SNPN: Le Courrier de la Nature n°278 Spécial Loups

Protéger à la fois le loup et les troupeaux

Le Courrier de la Nature n°278
Le Courrier de la Nature n°278

Le 5 novembre 1992, deux loups sont observés dans le Parc national du Mercantour, date qui marque officiellement le retour naturel du loup en France après soixante-dix ans de disparition de notre pays. Depuis, la population du canidé s’est étoffée : au sortir de l’hiver 2012-2013, l’effectif est estimé à environ 250 animaux avec un taux de croissance annuelle de l’ordre de 20 %.


La SNPN, qui se réjouit que le loup, après le lynx, soit revenu enrichir la biodiversité de notre pays, comprend néanmoins le désarroi des éleveurs, qui, pour certains, doivent faire face à des attaques récurrentes contre leurs troupeaux. C’est pourquoi notre association a toujours soutenu les différents plans d’action adoptés par l’Etat pour accompagner le retour du prédateur. Mais le dernier de ces plans, adopté en mai 2013, prévoit un nouveau mode de calcul des quotas de prélèvements, plus risqué pour la croissance de la population. Aussi la SNPN, sera très attentive aux réponses qui seront apportées aux questions à propos d’une population lupine aujourd’hui consolidée et en expansion, telles que :

  • 
Quelle protection du bétail envisager dans les nouvelles zones colonisées par le loup, où la présence des troupeaux est permanente et les élevages souvent extensifs ?
  • La France consentira-t-elle, dans ces nouvelles conditions, à poursuivre son effort financier pour accompagner l’expansion démographique et géographique du loup ?
  • 
Dans les zones où la mise en œuvre des mesures de protection est impossible, faut-il continuer à indemniser les éleveurs qui persistent à faire pâturer leur troupeau en dépit de leur connaissance du risque ? 
- Faut-il encore assouplir les conditions de recours aux tirs de prélèvement et de défense, ou les limiter davantage ?

Au-delà de ces interrogations, nous espérons sincèrement que cette nouvelle période qui s’ouvre dans la gestion du loup dans notre pays verra les organisations syndicales agricoles arrêter de stigmatiser cet animal (tout comme l’ours) l’accusant de menacer le pastoralisme en France, notamment dans les zones de montagne*. Car si l’élevage ovin de montagne est en crise, qui des prédateurs ou de l’Organisation mondiale du commerce est réellement en cause ? Pour la SNPN, il est nécessaire de trouver un juste équilibre entre loup et pastoralisme, afin que le premier puisse poursuivre son expansion géographique et démographique, dans un environnement où les éleveurs - acceptant la présence du loup et prenant les mesures nécessaires pour cohabiter avec lui - puissent continuer à vivre sereinement de leur activité. Les pages qui suivent sont là pour vous aider à vous forger votre propre opinion.

* Selon le syndicat professionnel SIFCO, regroupant les sociétés chargées de l’équarrissage en France, chaque année plus de 445 000 tonnes d’animaux morts sont collectées au sein des élevages français, dont environ 750 000 ovins, à comparer aux mortalités attribuées au loup : 7000 à 7500 pertes indemnisées au total par an !

Michel Echaubard,
Secrétaire général de la SNPN

Sommaire

Loup. D’où viens-tu ? Qui es-tu ? 

par François Moutou, Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM)

Le loup (Canis lupus, Linnaeus 1758) est sans doute l’un des mammifères actuels les plus connus. Ceci ne signifie pas pour autant que l’on sait tout sur lui. Loin de là. Son histoire, les grandes lignes de sa biologie, de son écologie et de ses comportements commencent peu à peu à être retracées et déchiffrées. Inversement, la découverte récente de sa présence en Afrique a constitué une vraie surprise pour les mammalogistes et montre les limites de nos connaissances. Voici donc les grands traits caractéristiques de l’espèce, tels qu’ils sont aujourd’hui admis, associés aux nombreuses questions qui restent encore en suspens.

Historique du loup en France 

par Jean-Marc Landry, Institut pour la promotion et la recherche sur les animaux de protection des troupeaux (IPRA)

L’histoire du loup en France est probablement unique en son genre, car, a priori, il n’existe aucun autre pays où il y eut autant de « bêtes » mangeuses d’humains, où tant d’efforts ont été déployés pour éradiquer le loup (à l’exception peut-être du Royaume-Uni), où son retour a suscité tant de passions et de controverses, et où il y a autant de dommages sur les troupeaux. Pour aborder ce sujet, deux ouvrages majeurs permettent de croiser le regard du biologiste et de l’historien : la thèse de doctorat de François de Beaufort (1988) et le livre de Jean-Marc Moriceau "L’homme contre le loup. Une guerre de deux mille ans" publié en 2011. Dans le premier, c’est entre autres grâce à un fichier d’environ 50 000 observations de loups en France que l’auteur note avec précision les différentes étapes de la disparition du prédateur. Quant au second, il est le fruit de la récolte d’un nombre incroyable de renseignements et d’anecdotes sur la vie des gens depuis le Haut Moyen Age jusqu’au début du XXe siècle.

Loup y es-tu ? La répartition du loup en France
par Anne Lombardi et Réseau Grands carnivores Loup-Lynx/ONCFS

Fort de ses caractéristiques démographiques (durée de vie plutôt longue, fécondité potentiellement importante, très grandes capacités de dispersion), le loup est une espèce particulièrement apte à coloniser des espaces écologiquement libres de concurrents et capable de s’adapter à des conditions environnementales très diverses. Ce sont là les raisons qui expliquent son expansion géographique, à partir de la population italienne, d’abord vers le sud de la France au début des années 1990, puis, progressivement, vers un nombre croissant de départements recolonisés, au-delà même du massif alpin. Où se trouvent les loups aujourd’hui dans notre pays ?

Le loup dans l’imaginaire littéraire occidental 

par Lucile Desblanche, Centre de recherche en traduction et études transculturelles, Université de Roehampton (Londres)

Craintif et féroce, puissant et vulnérable, Canis lupus, mammifère non domestiqué le plus largement disséminé sur Terre - l’Homo sapiens mis à part -, fascine depuis toujours parce qu’il est à la fois inaccessible et proche de nous. Il est le personnage de légendes et de contes immémoriaux. Victime d’une véritable persécution, il incite à la nostalgie ; sauvage et dangereux, il est néanmoins l’ancêtre du chien, issu de la domestication de l’espèce, le meilleur et le plus docile ami de l’homme. Peu connu, puisqu’en général seulement entraperçu, il est souvent représenté comme une créature hybride capable de s’immiscer dans le corps humain ou comme un être difficilement identifiable, à la frontière de plusieurs espèces. Enfin, il véhicule tout un passé de croyances et de superstitions ancestrales dont il peut également incarner les subversions.

La gestion du loup 

par Anne Lombardi

Dès 1993, et la confirmation du retour du loup dans notre pays depuis l’Italie, l’Etat a engagé des moyens importants pour accompagner ce retour, en recherchant un équilibre entre la nécessaire conservation de cette espèce protégée et le soutien au pastoralisme, pour lequel la présence du prédateur représente une contrainte supplémentaire. Avec la progression géographique et démographique du loup, cet équilibre est sans cesse remis en cause et les plans d’action successifs mis en place par le gouvernement dont le dernier a été adopté en mai 2013, évoluent à chaque fois en conséquence.

Biodiversité et loup

par Vincent Vignon, Office de génie écologique (OGE)

Si les médias relatent les « méfaits » du loup sur les troupeaux, essentiellement ovins, cela ne doit pas nous faire oublier que ce grand prédateur s’attaque aussi, et surtout, à la faune sauvage. Situé en bout de chaîne alimentaire, son retour dans notre pays a donc des répercussions sur les équilibres entre les différentes espèces – tant faunistiques que floristiques – au sein des milieux qu’il a recolonisés. Dans des interrelations aussi complexes que celles qui sous-tendent le fonctionnement des écosystèmes, il est parfois difficile d’isoler le rôle de telle ou telle espèce. Pour le loup, le fait qu’il régule les herbivores est un facteur clé de la biodiversité des végétations pâturées et constitue l’un des sujets centraux des enjeux de son retour, retour qui à lui seul est déjà un gain de biodiversité !

L’élevage pastoral en difficulté face aux loups 

par Laurent Garde, Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée (CERPAM)

Depuis le repérage de deux premiers loups en 1992 dans les Alpes-Maritimes, l’expansion de l’espèce lui a permis de coloniser progressivement toutes les Alpes jusqu’aux contreforts des collines provençales, mais aussi de faire des incursions dans d’autres massifs. En sortie d’hiver 2012-2013, ce sont ainsi 250 loups adultes, avant les naissances, qui sont présents selon l’estimation de l’ONCFS. Une belle réussite biologique pour la contribution de la France aux 15 000 loups désormais présents dans l’Union européenne et les pays balkaniques candidats. Mais c’est encore dans le massif alpin que se trouve l’essentiel de la population, et même plus précisément dans les Alpes du Sud qui comptent les deux tiers des effectifs. Abondance de loups et ancienneté de leur présence : l’heure est venue d’un bilan alpin concernant l’exposition de l’élevage ovin à leur présence.

Le loup dans les écrits de ... Fred Vargas 

Le loup sous le pinceau de ... Claude Lasalle

Focus
Le loup en Europe
Protection des troupeaux

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