365 grands hamsters lachés dans des champs alsaciens depuis le 8 juin

En un peu plus d’une semaine, quatre sessions de lâchers de grands hamsters ont été organisées en Alsace. La dernière a été effectuée hier en présence de Delphine Wespiser, miss France 2012. Mais la situation reste très critique pour cricetus cricetus…

Présentation du contexte par La Buvette des Alpages : Après plusieurs avertissements adressés à la France, la Commission européenne, peu convaincue par la stratégie choisie pour sauver l’espèce, avait décidé fin juin 2009 de saisir la Cour européenne de justice. La Cour a donné raison à Bruxelles en soulignant que la loi européenne sur la protection des espèces protégées "impose aux Etats membres de prendre des mesures pour instaurer un système de protection stricte des espèces animales d'intérêt communautaire."


Lacher grand hamster jm loos
Par ici la liberté - Photo Jean-Marc Loos

« Dépêchons, les hamsters ont chaud… » Il est 14 h, hier, dans un champ situé à quelques encablures de l’A352, à Altorf, à l’ouest de Strasbourg. Sous un soleil de plomb et face aux éclats des objectifs, Delphine Wespiser, miss France 2012 (et princesse de la future saison estivale de « Fort Boyard »), place une boîte en bois au-dessus d’un trou planté au cœur du blé, derrière la protection anti-renard d’une barrière électrique. « Retirez le fond ! » , dit une voix. « Mais il va tomber ! », s’inquiète la miss. « C’est le but ! » « Allez, coquin… » Le fond de la boîte se dérobe, et hop, le hamster disparaît dans la relative fraîcheur du lœss alsacien. Un bouchon de terre et d’herbe est aussitôt placé au-dessus de son nouveau chez-lui.

« L’équilibre, c’est le maître mot »

Hier, Delphine a ainsi « relogé » trois grands hamsters d’Alsace ( Cricetus cricetus ). « Je suis contente, parce que là, concrètement, j’ai fait quelque chose ! , commente la miss alsacienne, invitée par l’association haut-rhinoise Sauvegarde Faune Sauvage (SFS), qui gère les élevages d’où proviennent les spécimens réintroduits. Beaucoup de fans m’envoient des dons, et je les distribue à des associations que je soutiens. SFS en fait partie. Je suis amoureuse des animaux et de l’Alsace, et cette cause du grand hamster réunit les deux. En tant que petite fille de paysans, je connais bien la problématique du maïs. Mais l’équilibre, c’est le maître mot… »

Avant cette agitation médiatique qui suit la miss comme la traîne d’une belle robe, beaucoup d’autres « hamstis » avaient été relâchés en toute discrétion dans ce champ d’Altorf. 99 au total ont été installés sur 4 hectares cultivés par deux agriculteurs, au sein d’une zone protégée (avec 24 % de cultures favorables) de 300 ha.

« Depuis le 8 juin, en comptant ceux d’aujourd’hui, on a relâché 365 hamsters , précise Céline Boulade, qui supervise les trois sites d’élevage de SFS. On l’a fait en quatre fois : le 8 juin à Jebsheim, le 11 à Blaesheim, le 13 à Duppig-heim et aujourd’hui à Altorf. Et on devrait en lâcher environ 200 autres en juillet. » Ces prochains lâchers seront sans doute organisés dans la zone nord (vers le Kochersberg), là où la situation est la plus critique.

Il y a environ autant de mâles que de femelles réintroduits et ceux qui étaient voisins de casiers, déjà imprégnés l’un de l’autre, se retrouvent voisins de terriers, afin de favoriser les chances de reproduction. C’est leur principale mission : essaimer dans la nature des rejetons 100 % sauvages. Mais un pourcentage non négligeable des lâchés de l’an dernier a survécu : « Au moins 135 » , selon Céline Boulade.

Ces renforcements prennent de l’ampleur : on dépassera cette année les 500 spécimens relâchés, alors qu’on en avait réintroduit moins de 400 l’an dernier. « On connaît désormais la technique , assure Clotilde Herbillon, directrice du projet mission hamster à la Dréal Alsace. On sait que les renforcements plus les mesures agricoles, ça marche. » Une trentaine de femelles lâchées cette année ont été pourvues d’émetteurs, pour pouvoir suivre leur destinée.

Plus que l’an dernier

Mais l’affaire est évidemment encore loin d’être réglée. La situation reste éminemment critique pour la survie de l’espèce (319 terriers seulement ont été comptés cette année en Alsace ; L’Alsace du 24 mai)… et pour l’État français, toujours sous la menace d’une condamnation européenne. « On informe régulièrement la Commission européenne de nos actions, mais ce risque existe toujours, oui , reconnaît Clotilde Herbillon. On attend encore les résultats de nos actions… »

« La population sauvage disparaît ! On essaye juste de maintenir la situation avec nos lâchers » , commente Jean-Paul Burget, président de SFS, qui fut à l’origine de la plainte auprès de la Commission. Et les tensions avec les maires ne sont pas retombées : « On est pour la sauvegarde du hamster, mais on conteste toujours l’arrêté ministériel d’août 2012 qui conditionne l’urbanisation à moins de 600 m d’un terrier » , tient à rappeler Gérard Adolph, maire d’Altorf, présent hier. Cet axiome paradoxal ne cesse de se vérifier : plus il se fait discret, plus le hamster engendre des remous…

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