Plate-forme européenne sur la coexistence entre l'homme et les grands carnivores

Bruxelles : Lancement et première cession de travail de la plate-forme européenne sur la coexistence entre l’homme et les grands carnivores.

article 1 : "Travailler dans le cadre juridique de l'UE : La directive Habitats (92/43/CEE) est l'instrument juridique global pour la conservation et la gestion durable des espèces de grands carnivores dans un état de conservation favorable en Europe."

 

Working together
par La Buvette des Alpages

La Buvette des Alpages était présente lorsque s’est tenu le mercredi 10 juin à Bruxelles, dans les locaux de la Commission Européenne, la première cession de la “Plate-forme sur la cohabitation de l’homme avec les grands carnivores”.  Cette réunion fait suite aux précédents “groupes de travail”  du 25 janvier 2013 et du 5 décembre 2013.  (Voir les résumés de la Buvette : Stakeholder Workshop on EU Action on Large Carnivores)

C’est Annabelle Jaeger, (membre du Conseil Regional Provence-Alpes-Côte d’Azur, déléguée à la Biodiversité et Présidente de l’Agence régionale pour l’Environnement qui conseille et accompagne les collectivités locales sur les politiques de biodiversité en région PACA qui a ouvert la journée au nom du Comité des Régions. (Lire le texte de son allocution). Elle a été suivie par Janez Potočnik, Commissaire européen pour l'environnement qui a prononçé le discours d'ouverture "Apprendre à vivre avec le loup".

Signatures

Une petite centaine de personnes étaient présentes à la cérémonie du matin et au groupe de travail de l’après-midi. Présidée par Janez Potocnik, le Commissaire européen en charge de l'environnement, la réunion du matin était consacrée à la signature de 8 organisations qui vont participer à cette plate forme dont l’objectif est “d'apporter des solutions aux problèmes sociaux et économiques qui apparaissent depuis que les effectifs de grands carnivores (l'ours brun, le loup, le glouton et le lynx) progressent en Europe. »

 

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Les signataires de la Plate-forme européenne sur la coexistence entre l'homme et les grands carnivores. (Au milieu, Annabelle Jaeger et Janez Potočnik)


Les signataires

Les participants ont été questionnés par Bénédicte Paviot (journaliste et modérateur) sur les raisons qui les ont poussés à participer à cette plate-forme sur la coexistence entre l’homme et les grands carnivores :

Pekka Pesonen (COPA-COGECA), représentant des agriculteurs européens : « Les agriculteurs vivent de et dans la nature, ils sont donc intéressés au premier chef. La Plate-forme ne pourra pas réussir sans la participation des éleveurs. Nous nous devions de participer. Il ne faut pas perdre les habitats sauvages. » Mr Pesonen a souligné à l’attention de tous les éleveurs qui vont être concernés par les prédateurs que les investissements pour la protection des troupeaux doivent être réalisés avant les premiers dégâts. Et que c’était à la société de financer ces moyens de protections, et pas uniquement aux éleveurs. Il a rappellé que la COPA-COGECA participe à de nombreux projets LIFE et qu’elle désire arriver à une cohabitation, à des résultats satisfaisants. Il a demandé a ce que les législations soient adaptées aux populations locales, amandées, pour plus de flexibilité.

Bernard Lozé a commencé par dire que la CIC participait pour 3 raisons :  

  • La chasse « durable » éest un outil de gestion de la faune sauvage au niveau local et un outil pour la conservation des espèces ; les prédateurs représentant un danger pour les gibiers et les chasseurs.  
  • Le dialogue est nécessaire.
  • Toutes les parties prenantes comprennent que la présence des grands prédateurs présentent des avantages et pas seulement des coûts.

Il a souligné que la CIC participait déjà au forum sur la gestion des grands prédateurs en Europe centrale et en europe de l’Est, soulignant qu’ils désiraient tous voir une augmentation des grands carnivores en Europe car ils font partie  des paysages et qu’il est nécessaire de les conserver.

Christoph Büren a quant à lui présenté les propriétaires fonciers, comme des acteurs de la gestion durable des paysages et de la faune, comme des gardiens des habitats et des populations, qui pensent à l’avenir et aux rapports admiratifs que vont entretenir nos enfants avec la faune.  Pour lui, cette plate-forme va dans le bon sens et représente des dossiers sensibles mais passionnants. Il a souligné le dialogue constant de l’ELO avec les associations (dont le WWF) pour renforcer la biodiversité, garantir l’équilibre entre la présence humaine et les populations de grands prédateurs, insistant sur la nécéssité de garantir une cohabitation.

Pour Thomas Hansson de l’association des Parcs, cette plate-forme est souhaitable pour la protection des habitats et des espèces sauvages. Il convient de mettre en place des techniques de gestion couronnées de succès, tout en insistant sur le respect des instruments juridiques en place. Les grands carnivores ne connaissent pas les frontières administratives des réserves, il convient donc de relier celles-çi et de progresser avec des programmes transfrontaliers. Les grands prédateurs sont une base pour l’écotourisme. Des millions de visiteurs des parcs cherchent à les observer en Suède et à acquérir de nouvelles connaissances. Les jeunes ne veulent plus de la vision traditionnelle et de la destruction, alors les parcs travaillent avec les écoles, les enseignants et les mouvements de jeunesse, soulignant que les enfants emmenaient leurs parents dans les parcs, leur enseignant les bonnes récations à avoir face aux prédateurs.

Gilbert de Turckheim de la FACE, explique que suite à l’augmentation des grands carnivores en Europe, les conflits se présentent surtout dans les zones de nouvelle colonisation. Il remercie la Commission d’avoir pris la mesure de ces conflits et rappelle que les chasseurs sont en contacts étroits avec les grands prédateurs, qu’ils sont des acteurs clés pour le suivi, pour les mesures de gestion et de conservation et pour arriver à des solutions de concensus. Pour lui, la Directive Habitats est le texte de base. Il demande une interprétation réaliste avec des possibilités d’ouverture : une bonne gestion sous-entend une régulation, là où les problèmes sont trop nombreux. Il demande une gestion au niveau local, dans chaque masif et pas seulement au niveau national. En zone de colonisation, il faut réapprendre à vivre avec les prédateurs et cet apprentissage se fera avec des changements lents et progressifs, soulignat que durant cet apprentissage, les chasseurs aideront à « gérer » les conflits. Pour Mr de Turckheim, le dialogue doit se faire sur le terrain ; il s’oppose à la politique de la chaise vide et insiste pour sortir de la « protection radicale » de la nature.

Anne Ollila. L’élevage de rennes se situe dans les parties septentrionales de la Finlande et de la Suède. On y trouve les 4 grands espèces de prédateurs : ours, loup, lynx et gloutons. Les rennes sont leur menu quotidien.  Nous avons apris à vivre avec eux. Nous avons accepté de vivre et de cohabiter avec eux, sans clotûres ni chiens. Mais maintenant, nous en avons trop : entre 60.000 et 100.000 rennes sont tués. Nous perdrons toujours des bêtes, la prédation est un phénomène naturel et normal, mais nous aimerions le contrôler et gérer la population de prédateurs. Je suis ici à Bruxelles parce que je désire comprendre ce que désire les autres acteurs.

Luc Bas (IUCN).  Cette plate-forme est un excellent moyen de renv-contrer tous les acteurs. L’IUCN se compose d’organisations gouvernementales et non gouvernementales, de chasseirs. Le succès actuel de la conservation fait que les grands prédateurs posent des problèmes sociaux et économiques, que le développement est menacé dans certaines régions. On nous accuse d’un côté, d’être trop protectionniste et de l’autre d’être trop du côté des utilisateurs, nous sommes au milieu.

Tony Long.  Le WWF ets présent pour 4 raisons. 1) La mission du WWF est de construire un avenir où l’homme est en harmonie avec la nature. Cette plate-forme désire construire cet avenir. 2) es investissements consentis dans la Directive Habitats est une succes story de la CE et nous désirons célébrer l’augmentation des populations de prédateurs. 3) les paysages de l’UE sont évolutifs, ils ne sont pas figés dans le temps, c’est une situation dynamique et nous devons assurer la coexistance entre les activités humaines et la nature.4) Nous devons garder ou construire une place pour la nature et pas uniquement sur les autres continents, L’Afrique, l’Asie..., l’Europe doit montrer l’exemple si elle désire envoyer un message aux autres pays du monde, l’europe doit donc être cohérente.

A la fin des interviews des huit signataires, Janez Potočnik, le Commissaire européen en charge de l'environnement a commenté les différentes interventions en confirmant quelques points qu’il avait énnoncé dans son discours d’ouverture.

La cohabitation avec les grands prédateurs est une responsabilité individuelle et collective des populations européennes. Protéger les grands prédateurs, c’est protéger l’homme et la bioversité. Le changement climatique est certe plus médiatique que la protection des grands prédateurs. Pour Janez Potočnik, les agriculteurs doivent prendre des mesures qui vont dans le sens de l’intérêt public et pas des intérêts particuliers. Le financement des éleveurs est une partie importante du puzzle, il doit aider à protéger les espèces.

Janez Potočnik est revenu (NDLB : cela avait déjà été rappelé par Pia Bucella lors des précédentes réunions. Lire Prédateurs: la Commission garde la Directive Habitats et propose une plate-forme et des actions sur les demandes de « flexibilité » et d' « interprétations » de la Directive Habitats : « La Plate-forme ne va pas revoir la Directive Habitats. Nous allons revoir nos méthodes de travail mais nous n’allons pas revoir nos ambition de protection à la baisse. La plate-forme apportera sa participation aux mesures à prendre  dans le cadre de la législation européenne existante. »

Pour le Commissaire européen : « Le dialogue est nécessaire, la réponse ne viendra pas de Bruxelles (NDLB: de le Commission), la paix viendra du dialogue entre les parties prenantes. Se mettre à la même table est mieux que de se battre les uns contre les autres par médias interposés. L’objectif de la plate-forme reste la cohabitation. De plus en plus de personnes quittent les villes pour retourner à la campagne. Elles participent à l’éducation, pratiquent l’écotourisme. C’est une chance pour sauver les paysages. L’échelon local est aussi important et la plate-forme pourra s’impliquer au niveau local, entre les associations, pour promouvoir l’écoute, afin de construire un avenir de coexistance, oublier les intérêts égoïstes, être en accord avec la nature à long terme et pas pour défendre des intérêts économiques ou politiques à court terme. »

Annabelle Jaeger a alors rappelé que la région PACA est membre de l’UICN, que les autorités régionale, si elles n’ont pas beaucoup de pouvoir dans certaines politiques nationales comme le plan loup, peuvent participer en formant les éleveurs et en soutenant aussi le pastoralisme. La région PACA va s’associer à la plate-forme.

Prochaines étapes



La plate-forme a tenu sa première séance de travail immédiatement après le lancement officiel, le 10 Juin après-midi. Elle a adopté les termes de référence et un plan de travail. Elle tiendra une réunion annuelle et organisera des ateliers supplémentaires sur des thèmes choisis. La PF sera appuyée par un centre de ressources sur le Web qui servira d’outil principal pour :

  • diffuser des informations sur ses activités,
  • identifier les bonnes pratiques dans la forme de documents ou d'un manuel,
  • agir comme une passerelle vers les portails de l'élément ressources des organisations et des médias d'accueil tels que des dossiers de presse pour les journalistes.   

Critiques

Durant le "casse-croute montagnard" italien de midi (il y avait du poulet, du poisson, des légumes bio, du fromage, mais pas d'agneau), je me suis personnellement entretenu avec des représentants de la CIC, de FACE, de l'ONC et de la COPA-COGECA à propos des critiques émises par certains opposants aux prédateurs qui ont dénoncé la participation de ces associations à la plate-forme européenne sur la coexistence entre l'homme et les grands carnivores. Les récits de certaines pressions exercées et leurs avis confirment le jusqu'auboutisme et l'isolement de certains des opposants français. Ces trois associations m'ont expliqué leur préférence pour le dialogue à la politique de la chaisse vide et leur volonté d'arriver à une cohabitation... durable. (Lire : Europe : le pastoralisme français esseulé.)

Nous avons échangés aussi quelques propos sur nos brebis respectives et les moyens de protection mis en place. Quant à la non participation des associations ultrapastorales françaises, je compte vous en dire plus dès que possible, la Buvette a commençé son enquête ; à suivre donc.

Contexte

Bien que l'image globale de la biodiversité dans l'UE est loin d'être bon - jusqu'à 25 pour cent des espèces sont aujourd'hui menacées d'extinction, principalement en raison de la disparition de leurs habitats - certains groupes d'espèces s’en sortent mieux dans certaines régions. Les grands carnivores (ours brun Ursus arctos, Lynx Lynx lynx, loup Canis lupus et le carcajou Gulo gulo) sont parmi les espèces qui sont généralement en expansion dans une grande partie de leurs anciennes aires de répartition en Europe, souvent en raison des processus naturels. Le lynx pardelle Lynx pardinus, cependant, reste gravement menacé.

Deux directives, la Directive Habitats et la directive Oiseaux, forment la pierre angulaire de conservation de la nature politique de l'Union européenne, le réseau Natura 2000 de sites protégés et le système de protection stricte des espèces. La directive Habitats protège plus de 1000 espèces animales et végétales et plus de 200 types d'habitats tels que les types particuliers de forêts, de prairies et des zones humides d'importance européenne.

 

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