Synthèse du suivi de l'ours brun dans les Pyrénées : rapport annuel 2010

Bilan quantitatif de l'espèce Ursus arctos, aire de répartition de l'espèce, effectifs de la population et démographie, détection de la reproduction et survie, arbre généalogique des ours pyrénéens.

Le suivi de la population d’ours bruns sur les Pyrénées françaises a permis la récolte de nombreuses données grâce à l’investissement des membres du Réseau Ours Brun (ROB). Ajoutées aux résultats de nos collègues espagnols et andorrans sur le reste du massif, ces informations nous permettent de dresser un état des lieux de la population d’ours bruns dans les Pyrénées en 2010.

Cette synthèse se propose d’exposer les résultats quantitatifs du suivi avant d’aborder l’aire de répartition de l’espèce sur le massif et son statut démographique.

1 Bilan quantitatif du suivi

Le suivi à large échelle d’une espèce aussi discrète que l’ours brun repose essentiellement sur des méthodes de suivi indirect dans le but de collecter des indices de présence (empreintes, poils, crottes, dommages…). 2 méthodes sont appliquées dans les Pyrénées :

  • La méthode opportuniste n’obéit à aucun plan d’échantillonnage et repose essentiellement sur la validation, par les membres du ROB, de tous les indices observés par divers usagers de la montagne (ex : empreintes trouvées par un randonneur, observation visuelle faite par un chasseur, dégât sur cheptel domestique en estive...).
  • La méthode systématique consiste à rechercher des indices de présence sur une zone d’étude prédéfinie d’environ 4 000 km2 côté français. Les membres du ROB participent ainsi à trois opérations systématiques principales qui peuvent être complétées à l’occasion par du suivi télémétrique (en cas d’animal équipé d’émetteur) : les itinéraires de prospection pédestre, les stations de suivi et les appareils photo/vidéo automatiques.


Bilan quantitatif du suivi de l'ours brun dans les Pyrénées - Nombre d'indicesPlus de 600 indices ont été validés sur le versant français et plus de 930 si on tient compte de l’ensemble du massif. Les poils et les empreintes sont de loin les indices de présence les plus fréquents.

  Figure n° 1 : Nombre d’indices récoltés par méthode en 2010 – versant français
(n) : nombre d’ours détectés uniquement avec cette méthode

La répartition géographique de ces indices de présence d’ours validés permet de calculer l’aire de répartition de l’espèce sur le massif.

2 Aire de répartition de l’espèce

En 2010, la présence de l’ours brun sur le Massif Pyrénéen concerne :

  • 6 départements français :
    Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne, Ariège, Aude, Pyrénées-Orientales ;
  • 3 provinces espagnoles : la Navarre, l’Aragon et la Catalogne ;

D’Ouest en Est, la présence de l’ours brun se montre discontinue. Deux aires géographiques se distinguent, séparées par les hauts massifs des Pic du Midi de Bigorre, Néouvielle et Pic Long. On estime, qu’au minimum, une cinquantaine de kilomètres séparent les deux noyaux.

Dans les Pyrénées Occidentales

L’aire de présence reste stable par rapport à celle de 2009, avec toutefois une donnée dans une zone inédite située au nord de l’aire habituelle (région du col de Marie Blanque en Ossau). L’ours brun s’est manifesté de la Vallée d’Isaba (Navarre) à l’Ouest jusqu’à Luz St Sauveur (Hautes-Pyrénées) à l’Est, soit près de 84 km à vol d’oiseau. Sur le versant français, l’aire de présence 2010 est estimée à 1.000 km2. Elle atteint 1.500 km2 avec le versant espagnol.

Dans les Pyrénées Centro-orientales

L’aire de présence est plus importante qu’en 2009 car l’ours Balou s’est déplacé très à l’Est sur le département de l’Aude. L’espèce évolue, pour la partie orientale, des Corbières (11) jusqu’en Haute Ariège (09) en passant par les Gorges de la Frau (11). Elle évolue, sur la zone centrale, de l’Est de l’Aragon au Couserans (09) en passant par la rive droite de la Garonne (31) et le Val d’Aran (Catalogne). L’aire de présence est estimée à 4.800 km2 dont 2.900 km2 sur la partie française.



Aire de répartition de l’espèce Ursus arctos dans les Pyrénées - France en 2010
Figure n° 2 : Aire de répartition de l’ours brun dans les Pyrénées en 2010
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)


En 2010, l’aire de présence totale de l’espèce ours brun couvre environ 6.300 km2 dont 3.900 km2 en France.

Les indices récoltés permettent également de valoriser les résultats à travers la connaissance de la démographie de la population.

3 Effectifs de la population et démographie

  1. L’analyse des présences simultanées éloignées (soit 10 km. Cette distance maximale que peut parcourir un ours en une nuit a été calculée sur des ours équipés dans les Pyrénées : 95% des déplacements répertoriés (n+1800) n’excédaient pas 10 km à vol d’oiseau.),
  2. les analyses génétiques, les mesures d’empreintes (La mesure d’empreintes de tailles significativement différentes met en évidence la présence de 2 ours différents, sans qu’il soit possible de les identifier.)
  3. et les photographies automatiques (La détection d’ours de tailles significativement différentes ou d’animaux équipés de marques auriculaires met en évidence la présence d’ours différents, sans qu’il soit possible de les identifier, sauf marques auriculaires ou collier, permettent d’estimer un effectif minimum de la population.

Parmi les principales informations, on peut souligner que

  • 2 portées de 2 oursons ont été détectées au cours de l’année et
  • que les analyses génétiques ont permis d’identifier les oursons de Hvala, nés en 2009.
  • De plus, l’utilisation des mesures d’empreintes et de la simultanéité a mis en évidence la présence d’un ours non génotypé en 2010, sur le noyau oriental.
  • Enfin, les résultats laissent penser qu’un ours a disparu courant 2010 du noyau occidental (Aspe-Ouest) et un autre courant 2009 du noyau oriental (Boutxy).

Pour les Pyrénées occidentales, les effectifs minimums détectés s’élèvent à 3 individus mâles adultes, dont un indécelable depuis le 5 février 2010 : Néré, Cannellito, (Aspe Ouest).

Dans les Pyrénées centro-orientales, les effectifs minimum détectés s’élèvent à 16 individus, dont 14 dans la zone centrale (Pyros, Caramelles et ses 2 oursons, Sarousse, Hvala, Nheu, Noisette, Pollen, Bambou et ses 2 oursons et deux individus indéterminés) et 2 dans la zone orientale (Balou et un ours indéterminé). Le suivi grâce aux appareils photos automatiques laisse penser que tous les oursons ont survécu à leur première année.

Un effectif minimum de 19 ours en 2010
En 2010, sur l’ensemble des Pyrénées, nous estimons l’effectif minimum à 19 ours, dont 17 repérés sur le versant français.

Il est aussi à noter que deux ours détectés par la génétique en 2009 (Moonboots et Caramellita) n’ont pas été génotypés en 2010, sans que cela signifie qu’ils soient absents de la population (ours indéterminé du noyau oriental pour Moonboots par exemple).

Arbre généalogique des ours des Pyrénées

Arbre généalogique des ours des Pyrénées en 2010
L’arbre généalogique des ours des Pyrénées en 2010 avec les données disponibles à ce jour.
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)


Source : CNERA Prédateurs et Animaux Déprédateurs – Equipe Ours
Impasse de La Chapelle - 31800 VILLENEUVE DE RIVIERE
Téléphone : 05.62.00.81.08 - Télécopie : 05.62.00.81.09 - Répondeur localisation : 05.62.00.81.10
Courriel : stgaudens@oncfs.gouv.fr

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Extraits choisis du rapport complet

Des attaques de loup

Page 20 : "Il est aussi à noter qu'en cette année 2010, des attaques de loup ont eu lieu, sur la limite des départements de l'Ariège et des Pyrénées-orientales, non loin d'une zone régulière d'attaques d'ours. Si pour la majorité des dossiers, les éléments techniques relevés sur les carcasses ne permettent pas la distinction entre l'ours et le loup, 3 dossiers écartent la responsabilité de l'ours et ont été classés "imputable au loup". A l'avenir et avec l'arrivée du loup en zone à ours, il est probable, en l'absence d'éléments techniques suffisants sur les carcasses, que l'on ne puisse pas distinguer aisément le prédateur à l'origine du dégât sur des animaux domestiques."

Disparitions d'ASPE OUEST et de BOUTXY

Page 25 : "La brutale diminution des indices de présence sur certains sites d'Aragon et de Navarre, sans transfert sur d'autres, nous incite à penser que l'ours ASPE Ouest a probablement disparu au printemps 2010. Dans le même ordre d'idée, on peut également avancer que l'ours Boutxy a probablement disparu en 2009, comme nous le laissaient craindre les rumeurs de braconnage."

Page 26 : "Aspe Ouest (cul pelé) a été repéré 2 fois de façon fiable sur la commune d'Anso (Aragon) en début d'année, puis absence totale de donnée par la suite. Grâce à l'étroite collaboration antre les réseaux français, aragonais et navarrais, nous avons en vain, tout au long de l'année, procédé à la recherche soutenue de cet ours"

HVALA borgne

Page 26 : "Toujours grâce aux photos et vidéos, nous avons remarqué que Hvala présente un problème à l'oeil gauche (ne brille pas de nuit avec l'infrarouge de l'appareil). Même s'il ne semble pas crevé, il est fort probable qu'elle ne voit que d'un oeil."

Erosion de la diversité génétique

Page 29 : "L'existence d'un géniteur dominant (Pyros) laisse présager une probable érosion de la diversité génétique". NDLB : Cette érosion rend le remplacement de Boutxy indispensable. Chose promise...

Remarques et questions de la Buvette

  1. On a observé 3 ours indéterminés. Seront-ils identifiés en 2011 ?
  2. L'équipe Technique Ours reconnait que Boutxy a disparu. Il s'agit d'une disparition pour une cause humaine. Sera-t-il remplacé comme la ministre l'avait affirmé ? Les associations ont-elles demandé le remplacement de cet/(ces) ours ?
  3. Philippe Lacube a annoncé que 2 ours ont été tués en Haute-Ariège. Après Boutxy, quel est le deuxième ours tué par un (plusieurs ?) opposant qui est resté inpuni ?
  4. C'est la première fois que j'entends parler de Moonboots et de Caramellita ! Qui sont ces ours et où ont-ils été observés ?
  5. Comment va t-on appeler les 3 oursonnes et les 3 oursons sans nom ?
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