Arrêtés loups: Propositions d'amélioration par Patrick Leyrissoux

par Patrick Leyrissoux

A propos des arrêtés sur le tir des loups 

Il n’est pas acceptable que des tirs létaux soient autorisés dans les départements en cours de colonisation (=hors ZPP et ZPP récentes). Etant donné les très faibles effectifs dans ces zones, c’est une éradication locale qui ne dit pas son nom. La France est en contradiction avec ses engagements (convention de Berne et directive Habitats). 
Les pouvoirs publics doivent anticiper le front de colonisation de l’espèce en informant et équipant les éleveurs.

Les tirs de prélèvement ne sont pas acceptables non plus. Ils sont également une régulation qui ne dit pas son nom, sur une espèce protégée dont les effectifs sont encore faibles au total. Ils ne solutionnent rien concernant la défense des troupeaux, et servent juste à offrir quelques animaux à la vindicte des éleveurs.

Les tirs de défense peuvent être acceptable à la condition qu’ils respectent les conditions de dérogation des textes (directive Habitats…) sur lesquels la France s’est engagée :

  • Moyens de protection mis en place correctement. 

  • Effarouchements préalables.
  • Ou, après contrôle indépendant, constat que les moyens de protection sont impossibles à mettre en place correctement.

Propositions d’amélioration

Il est indispensable que le personnel de l’ONCFS, réalisant les constats de dommage, contrôle et note systématiquement :

  • s’il y a des moyens de protection,
  • s’ils sont installés correctement,
  • et si ils ont joué leur rôle.

Avec ces données, les zones ou estives subissant des problèmes récurrents pourront être traitées et résolues au cas par cas. Cela permettrait d’améliorer les moyens de protection. Exemple : un tir de défense récent DANS un parc électrifié, ce dernier était mal installé, ou doit-il subir des améliorations?

A propos du système d’indemnisation actuel : avec ce système, les indemnisations, payées par le contribuable, vont surtout là où il y a le plus de problèmes, ce qui est normal, et ces zones doivent être traitées au cas par cas avec les infos récoltées par les agents pour trouver une solution.  

Mais, les indemnisations vont aussi chez les éleveurs qui ne jouent pas le jeu et n’appliquent pas correctement les moyens de protection, ce qui n’est pas acceptable. Une assurance abondée par l’état pourrait corriger ces anomalies, à condition d’examiner en détail le cas des éleveurs qui ont de réelles difficultés et qui sont de bonne foi. Elle pourrait indemniser toutes les prédations (ex : chiens errants avérés).

Néanmoins les tirs de défense létaux sont un pis-aller (cas d’urgence) et devraient être évités. Ils ne résolvent rien à moyen terme et peuvent même être contre-productifs s’ils touchent le couple alpha d’une meute. Celle-ci dispersée, les animaux sont moins efficaces pour la capture de proies sauvages et peuvent se rabattre préférentiellement sur les proies domestiques.

De plus, il n’est pas sûr que la mort par tir d’un individu soit comprise par les autres membres de la meute, et puisse jouer un rôle dissuasif. Des tirs non létaux zeraient bien préférables (à étudier : balles plastiques utilisées dans les émeutes, gros sel ,…..). La dissuasion serait plus efficace: les individus ayant un souvenir cuisant d’une attaque de troupeau domestique, d’autant plus si le couple alpha est concerné.

A moyen ou long terme, des recherches devraient être menées pour faire évoluer les moyens de protection, si possible en collaboration avec les autres pays européens qui ont les mêmes problèmes : nous sommes au XXIeme siècle et, à part les clôtures électriques, les autres moyens étaient les mêmes au XIXeme siècle, voire il y a 3000 ans. L’idéal serait des moyens individuels, pour chaque bête, qui pourraient émettre des émissions acoustiques ou olfactives dissuasives. C’est peut-être utopique, mais tant que des chercheurs ou des ingénieurs n’auront pas été mis sur ces sujets, ces derniers n’avanceront pas. C’est un investissement pour éviter au contribuable de remplir un panier percé, et assurer une cohabitation avec notre grande faune sauvage.

A propos de la participation des chasseurs

Chasse loup franceJe suis totalement opposé à cet arrêté. Je ne reviendrai pas sur la pertinence des tirs de prélèvement, et de défense dans les zones de colonisation. Voir mon commentaire dans la consultation des 2 arrêtés précédents (NDLB : ci-dessus)

Le monde de la chasse est trop hétérogène pour autoriser le tir du loup lors de battues/chasses/affûts au grand gibier. Il y a trop de risques d’abus et de dérapage.

De plus des battues/chasses/affûts au grand gibier peuvent n’être qu’un simple prétexte pour réaliser de vraies battues/chasses/affûts au loup. La France ne respecte pas ses engagements dans ce cas.

Cette décision irresponsable du ministère amènera inévitablement les contribuables à payer les amendes européennes que la France va récolter. Sans compter que les aides aux éleveurs seront suspendues si l’espèce est effectivement considérée chassable. D’autant plus que le communiqué du ministère de l’environnement concernant la signature des 2 premiers arrêtés parle de quota et non pas de plafond, lapsus révélateur.

Les tirs ne devraient être réalisés que par du personnel assermenté (ONCFS, etc.)

Il est regrettable que le ministère ne parle plus de moyens de protection, de leur nécessaire contrôle par les agents assermentés, de la recherche au cas par cas de solutions intelligentes avec les éleveurs de bonne foi ayant des difficultés, de l’amélioration de ces mêmes moyens et de l’expérimentation de nouvelles techniques, de la lutte et des mesures contre le braconnage (il faudrait décompter un nombre de loup majoré en cas de braconnage), et ne tiennent pas compte des avis exprimés dans les consultations.

Patrick Leyrissoux

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