Adieu Paysans

1947 : Libérées depuis deux ans, les villes ont faim. Jamais le pays n'aura autant compté sur ses paysans. Oui mais voilà : le monde rural n'est plus dans l'époque. Il est mis en demeure de se moderniser. En quelques années, la mécanisation va le faire passer d'un mode de vie fondée sur la lenteur à celui de la vitesse. La modernisation introduit une révolution dans l'économie et la mentalité paysanne: le crédit. L'endettement contraint à produire plus, donc au recours systématique des engrais chimiques. Productivité et planification se révèlent incompatibles avec le système traditionnel paysan où patriarche, famille et entreprise ne faisaient qu'un. Il implose.

Presque deux générations se sont écoulées depuis la Libération. Ce n'est désormais plus le ciel que la nouvelle génération de paysans consulte, mais Bruxelles et ses quotas. De la Bretagne au Larzac, les campagnes entrent en convulsions.

Bientôt un mythe va naître : le mythe paysan qui connaîtra son apogée avec la Grande Moisson un jour de juin 1990 sur les Champs-Elysées. Perdurera-t-il ?

Un film écrit par Alain Moreau et Jean Rozat. Réalisé par Audrey Maurion. Produit par Program 33. Avec la participation de France Télévisions et du Centre national du cinéma et de l'image animée.


par Gérard Bozzolo

J'y retrouve tous les ingrédients qui ont accompagné mon arrivée sur terre !

D'abord, ces chevaux de trait d'avant les tracteurs qui m'ont donné le virus de l'animal. Ensuite, j'ai bu le lait de Mendès jusqu'à en être dégouté. J'ai croisé le Général et pu approcher quelques pointures du monde agricole comme Pisani et Lacombe qui furent, entre-autres ,sur leur fin de carrière président du CA de mon établissement.

L'effet de levier du remembrement sur la restructuration de l'agriculture a été considérable.  Cependant, il n'a pas atteint certaines marges du territoire français comme certains espaces montagnards, les laissant dans la marginalité.

La restructuration agraire de l'après-guerre a non seulement provoqué la fonte numérique de la paysannerie française, mais elle a aussi profondément changé les aspirations de leur métier. D'artisans ils sont devenus entrepreneurs avec, à la clé, une comptabilité d'entreprise tatillonne et sous la dépendance de la finance et donc des banques. Désormais ce ne sont plus les canons du métier, mais c'est l'économique qui régentent le monde agricole, comme dans la plupart des secteurs d'activité.

On peut remarquer aussi que le modèle de vie citadin s'est généralisé. Il a contaminé le monde rural et reste le modèle de référence.

Evidemment, cette révolution agricole du productivisme, qui s'est appuyée sur le machinisme, les intrants, l'organisation des marchés et une forme de cartésianisme quantitatif, a plus que dépassé ses objectifs en faisant naître des dégâts collatéraux qui, aujourd'hui, avec les effets d'accumulation, sont devenus criants et signent les limites de ce système un peu simpliste.

Certes, l'espace agricole s'est rétréci grâce à l'intensification et ces terres libérées ont donc profité à la forêt ; mais, en même temps, les nuisances se sont également concentrées sur ces zones de production. Il ressort qu'une nouvelle révolution agraire doit prendre la succession de la précédente pour s'inscrire dans le qualitatif et la durabilité des moyens de production, en particulier la terre.

travaux des champs et moisson à Vieux-Waleffe (B) en 1951. Mon père, casqué sur le tracteur à chenille Allis Chalmer du Plan Marshall
Travaux des champs et moisson à Vieux-Waleffe (Hesbaye, Belgique) en 1951.
En haut à droite: mon père (casqué pour une la photo), sur le tracteur à chenille Allis Chalmer du Plan Marshall (qu'on bon écolo des villes, je conduisais à 8 ans ;-)

C'est tout l'enjeu des prochaines décennies.

On ne peut pas non plus ne pas s'interroger sur les mécanismes de régulation et d'assistance gérés par le marché commun, un peu en avance par rapport à certains autres secteurs (sauf ceux du charbon et de l'acier) comme ceux de la justice, de la santé, des retraites, le la défense etc.

Il est évident que les prix agricoles n'ont pas suivis l'évolution inflationniste des autres biens de consommation, même si on entend de ça et de là de l'inquiétude sur la flambée des prix de l'alimentaire comme celui de la baguette de pain. Si on ramenait son prix à un temps de Smic nécessaire pour l'acquérir on s'apercevrait vite qu'un facteur de 6 à 9 s'est introduit entre les deux extrémités temporelles  de ce reportage au profit du SMIC et donc du niveau de vie.

L'exemple également, au moment du plan Marshall, de l'équivalence entre la vente d'une paire de boufs de traits engraissés pour acquérir un tracteur est significatif du décalage d'inflation entre prix agricoles et les produits manufacturés. Cette artificialité des prix agricoles, qui masque la vérité des prix, constitue une source d'incompréhension entre le monde des consommateurs et celui des agriculteurs, mais là c'est la mondialisation qui est impliquée..

Gérard Bozzolo

Commentaires