Témoignage de Ian Mathieu à propos des chiens de protection

par Ian Mathieu

Patou par-ci, chien de protection par-là..., depuis quelque temps, en France, on entend de plus en plus parler de ces toutous, avec comme toujours lorsqu'un sujet devient à la mode des remarques ou des réflexions de gens qui s'autoproclament "spécialistes", étalant leur savoir acquis il y a tout juste un mois, une année tout au plus, tel ce berger bressaud.

Je le dis immédiatement, je ne suis pas éleveur, ni de brebis ni de chiens, je ne suis spécialiste d'aucun Canis, ni lupus ni familiaris, je ne possède aucun diplôme agricole ou lié à l'environnement. Mais je vais moi-même apporter ma pierre à l'édifice de cette barrière que l'on veut ériger entre l'homme civilisé et les carnivores sauvages.

Tout ce que je peux dire, je le tiens grâce à mon vécu, mon expérience "sur le terrain".

Le standard, concernant la taille et le comportement, je le laisse aux experts des expositions, qui ne jugent les chiens que sur la tête du maître et la taille de son portefeuille.

Le patou

Le patou est une race, comme bien d'autres, qui a été modifiée par les éleveurs pour la rendre plus agréable, plus gentille (merci Belle et Sébastien). Ils ont adouci son comportement, l'ont rendu plus beau, moins rustre. Aujourd'hui, pour en trouver un vrai, avec son caractère ancestral, c'est, je pense, mission impossible en France.

le patou de 9 ans de Yann Mathieu
Le patou de 9 ans de Ian Mathieu

J'en ai un depuis 10 ans, j'ai visité de nombreux élevages en France, en Suisse et en Allemagne, avant de le trouver. Je ne voulais pas une peluche pour faire le beau dans des expositions, j'en voulais un véritable, pas pour protéger des moutons mais pour me garder. J'ai toujours adoré cette race, pourtant les réalisations de Cécile Aubry me sont inconnues...

Finalement, j'ai eu la chance de rencontrer un éleveur... à 2500 km à l'est de la France. Oui, pour trouver de vrais chiens d'origine française, il faut parcourir 2500 km : c'est l'internationalisation. Le père de cet éleveur en élevait déjà, le grand-père aussi, l'arrière-grand-père idem... Jamais leurs patous n'ont mis les pattes dans une exposition. Ils gardent, surveillent, protègent des troupeaux ou des propriétés. Ils font ce pour quoi la nature les a créés.

Les vrais patous sont des chiens calmes. Ils n'attaquent jamais. Ils défendent. Ils connaissent parfaitement leur territoire, si un intrus y pénètre, ils aboieront en allant vers lui. S'il fuit, ils ne le pourchasseront pas. S'il reste là, alors seulement ils attaqueront, s'ils estiment que la menace est réelle. Leur comportement varie qu'il s'agisse d'un enfant ou d'un chien, d'un écureuil ou d'un ours. C'est naturel, il n'y a pas besoin de dressage.

Le mien connaît le rappel, l'ordre "Assis", c'est tout. Et encore, quand il le veut. Je peux confier son prénom à mes amis comme à n'importe quel inconnu, jamais il ne se déplacera s'il est appelé. Il ne sait pas marcher en laisse puisqu'il n'a jamais été attaché, ne sait pas se coucher à ma demande, ne sait pas donner la patte... Mais défendre, il le sait parfaitement, sans jamais avoir été dressé. C'est inné.
La journée, ils sont peinards. Leurs ennemis, en général, s'activent la nuit. Néanmoins, ils sont toujours en éveil, se réveillent au moindre bruit ou mouvement suspects. La nuit, par contre, vous les entendez plus, les voyez plus bouger.

C'est, je pense, la meilleure arme de protection des troupeaux en France. Mais il n'en faut pas qu' un pour 1.000 bêtes ! Surtout si, comme j'ai pu le lire dans la bouche de Patrick Ailhaud, éleveur ovin à Esparron-la-Bâtie, une dizaine de "molosses aussi hauts que le capot du C15" attaquent.

Comparaison avec d'autres races de chiens de potection

Je dirais que le berger des Abruzzes ou de Maremme et le Kuvasz sont moins puissants que le patou. Le mâtin des Pyrénées ne se bat pas contre des animaux plus petits que lui, notamment les chiens. Le dogue du Tibet est aussi devenu trop civilisé, à moins d'aller en chercher un en Asie. Le kangal ou berger d'Anatolie a un comportement trop imprévisible, pas du tout adapté à des régions touristiques, tout comme le berger d'Asie centrale. Reste le sarplaninac, qui pourrait faire aussi l'affaire, même s'il est un peu plus "rustique" (je parle toujours pour des chiens entiers, pas des chiens abâtardis par des concours de beauté pour flatter des humains).

Le berger du Caucase

Je ne l'ai pas cité dans la liste ci-dessus, car le mettre en liberté en France serait de l'inconscience.
J'en ai un jeune, la principale différence que je note comparé au patou, hormis la taille (les Caucasiens sont nettement plus gros), est que le Caucasien continue de courir après l'intrus, même s'il fuit. Il le course, jusqu'à ce qu'il s'aperçoive que le fuyard court plus vite. Alors seulement il s'arrête. S'il voit qu'il le rattrape, rien ne pourra l'empêcher de le détruire. Il ne mord pas, il dévore !

Le mien connaît le rappel et l'ordre "Assis". Mais il revient quand il le veut. Si je l'appelle et qu'il me voit, il me regarde avec cette expression : "Pourquoi veux-tu que je vienne te voir, puisque tu vas bien, rien ne t'agresse". Et pour le mettre assis, il demande toujours une aide, une légère poussette sur sa croupe, sinon il reste debout. La laisse, il connaît un peu (oui, lui, il vaut mieux pouvoir l'attacher parfois), j'ai l'impression de faire un cours de musculation à chaque fois qu'il en porte une.

Ce sont des chiens calmes aussi, néanmoins plus tendus que les patous, mais surtout beaucoup plus violents. Eux, ils peuvent attaquer, même s'ils savent identifier immédiatement un agresseur d'un enfant.

Comme mon patou, le mien vient de l'Est, là où on ne sait pas que des chiens de cette race peuvent courir en rond au pied de leur maître en ignorant leurs congénères. Mettez le mien au milieu d'autres chiens mâles, il n'aura qu'une idée, les détruire. Et tout ceux que je connais auraient la même intention. Mettez-le au milieu de femelles, c'est un vrai obsédé... Par contre, avec sa famille, sa meute, il est extrêmement gentil, même joueur. Humains, chiens d'autres races (j'ai un aussi Golden Retriever), chevaux, chats, lapins... Jamais il ne leur ferait du mal, en tout cas pas volontairement.

Voilà ce que je peux dire sur ma courte expérience avec des chiens de protection. J'entends déjà certains me répondre que j'ai tort ici, que je n'y connais rien là : peut-être. Je fais une généralité, un Kangal peut être parfaitement dressé, un mâtin des Pyrénées peut très bien s'attaquer à un berger allemand... Mais personnellement, je n'en ai jamais vu ! Je ne parle que de ce que je connais.

Mes chiens ne sont pas dressés ? Non, ils sont éduqués. Ils n'urinent pas à l'intérieur, ne réclament pas à manger à table, ne vont pas dans les endroits qui leur sont interdits. Ce ne sont pas des chiens de cirque, ce ne sont pas des races de chiens faites pour amuser la galerie.

Je ne suis pas extrémiste, mais je suis contre cette manie qu'ont les éleveurs d'adoucir certaines races pour les adapter à un milieu qui n'est pas le leur. Après, on s'étonne que certains chiens deviennent fous, mordent sans raison et ne mordent pas quand ils le devraient...

Alors, le patou, oui. Le patou qui conduit le troupeau, non. Le patou qui garde tout seul 500 brebis dispersées sur 10 hectares, non plus. Et à ceux qui me demandent si j'ai déjà vu mes chiens en action : oui, leur tableau de chasse est bien garni, où je vis, il y a le choix, entre les chiens errants, les chats sauvages, les loups et même les ours, il y a de quoi se faire les crocs...

Ian Mathieu

Ian Mathieu est l'auteur de Pierreblé, il vit actuellement dans le Caucase russe.

Et pour les amateurs de C15...

Commentaires