L’Ariège arriérée, première partie: Robert Zonch est chaud boulette, il aimerait devenir calife à la place du calife

En l'absence d’Augustin Bonrepaux qui perd ses galets en même temps qu’il casse sa prothèse, officiellement « en convalescence » après son grave accident de chasse en montagne, les 22 conseillers généraux de l'Ariège ont voté lundi à l'unanimité une motion demandant le retrait des ours dans les Pyrénées Ariègeoises.

A l'unanimité, c'est vous dire à quel point l'Ariège est atteinte !

Il cumule, je sais : Vice président du conseil général, Maire de Castillon en Couserans, Président de la communauté de communes du castillonnais, Vice-président du Parc Naturel Régional des Pyrénées-ariégeoises (j'en oublie peut-être), mais il s’ennuie ferme. Et quand il s’ennuie, il s’échauffe et comme les élections communales approchent, Robert Zonch se verait bien devenir calife à la place du calife: il faut qu’on parle de lui:

Robert Zonch est chaud boulette, il aimerait devenir calife à la place du calife  /></a>C’est qu’il est chaud boulette depuis longtemps, <a title=
Robert Zonch est chaud boulette

Côté presse, ça va, l’été a été bon, on parle de lui. Et quand on ne parle pas, il insiste un peu. Ainsi La Gazette ariégeoise n°43 du 25 octobre 2013 précise pour ses lecteurs : « Le Conseiller Général du Castillonais Robert Zonch « nous prie d’insérer »! Poliment, mais fermement. Le communiqué s’appelait « Les estives de la colère ». Il n’est pas resté longtemps en ligne mais il est ressorti, presque mot pour mot le 5 novembre dans la DDM sous un nouveau titre : « Les conseillers généraux demandent le retrait de l’ours ». Il devait y avoir trop d'autres actualités à la une fin octobre. Suite à cette mauvaise visibilité, sans doute Augustin a t-il téléphoné pour les prier d'insister sur l'importance de cette information à la veille d'une campagne électorale, ce ne serait pas la première fois...

On est habitué au excès de language de Robert Zonch, passés...

  • « Ceux qui proposent l’ours sont des traitres à la montagne. »
  • « Si la montagne n’est plus occupée par l’homme, c’est le tourisme qui disparaît. »
  • « Nous avons fait tout ce qui fait la beauté de nos paysages. Comment accepter un prédateur dans nos montagnes ? »
  • « Certains comptent sur notre essoufflement. Si on continue, c’est pour préserver des valeurs qui sont des valeurs humaines. »
  • « Avec Augustin Bonrepaux, cela fait quinze ans que nous avons fait notre choix ; entre l'ours et l'homme, c'est l'homme que nous avons choisi »

...ou actuels, comme lors de la conférence de presse du 26 juillet 2013 au Conseil Général de l’Ariège,  annonçant une future « battue à l'ours ». Propos relatés dans l'article du 26 juillet cité ci-dessus ou rapportés par un envoyé spécial de la Buvette. Je ne reprendrai ici que les extraits qui montrent la conception de ce qu'est une espèce protégée par les politiciens locaux du fin fond du département de L'Ariège-Pyrénées, la dernière frontière sauvage, car pour ce qu'il en est de la "battue":

"Les États membres prennent les mesures nécessaires pour instaurer un système de
protection stricte des espèces animales figurant à l'annexe IV point a), dans leur aire de
répartition naturelle, interdisant: a) toute forme de capture ou de mise à mort intentionnelle de spécimens de ces espèces dans la nature; b) la perturbation intentionnelle de ces espèces notamment durant la période de reproduction, de dépendance, d'hibernation et de migration; d) la détérioration ou la destruction des sites de reproduction ou des aires de repos." (Source)

Robert Zonch persiste :

  • « Nous réclamons une battue à l’ours, pas seulement d’effarouchement, une vraie battue ».
  • « Nous demandons à ce que les ours soient déplacés, ou soient éradiqués »
  • « Donc on ira jusqu'au bout ».
  • « C'est dans ce sens là » que nous allons. (NDLB : des tirs de prélèvement comme pour le loup dans les Alpes) « Nous avons transmis...»
  • « Je réclame aussi le port d'arme pour les gardiens de refuge, les équipes sentiers, comme les agents de l'ONF. Je vais réclamer au préfet un port d'arme !»

Mais Robert Zonch (Vice président du CG09) n’est pas le seul zélé zélu à être remonté : Augustin Bonrepaux (Ze Président), Frédérique Massat (ze présidente de l’ANEM), Claude Carrière (ze maire d’Ascou) et Alain Fauré (ze député de l’Ariège) y étaient aussi, et en grande forme, comme Madame Laurent! (une private joke qui ne sera comprise que par les belges.)

Frédérique Massat, présidente de l’ANEM :

  • « les actions risquent de devenir insupportables ».

Claude Carrière, maire d’Ascou :

  • « Car, avec ce froid et cette neige tardifs, les ours aussi ont hiberné plus longtemps et se seraient réveillés encore plus affamés ». La preuve ? Une diminution de 36% des dommages "Ours" en 2013 au 31 août.
  • « Nous sortirons les ours de sur le territoire »
  • « On va les remettre à côté »
  • « on a appris, on va agir autrement ».  
  • « le nombre d’ours, estimés à vingt spécimens, reste un mystère »
  • « l’équipe de suivi davantage préoccupées à assurer la protection des ours que celle des troupeaux, donc de la vie dans les vallées ».
  • « les éleveurs qui perdent comme un membre de leur famille à chaque prédation»

Christine Téqui (éleveuse dans le canton d’Oust)

  • « il faut prendre rapidement des mesures « curatives ou préventives ». (sourires).

Alain Fauré

  • « Les ours doivent aimer le son du canon ! »
  • « des ours, je n'en voudrai plus dans nos montagnes pastorales »

Pourtant en lisant bien les différents communiqués de cette année, rien de bien neuf sous le soleil du côté des argumentation:

 « Les réintroductions d’ours slovènes sont un cuisant échec, génétiquement et économiquement, portant gravement atteinte aux activités traditionnelles de la montagne. »  L’image de la courbe de population d’ours dans les pyrénées depuis les réintroductions est à ce sujet, plus parlante qu’un long discours.

« Notre territoire ariégeois subit de plein fouet les conséquences alarmantes de décisions prises ailleurs, sans concertation des responsables locaux ». Sans concertation? Certes, que dire du Dossier concertation de l’Etat en 2005, avant les réintroductions, des actualités de cette même année ou de la stratégie de boycott de la concertation, de la politique de la chaise vide de l’ADDIP et de l’ASPAP?

« Les éleveurs et les troupeaux sont bien les garants de la biodiversité et de l’entretien des estives sachant que pastoralisme et tourisme sont intimement liés ». Phrase que je divise...

« Les éleveurs et les troupeaux sont bien les garants de la biodiversité et de l’entretien des estives... »

Un exemple ? "Victime d'une maladie, l'isard se fait de plus en plus rare dans les Pyrénées. Un comité de suivi épidémiologique a été mis en place pour surveiller les isards atteints de la pestivirose. Cette maladie apparue dans les Pyrénées en 2000 touche désormais les isards en Ariège, en Haute Garonne et dans les Hautes Pyrénées." (France3 Midi-Pyrénées).

La veille sanitaire du Parc national des Pyrénées relève, en 2012, que la pestivirose de l'isard gagne du terrain. Elle note aussi la présence de pesticides prohibés (garants de la biodiversité?).

Dans son étude « Ongulés sauvages et domestiques en alpage. Risque de transmission de maladies et mesures de prévention », Justine Dervaux écrit :

« Pestiviroses : 100% des troupeaux séropositifs avec prévalence de 76,6 % IC=[74,3 - 78,8] ; n= 1383 individus testés. [source : ANSES]. Concordance nette entre niveaux de séroprévalences domestique et sauvage. Pratiques à risque : la divagation des animaux domestiques dans les quartiers saisonniers des ongulés sauvages. »

... sachant que pastoralisme et tourisme sont intimement liés ».

Une affirmation contredite par deux articles de 2013, suisses certes, mais où les mêmes causes auraient des conséquences inverses!

Le loup, un danger pour le tourisme?

"En fait, au contraire d'effrayer les touristes, le loup pourrait même représenter un atout pour cette industrie: en tant que super prédateur, le loup est en effet le symbole suprême d’une nature encore sauvage, ce que recherche de nombreux touristes.  (…) Une politique basée sur des faits scientifiques est toujours préférable aux allégations issues du sens commun, qui n'est que de l'intuition non étayée… Il est temps que la gestion de la faune sauvage valaisanne prenne le virage de la modernité!"

L'image écornée du Valais pèse sur le nombre de nuitées

"Le Temps tente d'expliquer pourquoi le Valais enregistre une baisse de presque 2% des nuitées, alors que l'hôtellerie suisse affiche une hausse de 7,6%. La fronde contre l'initiative Weber, les tracts anti-vaudois et le tir d'un loup ont quelque peu écorné l'image du canton, inquiétant les milieux touristiques et les milieux politiques. Si le Valais se vend comme emblème de la montagne, de la nature et du sport, cette identité marketing entre en conflit avec certaines réalités du canton, comme le mitage du territoire, le marché de la construction ou la guerre des chasseurs et des moutonniers contre le loup."

« Certains technocrates de l’environnement osent, sans vergogne, montrer du doigt nos bergers qui ne savent plus gardienner leurs troupeaux : c’est une offense insupportable envers une profession à juste titre fière d’elle-même. »

Ah, me voilà technocrate ! Robert Zonch pourrait-il superposer la carte des dégâts en Ariège ou dans les Hautes-Pyrénées avec la carte des estives non ou mal gardées ? C’est très parlant :là où la table est ouverte, l’ours se sert.

« Pour pacifier les estives comme le souhaite Madame le préfet de l’Ariège, l’Etat doit prendre la sage décision de retirer les ours de la montagne ariégeoise ».

Robert Zonch devrait relire les dispositions pertinentes de la directive 92/43/CEE du Conseil du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages (« directive 92/43/CEE » ou « directive habitats »

Art. 2: «1. La présente directive a pour objet de contribuer à assurer la biodiversité par la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages sur le territoire européen des États membres où le traité s’applique. 2. Les mesures prises en vertu de la présente directive visent à assurer le maintien ou le rétablissement, dans un état de conservation favorable, des habitats naturels et des espèces de faune et de flore sauvages d’intérêt communautaire. 3. Les mesures prises en vertu de la présente directive tiennent compte des exigences économiques, sociales et culturelles, ainsi que des particularités régionales et locales. »

Ainsi que les conclusions de la mise en demeure de la France par la Commission européenne dans le dossier de la plainte contre la France pour non protection de l’ours des Pyrénées:


(…) « En conséquence, la Commission européenne estime que la République française a manqué aux obligations qui lui incombent en vertu de l'article 3 paragraphe 2, de l'article 6 paragraphe 2 et de l'article 12 de la directive 92/43/CEE du Conseil du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvage. La  Commission  invite  votre  gouvernement,  conformément  à  l’article  258 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, à lui faire parvenir ses observations sur ce qui précède dans un délai de deux mois de la Commission à compter de la réception de la présente lettre. Après avoir pris connaissance de ces observations ou si ces observations ne lui étaient pas transmises dans le délai prescrit, la Commission se réserve le droit d’émettre, s’il y a lieu, l’avis motivé prévu au même article. »

La Dépêche du Midi ventait l’ambiance et la fréquentation de la foire d’automne de Sentein: « Outre les quelques centaines d’animaux transhumants dans les parcs qui attendaient les acheteurs, il y avait un marché forain très varié…» Quelques lignes plus bas, on apprend que « Georges Dumas, un acheteur fidèle qui vient à Sentein depuis vingt-cinq ans et qui a été récompensé pour cette fidélité par son intronisation dans la confrérie des Pastous. ». La confrérie des pastous! Un comble pour ceux qui refusent les inutiles chiens de protections. Par ailleurs Robert Zonch regrette le succès de ce marché: « 1.500 bêtes à vendre au lieu des 200 à 300 habituelles à la foire de Castillon. C’est inacceptable. Cela veut dire qu’ils désertent la montagne ».  Il a raison! Mais l’ours n’y est pour rien, c’est la même chose dans toute la France !

« Depuis le mois de janvier 2013, le déficit dans les abattages d’agneaux atteint près de 100.000 têtes [- 3 % de janvier à août]. Les abattages de brebis sont par contre depuis le début de l’année supérieurs de 10 000 têtes (2 %) aux abattages réalisés en 2012. Cela pourrait être le signe d’une éventuelle décapitalisation du cheptel ovin français. »

Je ne vais pas réécrire ce qui a déjà été écrit. Prenons quelques exemples pour montrer en quoi Robert Zonch essaie de nous tromper :

« Nous sommes une terre d’accueil pour les gens qui travaillent, les touristes...»
Les touristes, bien reçu en Ariège? Ca c’est un scoop! Prenons l’exemple de ce randonneur qui retrouve sa voiture immatriculée dans un autre département avec les quatres pneus crevés ou les tags devant l’office de tourisme du Biros ou encore la perturbation de randonnées thématiques accompagnées, par des éleveurs parce que le thème en était… l’ours.

Le Conseil Général de l’Ariège est à l’origine de pressions exercées sur le milieu du tourisme: l’ours est exclu des prospectus, des OT, du parc régional, des marchés etc. Ours, le mot est tabou et banni. Pour les hôtes ariégeois, l’ours serait responsable de la dédringolade de la fréquentation touristique en Ariège.

Alors qu’en France, au « Pays de l’ours » ou en Espagne, en Italie, dans les Abruzzes, en Slovénie, en Slovaquie  et ailleurs, l’ours est un formidable moteur de développement pour le tourisme ; l'ours est le symbole des parcs régionaux ou nationaux, se retrouve sur les produits, les enseignes des hébergements, à la base de la création de circuits touristiques  (voir encore ici).

L'ariège avance en marche arrière...

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