Impact du loup sur les ongulés sauvages et domestiques dans le massif du Mercantour

"Suite au retour du loup, les chamois et les mouflons sont devenus plus vigilants, et la proportion de troupeaux domestiques bénéficiant de mesures de protection s’est accrue. L’utilisation conjointe de chiens de protection et d’un parcage ou regroupement nocturne des troupeaux a été très efficace pour la majorité des troupeaux."

Thèse de Nathalie ESPUNO pour obtenir le grade de Docteur de l'Université de Montpellier II, le 15 septembre 2004

Résumé

Depuis la recolonisation du massif du Mercantour par le loup (Canis lupus) au début des années 1990, l’impact du prédateur sur les ongulés domestiques et sauvages est à l’origine de violentes controverses.

L’objectif de ce travail était de synthétiser les informations disponibles dans des modèles pour fournir une base non biaisée permettant une première évaluation de l’impact du loup sur les principales populations de proies.

Nous avons développé un modèle énergétique pour estimer le nombre de mouflons (Ovis gmelini) et de chamois (Rupicapra rupicapra) tués par le loup de 1993 à 2001, et intégré ces estimations à des modèles structurés en âge des populations d’ongulés pour évaluer l’impact de la prédation.

Puisque les défenses et comportements antiprédateurs peuvent influencer la prédation, nous avons étudié l’évolution du comportement de vigilance du chamois et du mouflon suite au retour du loup, et évalué l’effet de mesures de prévention des dommages sur l’utilisation des ongulés domestiques par le prédateur.

Nous montrons que le modèle énergétique constitue une alternative valide à la mesure directe des taux de prédation. La saison estivale semble critique pour le loup en termes de disponibilité des proies sauvages, et nous discutons l’effet potentiel de la présence d’un subside saisonnier en proies domestiques à cette période.

La prédation et les prélèvements cynégétiques combinés ont excédé la capacité d’accroissement de la population de mouflon en 1994-2001, expliquant son déclin observé. Les prélèvements conjoints du loup et des chasseurs sont toujours restés inférieurs à la capacité d’accroissement de la population de chamois.

Suite au retour du loup, les chamois et les mouflons sont devenus plus vigilants, et la proportion de troupeaux domestiques bénéficiant de mesures de protection s’est accrue. L’utilisation conjointe de chiens de protection et d’un parcage ou regroupement nocturne des troupeaux a été très efficace pour la majorité des troupeaux.

Nous discutons les variations des taux estimés de prédation entre 1993 et 2001 à la lumière de ces changements de vulnérabilité des proies. Les modèles développés sont directement applicables à d’autres zones d’études dans lesquelles une évaluation de l’impact du loup sur des populations d’ongulés est nécessaire. Du fait de leur structure générale, ils pourraient aussi être adaptés à des systèmes prédateur-proies impliquant d’autres espèces de grands carnivores.

Nathalie ESPUNO

Nathalie_espunoInitialement ingénieur biochimiste INSA, Nathalie ESPUNO a ensuite suivi un troisième cycle en écologie à l'université Montpellier II.

Elle a travaillé sur des problématiques liées à l'impact de la recolonisation des Alpes françaises par le loup, et la gestion des conflits entre population de loups et activités pastorales. Nathalie Espuno a aussi occupé plusieurs emplois aux Etats-Unis et au Canada sur des projets concernant la faune sauvage.

Elle est actuellement responsable du bureau éditorial de la revue scientifique Ecology Letters. 


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