Les Tarpans mangent du bois

Présentation d'une étude du comportement alimentaire des tarpans : surprise, les tarpans mangent des ligneux

Le maintien en permanence des tarpans sur leur site d’accueil, afin de profiter de leur grande résistance naturelle qui leur permet de reporter une part significative de leur alimentation sur la végétation ligneuse, est un des volets du Projet Tarpan. A cet égard, il nous a semblé intéressant de présenter l’étude de comportement alimentaire, évoquée dans L’écho des Tarpans n°2, réalisée sur le “parc de Tavassieu” en 2009 et 2010, même s’il ne s’agit là que d’une première approche.

Depuis leur introduction en 2004 sur le parc de Tavassieu, pelouse calcicole partiellement embroussaillée d’une quinzaine d’hectares située sur le plateau d’Hauteville dans le Bugey , les tarpans font l’objet d’un suivi régulier. A l’occasion de ces suivis, des observations intéressantes ont pu être recueillies concernant leurs habitudes alimentaires au fil des saisons. Néanmoins, aucune étude statistique n’avait été réalisée concernant le temps consacré à l’alimentation en fonction des essences et du type de végétation consommée.

Un protocole de suivi de comportement alimentaire a donc été élaboré et testé par Jessica Morin à l’occasion d’un stage de BTS GPN. Cette première étude a été réalisée sur trois périodes de deux semaines bien distinctes quant à la disponibilité alimentaire :

  • en juin alors que la végétation herbacée est en plein développement et que les besoins nutritionnels des chevaux sont à leur maximum, notamment pour les juments allaitantes,
  • en décembre, période de repos végétatif, alors que la végétation herbacée encore disponible a un faible pouvoir nutritionnel, et enfin
  • en février alors qu’une couche de neige rend l’accès à ce qui reste de cette végétation herbacée plus difficile.

Elle a consisté, trois jours par semaine, à suivre les tarpans sur des périodes de quatre heures d’affilée en notant leurs positionnements sur les différents secteurs du parc. Pendant ces quatre heures, une heure a été consacrée à un suivi individuel rigoureux en chronométrant chaque phase d’alimentation (ainsi que les autres comportements) pour l’individu concerné.

Pour ces relevés, trois animaux ont été sélectionnés en fonction d’une certaine différence de comportements alimentaires constatée initialement :l’étalon Hipparion, la jument allaitante Odalisque et le poulain Olibrius (né en 2008).

Les tarpans mangent du boisGraphique du suivi de l’étalon Hipparion en février

Le suivi individuel a été exploité sous forme d’histogrammes indiquant, pour chacun des individus, la part du temps consacré pendant une heure à la consommation des différents types de végétaux.

Il ressort de ce suivi que les tarpans consacrent au mois de juin :

  • 66% de leur temps à la consommation de végétaux de la strate herbacée, et
  • 10% à celle de végétaux de la strate arbustive ou arborescente, ce dernier chiffre comprenant la consommation de feuilles.

En hiver (décembre et février) :

  • la consommation de ligneux atteint 24 % bien qu’il ne s’agisse que de « bois » puisque les feuilles sont évidemment absentes. Il s’agit là d’une moyenne car les comportements alimentaires varient fortement d’un individu à l’autre. Ainsi :
  • le temps de consommation du prunellier atteint 31% en février pour le jeune mâle Olibrius.


Pour autant, les périodes consacrées à cette étude n’ont pas permis de prendre en compte les phases d’enneigement important (en janvier pour l’année 2010) qui voient ces proportions largement évoluer.

Pendant ces périodes, l’accès à la végétation herbacée est fortement compromis ce qui oblige les chevaux à fournir d’importants efforts (grattage de la neige profonde) pour y parvenir. Ils se reportent donc sur la végétation ligneuse encore accessible. A cet égard, on doit rappeler que le système digestif des chevaux est plus adapté à une meilleure assimilation de la matière ligneuse que celui des bovins, par exemple. (NDLB : Sauf pour l’ASPAP pour qui le cheval est un ruminant !)

Pendant ces périodes d’enneigement, il n’est pas rare que les tarpans restent pendant de longs moments (jusqu’à trente minutes d’affilée) à « manger du bois » : rameaux de noisetiers ou même branches d’aubépine pouvant atteindre plusieurs dizaines de centimètres de longueur ! Les prunelliers sont abroutis de façon plus superficielle (rameaux de quelques centimètres) compte tenu du port très épineux de cette essence. Pendant ces phases, l’urine des chevaux prend souvent une couleur plus ou foncée sous l’effet des tanins contenus dans certains de ces végétaux.

Tarpans mangent des plantes ligneuses
Tarpan consommant des baies de troène. © JM

Cet abroutissement concerne aussi certains arbustes considérés comme toxiques. Ainsi, à Tavassieu, le troène est régulièrement consommé. Il est probable dans ce cas que cette consommation ait un effet purgatif recherché par les chevaux.

Rappelons à ce propos que les tarpans ne font l’objet d’aucun traitement antiparasitaire (sauf exception chez certains jeunes individus particulièrement parasités, à la fin du deuxième hiver). Il convient également de signaler que durant les suivis aucun affouragement d’appoint n’a été dispensé (sur le parc de Tavassieu cet affouragement peut intervenir à partir du mois de février selon les années).

Cette étude préalable, dont la vocation était avant tout de tester un protocole de suivi, mériterait bien sûr d’être reprise et affinée. Par ailleurs, il convient de rappeler que le temps de consommation d’une catégorie de végétaux n’est pas forcément corrélé à la biomasse consommée.

Dans un contexte écologique très différent, un travail équivalent va être réalisé en 2011 sur le marais de Vaux par Amandine Vignandel dans le cadre d’un stage de BTSA-GPN pris en charge par le CREN (*) Rhône Alpes, en partenariat avec ARTHEN-Bugerbivore. L’écho des Tarpans ne manquera pas de vous tenir informé des résultats de cette étude.

MM

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