La conservation des Carnivores: plus qu'une question de quantité

La conservation des Carnivores: plus qu’une question de quantité

La conservation des carnivores n'est pas seulement une question de quantité. Les stratégies d’histoire de vie ainsi que l'écologie comportementale de l'espèce doivent également guider les politiques de gestion des populations

Un article paru dans "Science" le 14 mars 2014.

par Kathleen A. ALEXANDER et Claire E. SANDERSON

Loups en meuteW. J. Ripple et al. évaluent les menaces qui pèsent sur les carnivores et recommandent que des densités minimales soient maintenues pour la conservation des populations de grands carnivores, la sauvegarde de la biodiversité et le maintien de la structure des écosystèmes.

Nous soutenons que la conservation des carnivores n'est pas seulement une question de quantité. Les stratégies d’histoire de vie (incluant la reproduction, le nombre de descendants, la durée de vie et le régime alimentaire) ainsi que l'écologie comportementale (comportement qui évolue avec les pressions écologiques) de l'espèce en question doivent également guider les politiques de gestion des populations.

Par exemple, chez les espèces sociales, la survie du groupe peut dépendre de façon critique du maintien d'un certain nombre d'individus au sein du groupe (1) [pour permettre la chasse coopérative, par exemple (2)] .

La prise en considération d’un tel seuil,  et les risques de déclin de la population si on le franchit, sont souvent absents des programmes de gestion des carnivores. Pourtant, ce facteur peut expliquer la tendance à des taux d'extinction plus élevés chez les carnivores sociaux, par rapport aux carnivores solitaires (3).

L'important contraste entre le nombre d'individus dans une population et le nombre nécessaire pour maintenir la persistance d’un groupe social pourrait également expliquer,  selon Ripple et al . , l'observation que les pumas solitaires sont plus efficaces que les loups gris qui vivent en meute, dans des conditions similaires. En effet  on estime que les faibles taux de recolonisation observés pour le loup gris (Canis lupus) dans l’écosystème du Yellowstone sont dus à un manque de partenaires avec lesquels les loups dispersants pourraient créer de nouvelles meutes (4).

L'alimentation joue aussi un rôle important. À l'exception du panda herbivore, seules les espèces carnivores de grande taille ( ≥ 2,4 kg) classées comme des mangeurs de viande strictes sont mentionnées par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) comme en danger critique, en danger, ou menacées (5) . En revanche, tous les insectivores sont classés comme espèces moins concernées.

Un régime carnivore exclusif peut impliquer une vulnérabilité particulière de l’espèce en cas de conflits avec les hommes, car associée à une probabilité accrue de la déprédation sur le bétail et / ou une augmentation de la perception du risque.  Les maladies infectieuses peuvent également représenter une menace particulière pour les carnivores sociaux, à cause de la multiplication des contacts entre les individus, causant une augmentation de la mortalité jusqu’ à passer sous un  seuil critique (6).

Nous demandons instamment la prise en compte stratégies d’histoire de vie et de l'écologie comportementale dans le développement de stratégies de gestion des grands carnivores.

Kathleen A. ALEXANDER* et Claire E. SANDERSON

Department of Fisheries and Wildlife Conservation, Virginia Tech University, Blacksburg, VA 24061, USA and CARACAL, Centre for Conservation of African Resources: Animals, Communities, and Land Use, Kasane, Botswana.

*Corresponding author. E-mail: kathyalx (at) vt . edu

Références

  1. W. C. Allee, Animal Aggregations: A Study in General Sociology (Univ. of Chicago Press, Chicago, 1931).
  2. F. Courchamp, D. W. Macdonald, Anim. Conserv. 4, 169 (2001).
  3. J. Muñoz-Durán, Evol. Ecol. Res. 4, 963 (2002).
  4. A. Hurford, M. Hebblewhite, M. A. Lewis, Theor. Popul. Biol. 70, 244 (2006).
  5. The IUCN Red List of Threatened Species (www.iucnredlist.org/).
  6. C. E. Sanderson, S. E. Jobbins, K. A. Alexander, Popul. Ecol. 1 (October 2013).

Source : “Conserving Carnivores: More than Numbers » SCIENCE VOL 343,  14 MARCH 2014, www.sciencemag.org (en anglais)

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