Des vaches Highland sur le Plateau des Tailles

Près d’une quarantaine de vaches écossaises Highland occupent les fagnes du plateau des Tailles de la mi-avril à mi-novembre. Mais quelle est la raison de leur présence ?

Interview de Denis Parkinson (DEMNA)

Qu’apportent ces vaches Highland aux «fagnes» ?
Rappelons que les principaux enjeux du projet LIFE sont la restauration et la préservation des habitats naturels ouverts que sont les landes et prairies maigres, abritant une faune et une flore très menacées. Soulignons aussi que spontanément, ces milieux ouverts évoluent vers des stades boisés et que ce sont des pratiques agricoles anciennes (pâturage et fauche) qui ont généré ces milieux sur de vastes surfaces.

Des vaches Highland-Cattle sur le plateau des Tailles En particulier, l’action des grands herbivores, par le broutage et le piétinement, permet de rajeunir la strate herbacée, et de limiter la compétition entre végétaux, en permettant ainsi aux espèces moins compétitives de subsister (diversification de la flore). L’embroussaillement est aussi fortement ralenti (consommation des jeunes plants et écorcage de certains arbres). L’action des bovins contribue aussi à créer des mosaïques d’habitats variés (zones d’herbes rases, zones de refus), créant autant de possibilités d’accueil pour la faune et la flore.

Vous avez dit pâturage « extensif »?
Dans les réserves du plateau des Tailles, nos charmants bovins contribuent à entretenir les landes en consommant certaines espèces qui ont tendance à dominer, comme la molinie, le jonc, la canche... Il s’agit donc d’un fourrage très maigre offert par des sols pauvres et souvent détrempés, dont se contentent pourtant les vaches rustiques. Pour éviter un pâturage trop intensif, chaque animal dispose d’une vaste surface (plus de deux hectares par bête) occupée durant 7 mois de l’année. A l’approche de l’hiver, les animaux rejoignent de meilleures pâtures mais ne nécessitent pas vraiment d’étable ; ils se contenteront d’un simple abri en cas de forte neige.

Pourquoi ces vaches ?
C’est principalement la rusticité des animaux face aux conditions rudes rencontrées sur le plateau qui a orienté le choix de ces animaux. Originaire d’Ecosse, la « Highland Cattle » présente toutes les caractéristiques de rusticité pour s’adapter parfaitement à la Haute Ardenne.

D’autres animaux pourraient convenir également. C’est le cas de diverses races de chevaux rustiques, comme le Konik polski et le Fjord, y compris en association avec les bovins (actions complémentaires sur la végétation). Vu l’importante humidité des sols, l’utilisation des moutons Roux ardennais a été écartée très rapidement.

On dit qu’il y a trop de cerfs sur le plateau des Tailles, pourquoi introduire des vaches en plus ?
Il faut bien distinguer l’action des bovins, concentrés sur certains secteurs de landes clôturés et « forcés » à consommer la végétation qui s’y développe et l’action des ongulés sauvages se répartissant sur l’ensemble du plateau.

Libres de leurs déplacements, les cervidés vont pouvoir sélectionner leur nourriture, en se concentrant principalement dans et autour des zones boisées, où ils se sentent en sécurité. Vu les densités de cervidés présentes, cela pose -on le sait- de gros problèmes de régénération de la forêt feuillue. Leur impact sur les landes semble par contre plutôt positif (élimination des ligneux et rajeunissement des herbacées) mais largement insuffisant pour se passer du service des ruminants domestiques.

A qui appartiennent ces vaches ?
Tous ces animaux sont la propriété d’agriculteurs locaux, à qui est confiée la gestion des landes du plateau des Tailles. Les éleveurs peuvent occuper gratuitement ces terrains, moyennant le respect de certaines contraintes liées aux réserves naturelles : l’objectif est bien la préservation des milieux naturels avant tout !

Est-ce rentable ?
Etant donné le caractère très extensif de ce pâturage et la faible productivité de ces milieux, l’activité en elle-même est peu rentable. Toutefois, les éleveurs peuvent prétendre à des primes agri-environnementales (en particulier la méthode relative à l’entretien de prairies de haute valeur biologique), perçues en échange d’un effort réalisé en faveur de l’environnement. C’est principalement par ce biais que cette aventure est possible ! Sur la quinzaine d’enclos mis en place durant le projet LIFE (surface de 100 hectares), six sont occupés par des Highlands Cattle.

Est-il possible de visiter les lieux et de rencontrer ces vaches ?
Nous vous proposons notamment de les rencontrer lors de vos balades sur les deux circuits de promenades proposés à Odeigne.

Malgré son air un peu rustre, la race Highland présente un tempérament très calme. Si elles ont l’habitude de voir du monde, elles peuvent même être franchement familières. Ne sous estimez toutefois pas leur vitalité. Les mères peuvent charger si elles sentent un danger pour leur progéniture et il est bien difficile de savoir à quoi pense le taureau, à travers sa tignasse bouclée. Pour votre sécurité et pour leur quiétude, il vaut mieux rester à l’extérieur des enclos et de tenir les chiens en laisse !


Linaigrettes
La recolonisation des plans d’eau aménagés par les plantes des tourbières est explosive, sphaignes et linaigrettes en tête

Deux  circuits de promenade sont accessibles dans les sites restaurés autour du village d’Odeigne. Leur aménagement a été financé par la commune de Manhay, grâce aux indemnités versées pour l’abattage prématuré des épicéas sur les sites LIFE.

Ces sentiers, agrémentés d’une tour d’observation et de panneaux didactiques, vous permettront de découvrir plusieurs tourbières remarquables restaurées dans le cadre du projet LIFE : Fagne du Pouhon, Fagne de Robièfa, Fagne de Nazieufa.

(En période de chasse, se renseigner à la maison communale de Manhay ou à la maison du Parc Naturel des Deux Ourthes (Rue de La Roche, 8 - 6660 HOUFFALIZE - Tél./fax : 061/61.58.38 ou par e-mail)

Pouvez-vous présenter le bilan du LIFE « Plateau des Tailles » en quelques chiffres ?

  • 600 ha de tourbières et de landes, 150 ha de hêtraies,
  • 100 ha de fonds de vallées en voie de restauration
  • 380 ha de nouvelles réserves naturelles (RND et RNA)
  • 325 ha de plantations d’épicéas enlevées
  • 33 ha de landes à molinie étrépées
  • 340 km de drains neutralisés
  • 370 nouvelles mares, 20 ha de nouveaux plans d’eau
  • 68 ha de hêtraies sous clôtures,
  • 73 000 arbres feuillus plantés.
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