La Chandeleur : le réveil de l'ours

La Chandeleur

Selon une croyance largement répandue en Europe, et tout particulièrement dans les Pyrénées, l'ours entre en hibernation peu avant Noël et se réveille quarante jours après, le 2 février. Il met le museau hors de sa tanière et regarde le ciel. S'il fait une clarté de pleine lune (avec un froid vif quand le ciel est dégagé), et donc s'il voit son ombre, l'ours rentre et se rendort pour quarante jours de plus. On dit que le printemps sera tardif. Si au contraire le ciel est sombre en raison de la proximité de la Nouvelle Lune, l'animal sort définitivement de sa tanière. Son apparition est le signe que le printemps est bien là. Dans les fêtes carnavalesques - qui sont des rites de printemps - on incitait l'ours à hâter sa sortie en se grimant de manière à donner au visage l'aspect de la nouvelle lune: on s'enduisait la figure de suie ou bien on portait ces masques noirs, que l'on appelle "loups".

Cette croyance que l'ours inspecte le ciel le 2 février, jour de la Chandeleur afin de décider si l'hiver est fini ou pas, a donné lieu à de nombreux dictons, notamment en Languedoc :

  • «Quand la Chandeleur brille, il hiberne pour quarante jours de plus» ; (Quan la Candeloùso lucèrno, quaranto jour après hiberno).
  • «Quand il fait soleil à la Purification, l'ours ramasse du bois [fait des provisions d'hiver] pour quarante jours de plus» ; (Quan fa soulèl per N ostro-Damo de F ebrié, l'ours ramasso de bos per 40 jour de mai).
  • «A la Chandeleur, l'ours fait trois sauts hors de son trou; si c'est couvert il s'en va; s'il fait clair, il rentre»; (A la Candeloùso, l'ours fai très sàut foro de soun tràu; s'es nivo s'en vai; se fai soulèu intro mai).
  • En Gascogne, on dit : «A partir de la Chandeleur il y a encore quarante jours d'hiver, l'ours est alors dans sa tanière; s'il fait soleil ce jour-là, il pleure et dit que l'hiver est à venir; s'il fait mauvais, il dit que l'hiver est' passé» ; (Desempuich la Candelèro, quarante dies d'ibèr (d'iuèrn) qui i a encouèro, l'ous alabets qu'èi entutat; si hé sourelh aquet die, que ploùro et dits que l'ibèr ei darré; si mechant tèmps hé, que dits que l'ibèr ei passat).

Cette croyance est également répandue en pays germanique : «Wenn zu Lichtmess der Bär seinen Schatten sieht, so kriecht er wieder auf sechs Wochen ins Loch », «Quand à la Chandeleur l'ours voit son ombre, il rentre dans son trou pour six semaines». Et se recouche sur l'autre flanc, affirme-t-on.

Même chose en Hongrie et en Suède, mais en Scandinavie cela se passe le 24 février. Mais pourquoi l'ours ne sort-il qu'à la nouvelle lune? Pourquoi se rendort-il pour une période de quarante jours, et non pas seulement jusqu'à la prochaine nouvelle lune, qui suit la pleine lune de deux semaines? C'est que l'unité de mesure de temps correspondait souvent à une lunaison et demie; période pour l'accomplissement d'un événement, d'une épreuve, d'une maturation.

Ce passage est extrait de «L’ours et les hommes dans les traditions européennes» de Michel Praneuf.

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