La Chèvrerie du Brabant et le loup

La Chèvrerie du Brabant à La Bresse
La Chèvrerie du Brabant à La Bresse

Jeanne et Bruno Lecomte sont éleveurs de chèvres au Col du Brabant à La Bresse (Vosges). Sur leur site, ils publient une petite vidéo sensée présenter “les conséquences du loup”.

A propos de ce film, Bruno Lecomte explique :

« Suite aux attaques de loup sur les brebis à côté de la Chèvrerie le printemps dernier, j'explique tous les après-midi les conséquences de la présence d'un loup sur notre massif. Conséquences directes, c'est-à-dire les cadavres des brebis. Les conséquences à moyen terme, c'est-à-dire l'augmentation du nombre de loups et d'animaux tués et, sur le long terme, des conséquences néfastes au niveau écologique.

J'ai toujours dit, que si je n'avais pas d'exploitation, je dirais peut-être, comme beaucoup, « vive le loup » mais, à cause de nos élevages, et actuellement à cause du manque de solutions fiables pour se protéger du loup, je suis contre le loup en pleine liberté à côté de nos élevages. Contre, car dans les Vosges, les petites parcelles sont très nombreuses : cela fait la beauté du massif, mais ça augmente d'autant plus la vulnérabilité de nos troupeaux.

Les pro-loups sont souvent des gens de la ville, et ne se rendent pas toujours compte des vraies conséquences du retour du  loup. Il est important de le montrer par ce petit bout de film : les faits sont là !

50.000 personnes viennent visiter la ferme annuellement. Beaucoup n'avaient pas d'avis sur le loup avant de venir à la ferme et beaucoup repartent en comprenant les éleveurs. »

Jean-Luc Valérie est vosgien lui aussi. Auteur du livre « Le retour inattendu de la bête des Vosges », il est déjà intervenu à la Buvette. Sur son blog où il suit à la trace les loups des Vosges, il dénonce aussi bien :

Dans ce dernier article, Jean-Luc Valérie reprend les propos de Bruno Lecomte issus de la vidéo et explique en quoi ils sont manipulateurs...

B.L. : "Les chêvres sont lachées sans chien, sur une surface de 15 ha !"

J-L. V. : Elles sont donc rentrées pour la traite et restent en chêvrerie pour la nuit. Le troupeau concerné n’a fait l’objet d’aucune prédation en 2011!  80% des prélèvements sur troupeaux sont faits sur des estives non protégées !
 
"Dans les zones d’élevage, le loup n’a plus son rôle ! "
 
Le rôle du loup n’est pas seulement de réguler mais bien et surtout de faire varier les effectifs ce qui assure la pérennité de l’écosystème ou il est présent. Il fait donc son métier de loup en prélevant les plus vulnérables, dans un secteur de 3 à 4 ha qu’il maîtrise parfaitement avant de passer à un autre secteur, l’ensemble des secteurs investis formant une zone vitale dans laquelle la meute orchestre une action de super-prédation indispensable !

Le loup ne va pas prélever systématiquement sur le domestique, il prélève le plus vulnérable, dans chaque secteur concerné ! En l’absence du domestique le loup prélève le sauvage ! Cela pose tout simplement la question du partage des milieux naturels !

"Le loup tue pour tuer !"
 
La moyenne des prélèvements sur troupeaux est de 4 bêtes, pour une tentative de prédation ! La majorité des prélèvements sont effectués en meute de 2 à 8 loups sur le territoire national ! Dans les Vosges lorraines, depuis fin 2010, plusieurs individus ont officié en groupe ou individuellement sur des troupeaux sans protection, qui ont perdu toute défense naturelle et dont la stratégie de regroupement implique une forte opportunité de prélèvement pour le canidé ! Le loup ne tue pas pour tuer, il prélève et revient sur ses proies pour les consommer. Il prépare des caches et camoufle les cadavres de ses proies pour y revenir au moment opportun (période de reproduction)! Il fait bénéficier également de nombreuses espèces de nettoyeurs, d’une ressource alimentaire indispensable, de l’oiseau à l’insecte en passant par le mammifère !
 
"Le loup tue à coté de nos maisons ! Le loup tue à coté des jardins d’enfant !"

Le loup ne tue pas, il prélève les proies les plus vulnérables là où elles se trouvent. En silence, certes, en étant tout à fait furtif, certes, mais sûrement pas dans l’attente d’une proie humaine ! Il est bien évident que ces affirmations ont pour but d’effrayer, alors qu’il suffit de mettre en place les moyens de protection nécessaire pour repousser le loup vers le sauvage ! A condition que les pouvoirs publics comprennent qu’une action globale de mise en protection est indispensable, alors que les coûts engendrés par les compensations sont 4 fois inférieurs aux coûts des mises en protection.
 
C’est une question de partage des milieux naturels, une fois de plus !
 
Une fois les troupeaux protégés, les coûts de mise en protection génèrent des bénéfices à plusieurs titres ! En premier lieu, les compensions dues aux éleveurs chutent de manière drastique, les attaques de chien errant disparaissent complètement, les prélèvements du renard sur les nouveaux-nés aussi ! On parle de 30 agneaux prélevés par le renard sur un cheptel de 700 bêtes, chaque année ! A partir de ce constat, l’éleveur est en mesure de compenser de fait, les coûts engendrés par le chien de protection, (assurance, frais vétérinaires, entretien, nourriture), alors que l’Etat indemnise ces coûts induits !

"On a dénombré six loups une heure avant l’attaque !"
 
Tout le monde pourra s’apercevoir de l’absence des chiens de protection pourtant nécessaires, sur l’estive concernée ! En contre exemple, 1500 bêtes dispersées et dirigées par un berger, le plus souvent seul, dont la protection est assurée parfois par un ou deux « patou » ou Maremmes engendrent forcément les envies du loup, puisqu’en l’état, elles sont vulnérables ! Il faut 600 bêtes pour amortir le salaire d’un berger, il est donc possible de doubler dans certains cas, la présence humaine. Présence qui favorise l’absence de prédations. Et à l’évidence, le nombre de chien de protection doit être en rapport avec la menace ! Dans les Alpes, plus les surfaces investies en estives sont grandes, plus le niveau de protection doit être élevé !

"Les conséquences écologiques !"
 
Enfermer ses bêtes de nuit implique de ne pas vouloir expérimenter les moyens de mise en protection des troupeaux nécessaires au partage des milieux naturels ! C’est un choix respectable de l’éleveur, personne ne peut l’obliger à courir un risque ! Même s’il est indemnisé lors d’un prélèvement par le loup !
 
Les achats de carcasses en Nouvelle Zélande existent depuis l’affaire sordide du Rainbow-warrior, ils ne seront donc pas une conséquence du retour du loup !

L’enfrichement des montagnes était autrefois compensé par la présence d’animaux sauvages, tels que la chêvre, l’auroch, le bouquetin, le chamois, le bison... La liste des espèces disparues est bien longue ! Espèces qui ont été remplacées par le domestique au profit de l’homme moderne sans aucun doute, mais sans aucun partage…!

Les pâturages repiqués, d’épicéas, soumis aux versements de primes par l’Etat, tout comme l’éradication du loup, seraient aujourd’hui bien utiles ! L’enfrichement d’un coté est compensable par la coupe à blanc des épicéas repiqués jadis tous les 1m50 et dont l’utilité pour la faune cynégétique, entre-autre, est quasi nulle !
 
Les moyens techniques nécessaires à l’entretien des belvédères existent depuis longtemps. Les plus beaux belvédères de France ne sont pas forcément entretenus par les bêtes !  On peut même envisager de confier la chose à une société privée pour créer des emplois !
 
"Diminution du tourisme !"

C’est une désinformation notoire, là où la nature reprends ses droits, chacun sait que le touriste afflue, souvent même en trop grand nombre !
 
"Mort des petits villages !"
 
Les politiques des dernières années, en matière d’urbanisme, vouées trop exclusivement à l’habitation touristique ou secondaire, engendrent bien plus de dégâts, sur la vie des villages vosgiens, que la présence furtive du loup !
 
"Pas de solutions fiables pour se protéger du loup !"
 
C’est encore une désinformation notoire, même si à l’évidence l’expérimentation est toujours et encore nécessaire ! Encore faut-il que les éleveurs souhaitent la mettre en œuvre et aussi puissent la mettre en œuvre ! Je rappelle encore que 80% des prélèvements des loups ont lieu sur les troupeaux non protégés  (clôtures électrifiées, chiens, présence humaine).
 
"Evolution du nombre d’attaques et des contrats de protection" (tableau)

Le nombre de loup est passé de 4 à 230 officiellement ! Le coefficient multiplicateur est donc de 57 ! Le nombre de prélèvements est passé de 250 à 4.500, le coefficient multiplicateur est donc de 18.
 
Il y a donc incontestablement régression, en sachant que les 20% des éleveurs qui ne souhaitent pas mettre en œuvre une politique de mise en protection des troupeaux, donc une logique de partage des espaces naturels, génèrent 80% des prélèvements du canidé !
 
Une politique globale de mise en protection des troupeaux pourrait donc permettre à court terme de faire chuter de manière drastique les coûts de compensation. Anticiper permettrait de faire chuter de manière drastique les mêmes coûts ! En tout état de cause l’investissement conséquent que cela implique, implique également le non-versement de compensations futures, par l'Etat !
 
"Si on ne limite pas le loup, le loup n’a pas de limite !"

J-L. V. : Je conclurais par une même ineptie : Si on ne limite pas l’homme, l’homme n’a pas de limite ! C’est en cela que le retour du loup est important. Car sa présence implique de revenir au partage des milieux naturels. Donc à la pérennisation du vivant ! Coller des rustines sur une chambre à air poreuse pour compenser la chute de la diversité dans tous les écosystèmes mènent à l’effondrement du vivant ! Tôt ou tard ! Tôt ou tôt étant vraisemblablement d’actualité ! C’est une question de partage !
 
Jean-Luc Valérie

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