup dans les Pyrénées), 6 individus ont été identifiés génétiquement dans les Pyrénées-Orientales (dont 2 femelles) entre le Carlit et le Madrès et d’autres dans les Pyrénées catalanes espagnoles. Parmi ces individus, 3 avaient déjà été identifiés, quelques années plus tôt, dans les Alpes :

  • Un loup mâle identifié dans les Pyrénées espagnoles en 2000 était présent entre 1996 et 1998 dans le Mercantour, au sein de la meute Vésubie-Tinée.
  • Une louve, identifiée en 2003/2004 dans le massif du Carlit, était présente en 2001/2002 dans le massif du Queyras (Hautes-Alpes).
  • Un loup mâle identifié dans les Pyrénées-Orientales en 2006 était présent dans la meute italienne de Basse Stura jusqu’en 2005 !"

Pas de chance pour le chasseur parano ariégeois, trois loups "pyrénéens" ont montrés patte blanche dans les Alpes, avec analyse ADN à la clé.  Comme l'a montré l'histoire du loup italien M15 appelé aussi Ligabue, "les jeunes loups sont capables de déplacement sur de très grandes distances à la recherche d’un territoire (déplacements de plus de 1000 kilomètres déjà documentés en Europe)"

Jean Luc Fernandez
Jean-Luc Fernandez semble surpris que le loup mis en cause ne soit pas un adepte du chorizo ou de la corrida. Pour lui, une preuve du transport illicite de fauve sans doute. Mais FERUS continue sa leçon de chose : "De plus, contrairement à ce qu’on pourrait croire, les populations espagnoles les plus proches se situent au nord-ouest du pays à grande distance des Pyrénées-Orientales. Aussi, la distance est similaire entre les Alpes françaises et les Pyrénées-Orientales qu’entre les Pyrénées-Orientales et les populations ibériques les plus proches." avant de rappeler "que depuis le retour du loup dans les Pyrénées il y a plus de 10 ans, le nombre d’animaux tués et indemnisés au titre du loup est extrêmement faible :

  • de 2000 à 2006 : 4 dommages seulement sur 7 ans !
  • 2007 : 1 dommage (pour une seule victime).
  • 2008 : aucun dommage
  • 2009 : 1 dommage (pour une seule victime)"

Je me demande bien pourquoi le journaliste met un point d’interrogation à la question “Le loup de retour en Ariège?”, depuis le temps qu’il est là, à attendre un partenaire pour se reproduire! 

Le loup va faire un carton

Jean-Paul Mercier, êtes vous surpris par cette crainte du loup dans les Pyrénées?
Jean-Paul Mercier : "Les loups n'ont pas été réintroduits, ils sont dans les Pyrénées depuis 10 ans. Un intervenant parle de vérifier plus soigneusement les coffres des voitures qui viennent d'Andorre! C'est à pleurer : cela fait des années qu'on met les éleveurs en garde : l'urgence, c'est de protéger les bêtes car le loup, sur des troupeaux non protégés va faire un carton!

Les éleveurs du pays toy qui ne gardent pas leurs troupeaux devront bien s'y mettre s'ils veulent vendre du "Barèges-Gavarnie". Les ariégeois qui font de "l’agneau de bergerie" et qui abandonnent les brebis taries dont la valeur économique est réduite, n'ont pas d'alternative économiquement acceptable.

Cette arrivée du loup sur les estives signe l'arrêt de mort de cette pratique qui n’a ni d’intérêt gustatif ni d’intérêt économique (420 € de subventions pour 100 € de résultat avant impôts !) et qui maintient les éleveurs, en particulier les plus petits, dans un état misérable. Tout cela ressemble de plus en plus à un baroud d'honneur pour répondre au lâcher de l'ourse en Béarn. Cela démontre leur inquiétude, fondée cette fois, sur l'arrivée du loup.

Il faut aussi, pointer une certaine mauvaise foi à refuser officiellement les moyens de protection, tout en les mettant en place discrètement chez soi. La "diminution relative" des pertes dues aux ours le démontre à mon avis. »

Les habituels anti-ours : le milieu agricole (la Chambre d’Agriculture, la FDSEA, les jeunes agriculteurs), les éleveurs (l’ASPAP, la Fédération Pastorale) et les chasseurs (Fédération des Chasseurs, piégeurs) se sont regroupés dans une association supplémentaire "Ariège Ruralité" pour à nouveau "défendre traditions et identité ariégeoise" : presque les mêmes termes que toutes les associations qui existent déjà...
Jean-Paul Mercier : "Magnifique ! Encore une association regroupant les forces vives du département!
Je me demande quelle est la moyenne d'âge de ses adhérents : 65, 70, 75 ans? Excusez-moi, j'entends d'ici rire derrière mon dos les trentenaires et les quadras qui trouvent que la dictature des vieux ruraux qui, depuis tant d'années n'ont jamais démontré que leur médiocrité, cela commence à bien faire!

Peut-être que la ruralité, la nouvelle, celle du troisième millénaire reste à inventer par les nouvelles générations et que nos aînés peuvent désormais laisser la main.

La décadence de la ruralité, c'est eux, ils n'ont pas de leçons à donner! Laissons-les plus jeunes construire l'avenir. Leurs sujets d'actualité, on les connaît : Natura 2000 ou les grands prédateurs. Ils font une fixette. La majorité des ariegeois se fout de leurs poncifs corporatistes et démagogues. Les urgences sont ailleurs. Cette joyeuse équipe de conservateurs ne représente qu'une faible part de la population, le reste de l'Ariège est lassée depuis longtemps de leurs excès, de leurs grandes causes qui n'intéressent plus grand-monde.

Ils ont de la chance de ne pas avoir d'opposition médiatisée car leurs arguments sont, dans la plupart des cas complètement indéfendables pour ceux qui connaissent réellement le réseau européen Natura 2000 ou le dossier de l'ours pyrénéens. Pauvre Ariège!"

Jean-Luc Fernandez, président de la fédération des chasseurs d’Ariège y est allé de sa petite phrase anti tout ce qui est sauvage : "En Ariège, les grands prédateurs, on les a tous : l’ours bien sûr, le vautour qui ne se contente plus d’être nécrophage mais qui tue aussi, et… le loup". Le maniaque des prédateurs rêve de «réguler» le vautour qui évite pourtant aux éleveurs d’avoir à conduire les carcasses à l’équarisseur mais aussi les blaireaux, qui à l’instar des ragondins, des cerfs et des sangliers sont porteurs de la tuberculose bovine. Il ne se pose pas la question de qui contamine qui. Faut bien rentabiliser le permis de chasse!

Jean-Paul Mercier : "Un lecteur de la Dépêche annonce qu'en Ariège "le loup risque de tomber dans quelques embuscades bien organisées et moins bien se développer que dans les alpes...". Nous sommes habitués à ce type d'incitation à destruction d'espèce protégée ou autres menaces en public. Je ne comprend pas quand un journal laisse passer de tels posts qui, comme à l'accoutumée, prônent la violence, l'illégalité et laissent les anti-ours, anti-loups, anti-tout essayer d'intimider ceux qui exprime l'opinion majoritaire."

Marc Laffont, on se demande bien pourquoi les chasseurs crient "Au loup!" ?
Marc LAFFONT : "Je trouve la mouvance écologiste bien peu reconnaissante envers les chasseurs. Car enfin, c'est grâce à qui si le loup est de retour dans les Pyrénées? Bon d'accord, si les italiens n'avaient pas préservé quelques loups avant de le protéger vers 1975, il ne serait pas revenu en France. Mais une fois arrivé chez nous, comment a t-il fait pour passer de 2 à 200 individus entre 1992 et 2010? Grâce à l'abondance de proies sauvages en hiver! Et d'où vient cette abondance? De la prolifération du chevreuil, et surtout, de la présence du mouflon, peu à l'aise dans la neige... et pour cause : le mouflon, originaire d'Asie Mineure, n'a rien à faire dans les montagnes enneigées! Et pourquoi est-il là, le mouflon? Mais parce que les chasseurs en ont lâché à partir des années 50!

J'espère que les environnementalistes sauront apprécier à sa juste valeur cette stratégie visionnaire, qui a anticipé 40 ans à l'avance le retour du loup. Et pour être sûr qu'il s'installe, on lui a servi sur un plateau une proie facile pour passer l'hiver : le mouflon. Non vraiment, il faut l'admettre : Les chasseurs sont vraiment les premiers écologistes. Gloire à eux, sans qui le loup ne serait pas de retour dans les Pyrénées."

Image : AriègeNews

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