SNB : Agir ensemble (4)

Stratégie Nationale de la biodiversité côté discours et sur le terrain, du côté de l’ours (IV)

1) Introduction
2) Une vision pour agir
3) Une ambition commune
4) Agir ensemble
5) La biodiversité en France

4 ème partie : Agir ensemble

Coté discours politique

Extraits du document Stratégie Nationale pour la Biodiversité 2011-2020 (premier ministre)

« Tous les constats convergent pour affirmer que, face à l’érosion de la biodiversité, l’une des clefs de la réussite est la mobilisation de l’ensemble de la société. (...) L’un des fondements et l’une des originalités de cette stratégie 2011-2020 sont le fait qu’elle mette en place un cadre cohérent pour que tous les acteurs (personnes morales) puissent contribuer sur une base volontaire, en assumant leurs responsabilités.

La stratégie nationale pour la biodiversité permet, par une mobilisation du plus grand nombre, de renforcer notre capacité collective à agir, aux différents niveaux territoriaux et dans tous les secteurs d’activité. (...) Une adhésion et un dispositif d’engagement sont mis en place pour concrétiser cette volonté. Tous les acteurs sont ainsi invités à adhérer pour valoriser et faire connaître la SNB. Chacun est aussi invité à s’engager dans l’action, sur la base de principes d’action et de gouvernance actés lors de l’élaboration de la stratégie. L’engagement volontaire vise à développer des actions significatives en faveur de la biodiversité avec une amélioration progressive et proportionnée des pratiques des acteurs concernés.

La mobilisation des personnes morales se traduit tout d’abord par la signature d’une adhésion volontaire à la stratégie nationale pour la biodiversité, à sa vision, son ambition, ses orientations stratégiques, ses objectifs et aux principes de gouvernance.

Les acteurs disposent d’un délai de 18 mois pour concrétiser leur adhésion par une déclaration d’engagement volontaire à la SNB présentant le projet d’actions qu’ils comptent mettre en œuvre.

Sur le terrain, du côté de l’ours ?

« Mettre en place un cadre cohérent pour que tous les acteurs (personnes morales) puissent contribuer sur une base volontaire, en assumant leurs responsabilités ». Vaste programme. A la lecture de cet appel à l’action, et pour illustrer la « guerre de l’ours » qui « met le feu à la montagne » lors de chaque communiqué officiel, je ne peux éviter de publier des extraits de l’interview que Nicole Huybens a accordé à la Buvette.

Nicole Huybens est licenciée en communication sociale de l'Université catholique de Louvain, psychosociologue, M.A. et Ph. D. en théologie pratique de l'Université de Montréal.  Elle enseigne aujourd'hui l'éco-conseil au département des sciences fondamentales de l'Université du Québec à Chicoutimi et à l'institut éco-conseil de Namur. Elle a longuement travaillé sur la controverse socio-environnementale de la forêt boréale au Québec.

Nicole Huybens : « Je pense que les processus de concertation légaux souvent mis en place pour éclairer la décision dans des controverses socio-environnementales ne sont pas suffisamment axés sur le partage des points de vue et sur la prise de décisions en commun pour favoriser l’acceptabilité sociale. Les émotions ne sont pas prises en compte dans les processus participatif. Il faut tenir compte de la complexité, voir l’humain comme Homo complexus, comme le dit Edgar Morin. Les discours publics sont souvent lacunaires ou n’expriment pas explicitement tout ce qui fait controverse. Si les acteurs ont juste l’occasion de venir énoncer leur avis sans devoir prendre des décisions ensemble, ils ont tendance à se conforter dans leur propre avis et diabolisent de plus en plus ceux qui ne sont pas de leur avis.  Tous les acteurs font cela. (...)

« Tous les acteurs sont ”calculateurs, cyniques, machiavéliques” dit Callon. Chaque groupe d’acteurs met en place des actions pour informer, éduquer, faire pression, convaincre, influencer, obliger. Il n'est pas besoin de comprendre le point de vue des autres puisqu’il s’agit de les faire changer d’avis en utilisant influences et pressions. Mais l’argumentation se heurte à la crédibilté des sources : si la source est discréditée, elle est considérée comme “de mauvaise foi” et tous ses messages ne sont que mensonges et manipulations. Il s’agit d’un cercle vicieux dans lequel la controverse s’alimente. Plus les acteurs argumentent, plus ils renforcent les autres dans leurs convictions. A chaque argument une réponse, une réponse à la réponse, etc. C’est sans fin et cela alimente les forums pendant des années. »

Il est évident que cette description de la controverse socio environnementale de la forêt boréale au Québec éclaire ce qui se passe dans les Pyrénées à propos de l’ours. Mais comme dans les Pyrénées, le dialogue n’existe pas. 

La Buvette : À propos de concertation, que faire quand une partie des acteurs refusent systématiquement la concertation organisée par l’Etat en pratiquant la politique de la chaise vide en continuant à communiquer leurs arguments via la presse, les manifestations de rue, les sites Internet?

Nicole Huybens : il peut y avoir plusieurs cas de figure :

  • des acteurs qui pensent qu’ils ont trop à perdre dans un processus de dialogue : ils ne négocient pas, ils font pression. Ce sont souvent des acteurs qui ont le sentiment que leur point de vue est trop minoritaire et qu’ils n’ont aucune chance de se faire entendre.
  • des acteurs qui ont l’impression qu’ils ont le pouvoir (par exemple si la loi leur est favorable) et qu’ils perdent leur temps dans un processus de concertation.
  • des acteurs qui auraient l’impression de vendre leur âme au diable s’ils acceptaient d’impensables compromis pour eux.

« On ne peut pas vouloir tout le monde autour de toutes les tables. Parfois un médiateur qui rencontre les acteurs séparément et élabore des solutions à la place des acteurs mais en tenant le plus possible compte des avis contradictoires peut aider. En dernier recours et si une décision doit être prise, il faut recourir à l’arbitrage, mais attention pas un arbitrage arbitraire qui donne raison à une partie seulement, un arbitre éclairé qui est capable de proposer une solution complexe. Cela demande une grande compétence. Je pense que les éco-conseillers sont formés pour cela. C’est en tout cas à cela que je les forme. »

L’Etat a montré qu’il ne parvenait pas à résoudre la « guerre de l’ours ». En confiant la gestion de l’ours en Béarn à l’IPHB, Laurent Mermet nous a montré « Comment, sous couvert de réforme et d’innovation affichée, contrôler les partisans d’une gestion plus écologique de l’ours et préserver le statu quo. », j’usqu’à la disparition des derniers ours autochnones dans l’indifférence du patrimonial président de l’IPHB, qui se présentait pourtant comme « une structure de facilitation pour que les habitants soient les acteurs de la protection de leur patrimoine naturel » et avec un slogan qui se révèle inouï au vu de la réalité des faits : « Parce que les hommes et les ours peuvent vivre ensemble. »Ce n'est pas un pari. C'est la volonté de tous. » L’IPHB est une supercherie dont la stratégie et le fonctionnement dévié est maintenant parfaitement connu et admis (sauf dans le milieu du pastoralisme où il ne viendrait à personne l'idée de critiquer le patrimonial arroseur financier.)

La SNB est intéressante parce qu’elle met en avant la participation de tous les acteurs qui désirent avancer et défendre la biodiversité.  et si « On ne peut pas vouloir tout le monde autour de toutes les tables. »,  ceux qui désirent défendre la « biodiversité à visage humain » peuvent établir des plans pour défendre les races d’élevages « à petits effectifs » à condition, comme l’explique la SNB d’adhérer volontairement  « à la stratégie nationale pour la biodiversité, à sa vision, son ambition, ses orientations stratégiques, ses objectifs et aux principes de gouvernance. »

On peut conduire une brebis à l’abreuvoir, mais on ne peut pas l’obliger à boire ...

FNSEA : « Malgré le travail accompli, la FNSEA a estimé ne pas être en mesure de signer cette charte. Pour le syndicat trop d’incertitudes persistent sur la portée des mesures que le gouvernement mettra en œuvre et sur leur financement. De plus, trop de doutes demeureraient sur la volonté de l’ensemble des acteurs à porter l’image d’une agriculture performante et propre.”

ANEM : « Les élus de la montagne dénoncent la réintroduction d’ours dans les Pyrénées et rappellent à la ministre de l’écologie son engagement en faveur de la concertation ». Qu’est ce que la SNB, si ce n’est de la concertation ?
Frédéric NIHOUS, après la reprise presque mot à mot de l’argumentation classique de l’ASPAP : « J’estime pour ma part que l’ours n’est pas cet avenir. L’hômme doit être replacé au centre du débat et des préoccupations, surtout publiques et nos montagnes doivent bénéficier d’une approche équilibrée, humaine, rationnelle et réaliste. »

l’ADDIP fait référence au rapport du Groupe 2 du Grenelle de l’Environnement qui « souligne bien d’ailleurs que « la mise en oeuvre de la Stratégie nationale pour la biodiversité /…/ n’a pas été à la hauteur des objectifs qui y sont inscrits». Et il suffit de lire les rapports annuels du MEDD pour se rendre compte qu’effectivement si les espèces emblématiques y sont sur-représentées, les véritables sources d’inquiétude que sont biodiversités agricole et ordinaire y sont à peine effleurées, voire même pas mentionnées. » Voilà pour eux un modif d’adhérer à la SNB et pour « concrétiser leur adhésion par une déclaration d’engagement volontaire à la SNB présentant le projet d’actions qu’ils comptent mettre en œuvre sur la base de principes d’action et de gouvernance actés lors de l’élaboration de la stratégie.» Un patrimoine à protéger, ils le feront très bien !

Du côté des « Pro »

Que vont faire les associations de défense de l’Ours ? Adhérer volontairement à la stratégie nationale pour la biodiversité et remplir une déclaration d’engagement volontaire à la SNB présentant le projet d’actions qu’elles comptent mettre en œuvre ?  Ce sera à « Cap Ours » de décider ou aux associations de le faire séparément. Pour ma part, à la lecture de la SNB, je trouve qu’il existe des opportunités réelles car le projet de sauvegarde des noyaux de la population d’ours dans les Pyrénées s’inscrit parfaitement dans les objectifs théoriques de cette stratégie. Mais sans un "Oui" au le lâcher d'une ourse en Béarn, la SNB est mort-née.

Du côté des « Anti »

On l’a vu plus haut, leur vielle stratégie qui consiste à pratiquer la politique de la chaise vide puis de reprocher au gouvernement son manque de concertation deviendra plus difficile à défendre puisque avec cette SNB, ce n’est plus le gouvernement qui organise la concertation, ce sont les acteurs qui s’engage à protéger la biodiversité et à définir des actions (légales, cela va de soi). Il ne sera donc plus possible de critiquer la politique gouvernementale puisque celui-çi refile le bébé aux acteurs.

Quelles actions et projets vont-ils proposer pour promouvoir la biodiversité, toute la biodiversité, pas seulement celle qui trouve grâce à leur yeux, à savoir le biodiversité domestique en excluant « le sauvage » jugé nuisible. Aucune. Ils vons refuser d'adhérer.

La différence est là. Certains proposent des « ET » : le sauvage ET le domestique, l’ours ET le pastoralisme et d’autres excluent avec des OU : rien que le domestique, rien que le pastoralisme. C’est la politique du repli sur soi, de l’exclusion, de la fuite en avant, sans s’en prendre aux vraies causes des difficultés du pastoralisme.

La chaise vide à de l’avenir du côté des éleveurs

Nicole HUYBENS : "Des acteurs qui pensent qu’ils ont trop à perdre dans un processus de dialogue : ils ne négocient pas, ils font pression. Ce sont souvent des acteurs qui ont le sentiment que leur point de vue est trop minoritaire et qu’ils n’ont aucune chance de se faire entendre."

« Parfois un médiateur qui rencontre les acteurs séparément et élabore des solutions à la place des acteurs mais en tenant le plus possible compte des avis contradictoires peut aider. En dernier recours et si une décision doit être prise, il faut recourir à l’arbitrage, mais attention pas un arbitrage arbitraire qui donne raison à une partie seulement, un arbitre éclairé qui est capable de proposer une solution complexe. Cela demande une grande compétence. »

L’Etat ne pourra pas se retirer complètement de l’enjeu de l’ours, il devra arbitrer ou faire arbitrer. Est-il capable de proposer une solution complexe à un problème complexe sans vision à long terme ? La ministre de l’Ecologie est-elle capable de prendre une décision sans tenir compte des pressions des uns et des autres, des échéances électorales à court terme comme ces menaces de Nihous « (...) ainsi que nous l’entendons « remonter du terrain », ceci pourrait également avoir une répercussion et un impacty forts, mais néfastes, dans les urnes lors des prochaines consultations électorales... »,et en faisant respecter les lois, simplement le respect des lois?

La décision prise par NKM aura pour conséquence l’enjeu de sa carrière, car la SNB est son « bébé » et si elle engage la France dans une politique qui « perd l’ours » des Pyrénées, sa SNB fera apparaître la politique de la France et sa SNB comme un bel exemple de greenwashing. La  controverse socio-environnementale de l’ours est le premier dossier, et le plus complexe sans doute, qu’elle aura à gérer pour tester la réalité des bonnes intentions de sa Stratégie Nationale pour la Biodiversité.

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