La nostalgie de l'âge de pierre

La quête des chasseurs et élus ariégeois

Ovis_spelaeus Les grottes de Niaux et du Mas d’Azil restent des joyaux de la préhistoire en Ariège. Cependant, il semble que leur influence opère quelques effets pervers au sein des esprits contemporains du département et des Ariégeois parmi les plus bruyants éprouvent quelques difficultés à sortir de l’ère préhistorique.

La démonstration en a été faite lors de la dernière assemblée générale de la Fédération des chasseurs du département à Saverdun. À la tribune comme dans l’assistance, chasseurs et élus –qui sont souvent les mêmes- se sont retrouvés pour entonner l’antienne traditionnelle fustigeant les «anti-chasse» ou les «responsables politiques verdissants», selon les termes du président de la Fédération départementale Jean-Luc Fernandez, par ailleurs responsable local de CPNT (Chasse Pêche Nature et Traditions). Selon ces glorieux agents du développement durable et de la biodiversité à visage humain, Natura 2000 constitue toujours la contrainte absolue tout comme «les activités soumises à études d’incidences et donc à contraintes, tous ceux qui font vivre nos territoires sont touchés, qu’ils soient agriculteurs, forestiers, professionnels du tourisme, propriétaires et bien sûr élus et leurs projets structurants

À ce sujet, les élections régionales de mars 2010 auront eu un effet collatéral sur le département de l’Ariège. Une certaine schizophrénie politique menace la majorité des élus départementaux qui soutiennent la majorité régionale issue des urnes printanières et emmenée par Martin Malvy, tout en désignant comme adversaires principaux les écologistes, lesquels sont parties prenantes de cette même majorité régionale.

Les trois ans à venir, risquent d’être agrémentés par de multiples contorsions politiques et autres exercices de style qui n’auront rien de littéraire.

Pour exemple, l’aménagement, programmé de longue date, de la RD117 entre l’A64 et Saint-Girons avance par tronçons et se heurte aujourd’hui aux réserves émises par la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement de Midi-Pyrénées. Lors de la session budgétaire de mars 2010, le président du Conseil général a rendu publique une lettre de l’émanation régionale du Ministère, demandant purement et simplement aux élus départementaux de revoir leur copie concernant le projet de déviation de Prat-Bonrepaux (ça ne s’invente pas!), en tenant compte de l’impact environnemental. Encore une fois, les écologistes ont été jugés responsables de ce qui est considéré par les élus départementaux comme de l’acharnement. Sauf qu’à vouloir tout aménager au motif que l’environnement ariégeois serait intact, ce qui reste à définir, il ne restera bientôt plus d’espace à protéger au titre de la directive européenne dite “Habitats”.

Mais revenons aux joyeuses agapes de nos chasseurs-cueilleurs, car c’est ainsi qu’ils se voient. C’est le conseiller général du canton de Saverdun, Louis Marette, qui a vendu la mèche: «Je suis né dans la chasse au temps béni de la chasse cueillette où l’on chassait sans contrainte», oui mais voilà, les empêcheurs de détruire en rond sont arrivés: «Puis les écologistes ont fleuri, ils ont fait les yeux doux aux médias, ont investi la politique et ont prospéré dans l’opinion.» Cette opinion n’a décidément aucun sens du discernement, pas plus d’ailleurs que la société qui semble avoir tourné le dos aux vraies valeurs: «La société à évolué, la chasse cueillette est terminée mais pour autant il ne faut pas laisser le terrain aux écologistes, il est important de rester mobilisé et solidaire, toutes les chasses doivent être défendues sans corporatisme», y compris la chasse aux écolos sans doute.

Quant à Henri Nayrou, député de l’Ariège, il a fait appel aux “gens du pays”, c’est à dire ceux qui ne se trompent jamais: «La défense de la nature n’est pas l’apanage de quelques-uns, il y a suffisamment de personnes dans nos campagnes et dans nos montagnes pour y parvenir, on n’a pas de leçons à recevoir», non effectivement, juste des lois à respecter. D’ailleurs selon le député: «Il faut protéger l’isard, seigneur des montagnes et faire dégager l’ours», ah oui, on se disait aussi… La conclusion revient naturellement à 
Louis Marette qui s’est rendu à l’évidence: «Il faut redorer l’image des chasseurs», c’est plutôt mal parti.

Philippe Serpault
Journaliste en Ariège
Dessin de F'Murrr

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