Pestivirose : le virus du mouton passe à l'isard, pas l'inverse !

Faut-il vacciner les brebis pour sauver les isards ?

L’école vétérinaire de Toulouse et le laboratoire vétérinaire de l’Ariège viennent de démontrer l’échange de pestivirus entre brebis et isards. Les scientifiques préconisent une vaccination des troupeaux afin de couper le cycle de contamination.

Pestivirose. Un mot dont la racine effraie généralement le grand public. «Mais cette maladie ne touche que les animaux et elle n’est en aucun cas transmissible à l’homme», rappelle le Docteur Jean-Pierre Alzieu, directeur du laboratoire vétérinaire départemental de l’Ariège.

Par contre, «le pestivirus de souche BDV4, identifié en 2002 et qui vise plus particulièrement l’isard a provoqué des hécatombes, de 30 à 80 % de mortalité en montagne dans certains secteurs de l’Ariège, de l’Aude, de l’Andorre et des Pyrénées Orientales», résume le scientifique… et il s’est étendu sur la chaîne pyrénéenne.

Des centaines de prélèvements ont été réalisés grâce aux chasseurs. Plus de 7.000 analyses ont été pratiquées, dont certaines très poussées confiées à un laboratoire indépendant spécialisé dans la biologie moléculaire. Le laboratoire ariégeois a alors mené une longue étude pour comprendre ce qui se passait, en partenariat avec l’école nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT) et les professeurs Fabien Corbières et Gilles Meyer. «La pestivirose est un terme générique pour regrouper un ensemble de pestivirus assez proches. Or ceux-ci peuvent se développer dans des espèces voisines de ruminants domestiques ou sauvages et passer de l’une à l’autre en franchissant ce qu’on appelle «la barrière de l’hôte», sans pour autant que l’animal développe la maladie. Et ce dont on se doutait, c’est que le virus du mouton pouvait passer à l’isard», explique le Docteur Alzieu.

«Chez les ovins, le virus dit de la «border desease» qui a fait des ravages dans le Tarn et l’Aveyron, il y a une vingtaine d’années, est en effet très proche du BDV4 de l’isard.» rappelle-t-il. «Nous avons donc eu l’idée de comparer ces virus ce qui nous a permis de confirmer que les souches circulantes du mouton étaient toutes du même groupe que le BDV4 de l’isard. Mais l’originalité des travaux a été de démontrer qu’on retrouvait chez chaque espèce des souches spécifiques mais aussi des souches identiques, preuve qu’à un moment donné, en montagne, par le partage des estives, de l’eau, il y a échange de virus entre moutons et isards.»

Ces travaux présentés jeudi dernier à la Fédération régionale des chasseurs et au préfet de région Henri-Michel Comet «représentent une avancée décisive», selon le Docteur Alzieu. En effet, vacciner les ovins sur les secteurs concernés de la chaîne pyrénéenne permettrait de «couper la contamination des moutons entre eux puis la circulation du virus» entre troupeaux et isards.

Les vétérinaires proposent donc de faire de certaines estives ariégeoises des zones test avec un suivi scientifique des brebis vaccinées, avant d’étendre éventuellement l’opération, si elle s’avère un succès.

Informer l'ensemble des Pyrénées

La fédération des chasseurs et le conseil général de l’Ariège organiseront une réunion d’information sur la pestivirose de l’isard et l’intérêt d’une vaccination préventive des troupeaux le 31 mars prochain au centre universitaire de Foix. Ce symposium permettra de présenter en détail l’étude scientifique du laboratoire vétérinaire et de l’ENVT à l’ensemble des Pyrénées, les deux versants étant concernés par cette problématique. L’Espagne, l’Andorre et tous les départements de la chaîne, de l’Atlantique à la Méditerranée seront ainsi invités.

Pierre Challier, La DDM

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Conclusion d’une étude sanitaire de l'ONCFS.

Lésions cutanées et amaigrissement chez une femelle d’isard morte de pestivirose (image ONCFS)
Lésions cutanées et amaigrissement chez une femelle d’isard morte de pestivirose (image ONCFS)

" L’infection expérimentale par voie nasale d’un isard femelle vers le 95e jour de gestation par un Pestivirus isolé de l’isard (souche « Ariège 2002 ») a induit la naissance d’un chevreau IPI (Infecté
Permanent Immunotolérant). Le chevreau est mort quelques semaines plus tard à la suite d’une maladie évoquant la maladie des muqueuses des bovins. Ainsi, le Pestivirus de l’isard semble se comporter de la même manière que les Pestivirus des ruminants domestiques.

Lors de l’inoculation par voie nasale à des brebis, vers 65 jours de gestation, d’une souche de Pestivirus isard ( souche « Ariège 2002 »), aucun signe clinique n’a pu être mis en évidence ni sur les brebis, ni sur les agneaux. L’absence de virémie des agneaux à la naissance ainsi que la séronégativité des brebis « témoins-contacts » suggèrent une absence de diffusion du Pestivirus isard chez les ovins, au moins dans les conditions de l’expérimentation.

Ces résultats obtenus sur les brebis sont à nuancer. En effet, les facteurs liés à la dose inoculée ainsi que le stade de gestation des brebis sont susceptibles de modifier les résultats. Ainsi, d’autres études plus complètes devraient être entreprises pour vérifier l’innocuité du Pestivirus isard pour les brebis."

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