Le Klan du loup condamné pour diffamation : à propos des visions différentes des associations environnementales

Amende avec sursis pour le Klan du loup, condamné pour diffamation. Le président de l'association, un Périgourdin, avait diffamé le préfet de la Drôme sur Internet.

Le tribunal correctionnel de PERIGUEUX a rendu ce 7 décembre 2011 son jugement dans la procédure en diffamation engagée par Pierre-André DURAND, préfet de la Drôme, à l'encontre de l'association « Le Klan du loup ».

Rodolphe Gaziello, président-fondateur de l'association Le Klan du LoupDans un communiqué de presse publié sur son site internet le 8 mai 2011, l'association Le Klan du Loup avait tenu à l'encontre du préfet des propos jugés diffamatoires, à la suite d'une décision de prélèvement d'un loup, prise le 6 mai 2011 dans les conditions fixées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Il était reproché au prévenu de s'en être pris au préfet de la Drôme en le traitant d'exterminationniste, de nuisible et de vampire de la Drôme.

Le tribunal a écarté la requête en prescription présentée par l'association et a retenu la diffamation.

L'association est ainsi condamnée à une peine d'amende de 1.500 € avec sursis, assortie de l'obligation de retirer l'article incriminé de son site internet, suivant en cela les réquisitions du procureur de la République. En outre, l'association a été condamnée à verser 750 € de dommages et intérêts à Monsieur le préfet de la Drôme.

Sous réserve d'un éventuel appel, le préfet annonce qu'il reversera cette somme, lorsqu'il l'aura perçue, à la profession agricole ovine du département. Le jugement sera mis en ligne, sur le site de la préfecture, dès réception. Si les juges ont suivi les réquisitions du procureur, ils ont réduit les prétentions du préfet qui réclamait 3.000 euros de dommages et intérêts.

Il est intéressant de relever la provocation du préfet de la Drôme qui compte verser l'amende aux associations d'éleveurs de la Drôme. Un geste qui ne va surement pas apaiser les tensions entre défenseurs et éradicateurs.

Les différentes visions des rapports homme-nature

Sur son site, l’association Le Klan du Loup dénonce : "Ce verdict très "lourd" montre bien que l'Etat est prêt à tout mettre en œuvre pour faire taire l'association Le Klan du Loup, la seule qui soit 100% Loup, 0% de tir à tuer !"

Avec sa revendication de "O% de tir à tuer", et avec ce type de propos pour le moins maladroits juridiquement parlant, l'association Le Klan du Loup se positionne comme une des associations les plus marquées "biocentrique" sur l'échelle des associations environnementales. "Le Klan du Loup, la seule association à être 100% Loup, 0% de tir à tuer"

  • Faut-il laisser le loup reconquérir toute la France sans aucune intervention ?
  • Et s'il faut intervenir, à partir de quand, et sur quelle base? Sur une base quantitative, combien de loups sont acceptables ? Sur une base géographique qui établit la liste des massifs où le loup sera admis ou refusé?

Voilà bien les questions qui divisent les associations. Le Klan du Loup adopte une vision biocentrique marquée et s'oppose ouvertement à l'association FERUS, la principale association de défense des prédateurs en France.

Selon Nicole Huybens, enseignante en éco-conseil à l'Université du Québec à Chicoutimi et aux institut éco-conseil de Namur et de Strasbourg, "dans la vision biocentrique, la violence faite à la nature par les techniques et les machines des humains est centrale. La coupure entre l’humain et la nature est maintenue comme dans la vision anthropocentrique, mais il y a inversion du lien de subordination : c’est la nature qui est sacrée ou déifiée. La vision biocentrique est donc un retour de balancier par rapport aux excès et aux effets pervers de la vision anthropocentrique."

A l'inverse, L'association FERUS, que le Klan du Loup dénonce, a une vision écocentrique des rapports homme-nature. Nicole Huybens souligne que "cette vision écocentrique est holiste, elle s’oppose à une vision individualiste qui n’attribue de réalité qu’aux organismes individuels isolés et oublie leur intégration dans le milieu global. Tous les organismes étant membres d’un tout, reliés entre eux, ils ont la même valeur intrinsèque. Tous les éléments dans la nature sont donc interdépendants et il n’y a pas de coupure entre l’humain et la nature. (...) La vision écocentrique s’appuie sur les connaissances de l’écologie scientifique et sur une tradition qui lie l’humain à la nature par l’art et les sentiments. Les lois de la nature deviennent des règles éthiques pour réguler les décisions humaines sur la nature. Et la beauté ou l’équilibre de la nature indiquent ce qu’il convient de faire et de ne pas faire." Cette vision accorde plus d'importance à la sauvegarde de l'espèce qu'à la sauvegarde de tous ses individus.

D'autre part, ceux qui adoptent une vision anthropocentrique marquée, adeptes de la tradition, d'un humanisme peu respectueux du milieu et basé sur la bipolarité utile/nuisible comme le milieu agricole ou cynégétique s'amusent de ces oppositions entre les associations, sans bien souvent les comprendre.

L'intérêt des travaux de Nicole Huybens, c'est qu'elle propose une quatrième vision, la vision multicentrique, pour participer à la résolution des controverses environnementales. Pour elle, "Trouver une solution simple n'est simplement pas une solution". Nicole Huybens propose de comprendre les humains et leurs natures pour agir dans la complexité. Il reste du travail pour les éco-conseillers.

Des ressemblances avec l'extrême droite

Même du côté des biocentriques, les visions sont différentes. Sur le site "La terre d’abord, écologie radicale et libération animale", dans la note « Respecter tous les animaux ou bien saluer uniquement le loup comme symbole de domination? », l’auteur, dont je n’ai pas trouvé le nom, dénonce l'association Le Klan du Loup, qu’il considère comme « un site d’extrême-droite, prônant une vision du monde élitiste, où le loup serait l’équivalent des indo-européens sur la planète terre. » L'auteur développe en montrant la ressemblance entre le logo du Klan du loup et ceux de différentes divisions de la Waffen SS. Il y a, en effet de quoi se poser des questions sur les motivations de cet emprunt graphique. L'emprunt serait-il aussi idéologique? Si oui, la défense de la cohabitation raisonnée avec les prédateurs n'avait pas besoin de celà. A chacun son combat.

Pour sa part, le journal Sud-Ouest estime que « Ce quadragénaire qui vit à La Bachellerie n'a franchement pas l'air méchant, même s'il a été condamné dans sa jeunesse pour des violences et un port d'arme. »

Photo FR3 : Rodolphe Gaziello, président-fondateur de l'association Le Klan du Loup.

Commentaires