Fiasco à Foix

« la Révolution commence toujours par l’Ariège »

Jlf
Jean-Luc Fernandez (FDC, Ariège Ruralité)

Seulement 2.000 manifestants venus de l'Aude, de l'Ariège, de la Haute-Garonne, du Béarn et du Pays Basque: éleveurs, agriculteurs, chasseurs - ont dénoncé samedi à Foix "l'ensauvagement" de la montagne et les "contraintes environnementales" pesant sur leurs activités en raison des mesures de protection de l'ours, des vautours et du loup.

La manifestation des anthropocentristes nodocéphales ruraux devait soulever les foules. Elle n'a regroupé que les nostalgiques partisans de l'exploitation de la nature considérée comme une "ressource", un gisement minier intarissable à la seule valeur économique. 

Les organisateurs, même s'ils ne représentaient qu'une seule vision des rapports humains à la nature, étaient pourtant nombreux :

  • l'Association pour le Développement Durable de l'Identité des Pyrénées (ADDIP),
  • la Chambre d’Agriculture,
  • l’association pour la sauvegarde du patrimoine Ariège Pyrénées (ASPAP),
  • la Fédération des Chasseurs,
  • la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles,
  • la Fédération Pastorale,
  • la Confédération Paysanne,
  • le Centre Départemental des jeunes Agriculteurs,
  • l’association des Piégeurs,
  • l’amicale des Chasseurs de Montagne,
  • le Syndicat des Propriétaires Forestiers Sylviculteurs,  
  • la FNSEA,
  • le parti CPNT
  • l’association Ariège ruralité.

Il n’en a rien été. La foule n’était pas présente au rendez-vous soigneusement orchestré par la presse ariégeoise (3 articles d'annonce pour Ariègenews par exemple). Rien de comparable à la même manifestation de 2009 où les 6.000 personnes avaient défilés dans la rue, pour les mêmes (mauvaises) raisons, ce qui à l'époque avait déjà été considéré comme un demi échec.

Dans le cortège : une centaine de tracteurs, des élus en écharpe (j'attends la liste des mandaires locaux), des enfants, des éleveurs, des vaches, des brebis, un corbillard avec des ours en peluche, des loups pendus. Le cortège s'est massé devant la préfecture de l'Ariège, où des carcasses de brebis et du fumier ont été déversés, histoire de mettre le préfèt dans le bain de ce qui l'attend s'il résiste aux pressions. Les manifestants ont prévus de bloquer le tunnel de Foix en fin de matinée. Il n’y a, semble t-il pas eu d’incident. Pas de quoi casser fouetter un ours.

Maintenant, nous allons sans doute avoir droit aux estimations des organisateurs et aux "Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port."

L’ADET, dans un communiqué, trace un parallèle avec ce qui se passe à Bruxelles.

Le 10 juin dernier, a été inaugurée officiellement la plate-forme européenne sur la coexistence entre l’homme et les grands carnivores. Elle rassemble notamment les structures européennes représentatives des Agriculteurs et des Chasseurs et de grandes organisations environnementales comme l'UICN et le WWF. Toutes ont décidé de travailler ensemble dans l'intérêt commun des Hommes et des prédateurs. L'ASPAP a bien tenté d'y faire valoir une "exception ariégeoise", mais elle y est apparue complètement décalée et s'est bien vite retirée des discussions sans y laisser aucune trace, qu'une image dégradée des Pyrénées qu'elle ne représente pourtant en rien.

Nulle part la cohabitation n'est évidente, mais partout les personnes de bonne volonté se rassemblent pour chercher des solutions. Partout, sauf en Ariège.

L'Ariège est le dernier territoire d'Europe où l'on dénie aux prédateurs le droit d'exister et où l'on pense que la cohabitation se gère à coups de fusil. Tout doit y passer : les ours, les loups, et maintenant les vautours. Comme si rien n'avait changé depuis le 19e siècle, les représentants des chasseurs, des agriculteurs, et même du Département, continuent d'opposer Nature et Activités humaines dans un conflit stérile et dépassé.

Lire

Commentaires