L'agneau français est acheté par de riches consommateurs âgés à de pauvres producteurs âgés aussi

L’agneau français est une viande de quasi-luxe, à destination de consommateurs âgés et plutôt aisés, et produite par des éleveurs âgés auxquels elle ne procure qu’un faible revenu.

Et ceux qui financent cet élevage ne mangent que très peu d'agneau...

L’agneau français est une viande de quasi-luxe, à destination de consommateurs âgés et plutôt aisés, et produite par des éleveurs âgés auxquels elle ne procure qu’un faible revenu.

Quelques données technico-économiques ovines 2010-2011

On observe une légère, mais pas forcément durable, remontée de la production indigène de viande ovine en 2011. le prix moyen pondéré de la carcasse tourne autour de 6,11 €/kg (supérieur de 5 % à 2010). Le prix au détail est en hausse de 4 % sur un an (13 €/kg, 15,4 €/kg en boucherie)

Paradoxalement, ces « bonnes nouvelles » enferment de plus en plus la viande ovine française dans un marché de niche, quasiment un produit de luxe, qui ne séduit plus guère que les consommateurs assez âgés et plutôt fortunés.

Quant au revenu, des éleveurs, il est la plupart du temps orienté à nouveau à la baisse, après l’embellie de 2010 liée au transfert de subventions en leur faveur suite au « Bilan de santé » de la PAC. Ce faible revenu contraste singulièrement avec celui dont doit disposer le consommateur, s’il veut s’offrir régulièrement de l’agneau français…

Cette note est basée essentiellement sur deux documents publiés par l’Institut de l’Elevage (Idele.fr) :

RÉSULTATS ÉCONOMIQUES 2011 POUR LES EXPLOITATIONS SPÉCIALISÉES OVINS VIANDE (en moyenne)

Resultats-economiques-2011
UTA : une Unité de Travail Annuel est l'équivalent d'une personne déclarée occupée à plein-temps durant l'année sur l'exploitation

Après le rétablissement du revenu lié au transfert des aides céréalières vers certaines productions d’élevage décidé en 2010, les éleveurs ovins ont été rattrapés par la flambée du prix des matières premières. L’année 2011 a ainsi été marquée par des hausses moyennes comprises entre 20% et 40% pour les carburants, les aliments complets et les engrais azotés et phosphatés.

La poursuite de la progression du prix des agneaux a toutefois permis d’en limiter l’impact sur le revenu des éleveurs. Les mauvaises langues comme moi diront également en aparté qu’il s’agit pour les producteurs de céréales de récupérer par le prix de vente de l’aliment une partie de ce qui leur a été enlevé lors du « bilan de santé » de la PAC en 2010…

On notera qu’en zone pastorale, le total des aides dépasse en moyenne de 11.000 € la valeur économique de la production ovine pour chaque exploitation, soit 56 % du produit brut de l’exploitation (contre environ 35 % pour les autres zones). Et un ratio aides / produit des ventes ovines qui atteint 126%.

PRODUCTIVITÉ NUMÉRIQUE DES ÉLEVAGES SUIVIS EN APPUI TECHNIQUE
(2.279 élevages, en 2010)


Productivite-numerique-elevage
Sur un échantillon de 2.279 élevages (Campagne 2010, France entière et tous types de systèmes confondus), la moyenne de la productivité numérique est de 1,1 agneau produit par femelle présente (Effectif Moyen Pondéré). Cette productivité varie de façon importante d’un élevage à l’autre, du simple au double entre les groupes extrêmes des élevages classés sur ce critère et cela alors que les tailles moyennes du troupeau sont comparables. On relèvera une certaine corrélation entre une productivité numérique élevée et un plus faible taux de mortalité des agneaux.

La productivité numérique, outre son rôle d’indicateur de performance technique, est un critère retenu pour l’éligibilité à l’Aide aux Ovins (AO, ex « prime à la brebis »). L’aide est ouverte aux éleveurs détenant et engageant au moins 50 brebis éligibles. Un animal éligible à l’aide aux ovins est une femelle de l’espèce ovine, correctement localisée et identifiée, qui au plus tard au 10 mai 2012, a mis bas au moins une fois ou est âgée d’un an au moins.

L’ensemble des brebis déclarées doit avoir une productivité minimale de 0,7 agneau né par brebis et par an. Ce ratio a été ramené en Ariège en 2012 à 0,6 agneau par brebis et par an. Le montant indicatif de l’aide de base est d’environ 21€, souvent majoré de 3 €. Tout animal éligible qui décède après la date du 10 mai 2012 continuera à donner droit au versement de l’Aide aux Ovins, sans qu’il soit nécessaire de le remplacer. (NDLB : Moi qui me demandais pourquoi les chèvres de Pépé Pedron disparaissent après cette date...) Une enveloppe de 125 millions d’€ est prévue en 2012 pour l’aide aux ovins.

L’ANNÉE ÉCONOMIQUE OVINE 2011

A marquer d’une pierre blanche !

Après plusieurs décennies de recul de la production française de viande ovine s’était stabilisée en 2010.
2011 confirme la tendance et les abattages français ont été en hausse pour la première fois depuis les années 80, passant de 101 000 tonnes équivalent carcasse à 104 200 (+3%).

Ce bilan encourageant s’explique en partie par une baisse de cheptel limitée fin 2010 et une amélioration de la productivité numérique dans certains bassins de production. Les prix à la production ont encore légèrement progressé (moyenne annuelle à 6,11 €/kg de carcasse), conséquence partielle du manque de disponibilités à l’importation, en provenance du Royaume-Uni et de la Nouvelle-Zélande.
Le prix moyen de l’agneau au détail a progressé de 5,3% en 2011, à près de 13,0 €/kg de produit (11,9 €/kg en GMS, 15,4 €/kg en boucherie).

Les fondamentaux du marché semblaient donc encourageants en 2011, sans oublier les effets du rééquilibrage des revenus entre céréaliers et éleveurs et de la nouvelle prime à la brebis mise en place en 2010.

L’enquête cheptel de décembre 2010 a confirmé le ralentissement de la décapitalisation ovine (voir « Un point sur la filière ovine », publié par la Buvette fin 2011). Les effectifs de brebis avaient en effet reculé de seulement 0,4% sur un an à 5,36 millions de têtes, contre une baisse de 1,8% en 2009 et des taux supérieurs à 5% au lendemain du découplage partiel de la prime ovine. La baisse des effectifs de brebis allaitantes a été limitée à 2% en 2010, grâce à la revalorisation des aides au secteur ovin depuis le bilan de santé de la PAC et à l’amélioration des cours.

Mais comme toujours, c’est surtout le secteur laitier qui s’est avéré dynamique, avec une hausse du cheptel reproducteur de 4%.

Dans le secteur allaitant, la région Midi-Pyrénées s’est avérée la plus dynamique en 2010. Les effectifs de brebis allaitantes y ont en effet progressé de près de 2% sur l’année et représentent désormais plus de 16% du cheptel national. À l’exception de la région Rhône-Alpes (en hausse de 1,3%), les effectifs de brebis ont reculé dans tous les autres grands bassins de production. La baisse est plus marquée dans le Limousin (-2,7%) et en Poitou-Charentes (-3,6%) qu’en Auvergne et dans la région PACA (environ -2,3%). Dans les autres zones (35% des effectifs), le recul moyen dépasse 3%.

Ces chiffres sont dans la lignée de ce qui s’observe depuis 1990 en France. A savoir donc que les 3 régions dont les effectifs ovins résistent le mieux sont Midi-Pyrénées, PACA et Rhône-Alpes. C’est à dire les trois régions, surtout PACA et Rhône Alpes, les plus concernées par la « problématique » grands prédateurs !

Il faut donc le répéter pour la 12.000ème fois : Le recul de la production de viande ovine n’est absolument pas corrélé avec les effectifs de grands prédateurs.

Sinon, comment expliquer que des bastions ovins historiques, comme le Limousin ou Poitou-Charentes aient perdu près de 60 % des effectifs de brebis en 20 ans, en l’absence de grand prédateur sauvage ?

Une bonne année, donc, mais, à y regarder attentivement, cette bonne tendance est aussi en trompe l’œil.

Les abattages de femelles ont été renforcés du fait de la sécheresse du printemps 2011. Ils représentent à eux seuls 30 % de la hausse de la production de viande ovine par rapport à 2010. Et cette viande là ne finit pas toujours dans l’assiette du consommateur.

Par ailleurs, les coûts de production sont repartis à la hausse en 2011. L’IPAMPA ovins viande a même dépassé son niveau record de 2008. Cette hausse semble se poursuivre début 2012. (IPAMPA = Indice des prix d’achat des moyens de production agricole)

Malgré les volumes français supplémentaires, la consommation d’agneau a également souffert du déficit d’importation et les achats des ménages sont restés atones en 2011 (-6%) avec une baisse plus marquée en GMS (-8%) qu’en boucherie traditionnelle (-2,5%). Ce qui est très logique : un rayon moins bien garni, avec des prix en hausse, attire moins de clients potentiels.

En dépit de la hausse des abattages d’agneaux (et de brebis…), les prix à la production ont atteint des niveaux qui n’avaient plus été égalés depuis 10 ans. La baisse des importations françaises, conséquence de la ré-orientation vers l’Asie de la production néo-zélandaise, a renforcé la tension sur l’offre. Dans ce contexte, la place de l’agneau dans nos assiettes s’est à nouveau réduite tout au long de l’année, assez logiquement.

Pour 2012, on s’attend à ce que la tendance à la baisse de la production reprenne le dessus, du fait d’une probable baisse de cheptel fin 2011 suite aux abattages pendant la période de sécheresse. Cette prévision se vérifie sur janvier/février 2012, avec un baisse de 3 % du tonnage d’agneau abattu.

À noter que, selon l’Institut de l’Élevage, si tous les agneaux exportés étaient engraissés et abattus dans l’Hexagone, la production française de viande ovine pourrait progresser d’encore 15%. Et le taux d’auto approvisionnement de la France en viande ovine, à consommation constante, passerait de 45% à 52%. Il s’agit là du point de vue des rédacteurs de la note (Institut de l’Élevage).

En fait ce n’est pas si évident : Une (petite) part des importations françaises se compose d’agneaux « français » qui ont déjà fait, tout jeunes, le déplacement dans l’autre sens pour être « finis » en Espagne. Et pour être (re)vendus ensuite en France.

Ce sont leurs mères, des brebis taries, qui estivent fort peu surveillées sur les pentes ariégeoises et deviennent ainsi des « supports à subventions » d’abord, à indemnisations pour attaques d’ours, ensuite.

C’est que l’Ariège, en matière de production de viande ovine, c’est important : Avec 894 tonnes équivalent carcasse de viande ovine produite en 2009, ça représentait quand même presque 1 % des 101.000 tonnes produites en France cette année là. Soit 0,4 % de la consommation. Que cette production vienne à régresser et l’approvisionnement français sera dangereusement compromis… !

Inquiétudes sur l’évolution de la consommation

Calculée par bilan, la consommation française de viande ovine était de 208 000 tonnes équivalent carcasses (téc) en 2011, soit près de 3% de moins qu’en 2010. La consommation par habitant a ainsi reculé à 3,3 kg équivalent carcasse, contre près de 3,9 kg il y a cinq ans (et 5,5 kg il y a 20 ans…).

Selon le panel Kantar, le recul des achats d’agneau par les ménages constaté en 2011 serait à la fois lié au repli des quantités achetées par acte (-2,7%), à la baisse du nombre d’actes d’achat par acheteur
(-1%), mais surtout à la chute du taux de pénétration (-3,5%).

De 2007 à 2011, cet indicateur mesurant la part des consommateurs ayant acheté au moins une fois de l’agneau au cours de l’année est passé de 61 à 56%. À l’origine de ce phénomène, le prix de l’agneau au détail, qui a encore progressé de plus de 5% en 2011, et a incité les classes moyennes à se reporter vers les autres viandes.

En outre, les plus de 50 ans concentrent près des trois quarts des achats d’agneau. A eux seuls, les plus de 65 ans assurent 40% des achats. En 2011, alors que les plus de 65 ans se sont procurés presque autant d’agneau qu’en 2010, les moins de 50 ans ont réduit leurs acquisitions de près de 14% !

Le noyau dur des consommateurs d’agneau reste donc relativement intact, mais c’est toute une partie de la société, la plus jeune, qui réduit progressivement ses achats.

En France, près des 2/3 des éleveurs ovins ont plus de 50 ans, et les foyers les plus modestes ne représentent que 13 % des volumes achetées.

Pour résumer sans trop caricaturer, on peut dire que l’agneau français est une viande de quasi-luxe, à destination de consommateurs âgés et plutôt aisés, et produite par des éleveurs âgés auxquels elle ne procure qu’un faible revenu.

Notons que le panel Kantar ne tient pas compte des volumes écoulés par la restauration hors domicile, qui pourraient être plus stables que les quantités vendues en grandes surfaces et en boucherie.

Marc Laffont

Commentaires