Pas d'ours, pas de chocolat !

« Les bergers indemnisés pour 58 brebis mortes. »

Tel est le titre de l'article de la République des Pyrénées du 22 décembre qui commençait comme celà...

«L'incident avait suscité un certain émoi. Le 18 septembre dernier, 58 brebis étaient retrouvées mortes à Etsaut au-dessus des estives d'Yèse. 51 autres furent blessées dans ce dérochement. La commission d'indemnisation dégâts des ours (Cido) est revenue mardi sur sa décision du 18 octobre de ne pas indemniser les six bergers impliqués dans ce dossier. A l'époque, la Cido n'avait trouvé « aucun élément susceptible d'engager la responsabilité de l'ours » dans cet accident. Et pointait, au contraire, des « manquements dans le gardiennage du troupeau » de 1300 têtes, assuré par Bertrand Domengeus

Chronique pyrénéenne
par Marc Laffont


J'avoue ne pas avoir suivi de très près cette histoire. Le simple positionnement en ce sens de quelques personnalités notoirement peu favorables à l'ours ne laisse guère de doute sur la non-responsabilité de l'ours dans ce dérochement. Si le plantigrade avait pu être incriminé, même en capilotractant à outrance, certains ne se seraient pas privés de profiter de son dos très large. Ne serait-ce que avoir la paix pastorale pour éviter des complications de ce type.

Au delà de la question de l'ours, nous avons 58 brebis tuées pour une raison inconnue, qui n'a pas une chance sur 1000 d'être l'ours. Et la moitié des brebis appartiennent au même élevage. Sans connaître la santé financière de l'exploitation, il est vraisemblable qu'en plus du traumatisme lié à l'accident, sans compensation, la pérennité de l'exploitation est clairement menacée.

En tant que citoyen favorable à la sauvegarde de l'ours et à sa cohabitation avec un vrai pastoralisme respectueux de la faune sauvage, je ne saurais me réjouir de voir disparaître une exploitation suite à un tel incident.

L'enjeu financier de l'ensemble de l'accident, sur la base du barème d'indemnisation ours, se situe vraisemblablement autour de 10 à 12.000 €. Donc 5 à 6.000 € pour l'élevage le plus impacté. Peut être un peu plus avec les bêtes blessées. La somme est considérable pour un exploitant. Elle est cependant modeste au regard du budget ours annuel et surtout, surtout, cela représente un epsilon dérisoire au regard des 60, 70, peut être 80 millions d'€ annuels reçus par l'élevage ovin sur l'ensemble du massif pyrénéen. Et qui sont indispensables à sa survie.

Si ces quelques milliers d'€ sont nécessaires pour sauver au moins un de ces élevages, je ne vois pas forcément d'un mauvais œil qu'ils proviennent de crédits apportés par l'ours. Il me semble cependant que le minimum de déontologie serait alors d'admettre que, dans ce cas, c'est une particulièrement large conception de la notion de « bénéfice du doute » qui permet l'indemnisation des malheureux éleveurs. Alors que le gardiennage n'est peut-être pas non plus indemne de tout reproche sur le coup. Ce n'est pas moi qui le dit, mais la CIDO.

Et qu'en l'absence totale d'ours, soit certains de ces éleveurs auraient mis la clef sous la porte, soit il aurait fallu trouver des crédits ailleurs pour éviter cette issue. Car enfin, la seule façon d'expliquer qu'il puisse s'agir d'une attaque d'ours, c'est d'admettre que l'ours agresseur en question est un grand fan du film "Bienvenue à Gattaca". C'est à dire, qu'à l'instar des héros du film, il passe son temps à faire disparaître toutes les traces qu'il laisse immanquablement derrière lui et dont la découverte permettrait son identification. Film qu'il a probablement téléchargé illégalement, car il est de notoriété que le slovène (ou le semi-slovène) est beaucoup plus malhonnête que le pur pyrénéen...

Au lieu de cela, on a des déclarations du style « il n'y a que l'ours qui peut avoir provoqué un tel dérochement, donc l'indemnisation au titre de l'ours n'a pas à être discutée ». Ce n'est pas une citation, disons que je synthétise l'esprit. Et je m'attends, si ce n'est déjà fait, à une récupération du fait divers, par quelques anti-environnementalistes patentés, sur la logique suivante :

« Après une période d'aveuglement, les technocrates sous influence écologiste de la CIDO ont fini par reconnaître ce que tous les vrais connaisseurs de l'élevage savaient depuis le début : l'ours est bien le coupable du dérochement, comme de tous les dérochements passés, présents et à venir dans les Pyrénées. Ce n'était même pas une question de bénéfice du doute. Ce drame montre bien que ours et pastoralisme sont incompatibles...etc. ». Ma caricature est probablement en retrait de la réalité.

J'aimerais donc que les victimes de ce dérochement aient l'honnêteté d'admettre que c'est à la présence sporadique sur un vaste territoire d'1 ou 2 malheureux ours, très probablement hors de cause, qu'ils doivent d'être indemnisés, au lieu d'être possiblement ruinés. Et donc, qu'à minima, ils fassent preuve de neutralité envers le plantigrade. Ce serait vraiment la moindre des choses...

Pour une fois, je rejoins le président du Parc National sur deux points :

  1. « Il va falloir sérieusement se pencher sur le gardiennage en présence ou en dehors de la présence de l'ours *et ceci pour améliorer le suivi des troupeaux en estive.* »
  2. « Ce sont des méthodes qui les desservent » ( à propos des Jeunes Agriculteurs)


En effet, on ne gagne jamais à mordre la main qui vous nourrit. (Notez bien qu'en Agriculture, on est considéré comme "jeune" (les JA) jusqu'à l'âge de 40 ans). Joyeux Noël.

NDLB : Et ne parlons pas des menaces. Peut-être que l'ours était dans une mongolfière ! (La version ultra pastorale de cette chronique

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