Bobo à la chasse

Le petit viandard illustré ou pourquoi la liste des accidents de chasse est loin d'être terminée ou comment améliorer l'image de marque de ce "loisir traditionnel". Chasse, pêche, nature et traditions...

Extrait de "Le retour du prédateur" de Sergio Dalla Bernardina

Chasser contre l'autre

Si on aime bien s’identifier à l’animal sauvage, aujourd’hui, c’est qu’il est devenu rare. Et ce qui est rare est précieux. Bref, cette réhabilitation du sauvage est, en large partie, un effet de marché (marché des valeurs matérielles et immatérielles). (...)

Et à partir du moment où le gibier est devenu un enjeu, la dynamique imitative s’est instaurée. On ne chasse plus pour soi ou pour son réseau d’alliés (pour défendre les récoltes, pour s’accaparer une denrée, pour s’amuser avec du superflu et de l’extra-économique), on chasse contre l’autre. On chasse parce que l’autre le fait. Le gibier cesse d’être un bien (une ressource) ou un « mal» (un nuisible), pour devenir un score. Voici la manière par laquelle, en commentant le sentiment local (un sentiment tout à fait désabusé), je résumais cette dynamique dans un article de 1995...

« L’animal se réduit à un prétexte. Son abondance ou sa rareté, du point de vue de la compétion, n’ont plus le moindre poids. L’essentiel est de prendre le maximum de sangliers, en empêchant les autres de combler l’écart. Les témoignages illustrent bien ce processus, nous présentant l’esprit de compétition, dangereusement conjugué à la passion politique, comme le principal responsable du braconnage “mimétique” d’aujourd’hui:

“Maintenant on les compte. Maintenant on dit: "oh, l’équipe en a tué deux, l’autre équipe… Ah, maintenant c’est… c’est un sport. Trois à un, trois à deux, but! but! Tandis qu’avant il n’y avait pas cet esprit de concurrence". Ce n’est plus des chasseurs, c’est des gens qui ont un fusil, c’est comme… vous allez faire du ski, on va à la chasse. [...] Le présent… la chasse a dégénéré. C’est je vous dis, pour moi, c’est un sport, une mode”. » 

  
La fièvre du chasseur, dans ces conditions, cesse d’être une manie qui touche quelques sujets, parfois quelques familles se transmettant cette passion anomique d’une génération à l’autre, pour devenir une fièvre agonistique. C’est une fièvre d’origine sociale. Le mobile immédiat est le «jeu avec l’animal ». Mais le vrai partenaire du jeu, dans cette optique, est un être humain : l’antagoniste qui co-désire la bête sauvage, celui qui  voudrait l’avoir à notre place. Celui qui nous montre, par son désir, combien elle est désirable.

Sécurité oblige

Bobo_chasse
Lu dans un article sur la chasse de FR3

"La chasse est un loisir très réglementé, sécurité oblige. Les participants à une battue ne tirent évidemment pas à tort et à travers et sont vêtus de gilets oranges. Des postes sont installés tous les soixante mètres environ et l'essentiel de l'activité du chasseur consiste à attendre, sans jamais quitter son poste. 



De son poste, un chasseur peut tirer un sanglier à 10 ou 20 mètres, en tir fichant, c'est-à-dire de bas en haut, vers la terre, sans risque pour un autre chasseur ou dans les limites d'un angle de trente degrés.

La chasse c'est aussi accepter la frustration. Un après midi de battue peut permettre de tuer des bêtes de 60 kilos, ou rien du tout."

Il ne me restait plus qu'à trouver une image d'illustration. J'ai trouvé une vidéo : “Bobo chasse au sanglier à Bormes”. Heureusement, de nombreux chasseurs sont outrés en voyant cette vidéo.

Bobo, ce chasseur “speedé”, outre ses multiples et incroyables imprudences (tirs en direction de la traque, des traqueurs, tir vers une route, non respect de l’angle de tir de 30°et tir vers le chasseur voisin, déplacements pendant la battue...) se précipite immédiatement après chaque tir, en courant et en gueulant son “score”, à savoir le poids estimé des animaux qui gesticulent encore. Le score est en kilos. Il hurle “Deux de quarante-cinq et un de trente de morts, ouais !”.

"T’as le mauvais chasseur, c’est l’gars qu’a un fusil, il voit un truc qui bouge, beh il tire, alors que le bon chasseur, il voit un truc… beh il tire mais c’est pas pareil, c’est un bon chasseur… y a le viandard et le non-viandard" (Sketch des Inconnus, la galinette cendrée)

Et les vidéos de Bobo sont nombreuses et beaucoup sont du même tonneau, si j'ose dire...

Pourquoi chasser ?

Extrait du scénario du film Prédator

" Pourquoi chasser ? 
On peut chasser pour de nombreuses raisons. Pour manger, pour vivre : au fond, c’est la loi de la jungle dans sa brutale simplicité (chassé ou être chassé). 
Mais ici, c’est autre chose. C’est bien plus que cela. La raison de chasse du Prédator est différente. 
C’est pour se prouver sa supériorité : chasser une proie, c’est être son maître. C’est être son supérieur, au premier sens du terme. 


Une symbolique : le Predator qui se déplace au sommet des arbres… sur les plus hautes branches de l’évolution ? On ne sait pas l’atteindre. 
Chasser, c’est être au sommet des races : la race dominante et élitiste qui peut se permettre de soumettre les autres races et de la chasser à son bon vouloir. Se prouver que l’on vaut mieux qu’eux.


Le Predator ne fait rien d’autre. Il se rassure lui-même. Il se prouve qu’il mérite d’exister et qu’il mérite son avancée technologique : il se réapproprie son acquis. 
Car le monde, l’univers n’est qu’une grande jungle. Et le chasseur est le seul à avoir son destin en main. Le seul à donner un sens à sa vie. "

En ce dernier jour de 2012, et pour ce début de saison, il y a eu 22 accidents de chasse mortels plus 18 morts "à la chasse" plus une disparition. (J'aimerais ne pas avoir à interrompre mon réveillon pour mettre cette note à jour, s'il vous plait). Et ceux qui chassent avec ce "Bobo" ont plus de chance que les autres de rentrer dans cette liste macabre. Mais combien y-a t-il de "Bobo" en France ?

trop tard, un de plus...

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