Nelly Olin: les différents Ministres de l'écologie ont manqué de courage

"La France a signé des engagements internationaux et doit les respecter!"

La Buvette des Alpages a eu le plaisir, hier, de s'entretenir avec Nelly Olin, Ministre de l'Ecologie du 2 juin 2005 au 17 mai 2007 dans le gouvernement Villepin, sous la présidence de Jacques Chirac.

Interview de Mme Nelly Olin

par Baudouin de Menten

Nelly Olin aux automnales du Pays de l'Ours à Arbas en 2005
Nelly Olin aux Automnales du Pays de l'Ours à Arbas en 2005.  Avec François Arcangeli (derrière N.O.), Farid Benhammou (assis) et Maddé Maylin
(tenant un gobelet). Et votre serviteur...

La Buvette des Alpages (LBDA) : Bonjour Mme Olin. La France n'a plus de Plan de restautation de la population d'ours dans les Pyrénées depuis le 1 janvier 2010.
Nelly Olin : La France est dans un tel état catastrophique, que je ne vois pas un ministre, pas plus Ségolène Royal que d’autres d’ailleurs, avoir le courage de remettre cette affaire sur le tapis. On est au fond de l’abîme. Mais il y a quand même de bonnes nouvelles. Je me réjouis des 3 portées de cette année et j'espère que l'ours Balou s'est reproduit avant sa mort.

LBDA : Le dossier des réintroductions d'ours n'a plus évolué depuis votre passage au ministère en 2005.
Nelly Olin : Avec les réintroductions, on a fait un premier pas, maintenant, il faut attendre le second. Le premier était plus que nécessaire, d’une part c’était vital pour la population ursine, d’autre part, il ne faut pas oublier qu’on a signé des engagements et qu’on est quand même en demeure de les respecter et sous le coup d’une condamnation.

LBDA: Du côté des associations, on regrette la lenteur des réactions européennes dans ce dossier.
Nelly Olin: Je pense que l’Europe ne va pas condamner la France en ce moment..., avec tout ce qui arrive à notre pays, mais le jour où il faudra payer, il faudra payer !

Je vais vous raconter une anecdote :  A l’époque, Stravos Dimas, (NDLB : le commissaire européen chargé de l’environnement dans la Commission Barroso I) m’a dit, alors que je lui demandait des reports de délai pour différents dossiers où la France était en retard, comme pour le dossier Natura 2000: “Madame, Je ne demande qu’à vous croire, mais la France m’a fait tellement de promesses, que tant que vous ne serez pas à jour dans la transposition des directives européennes, que je ne vous accorderai aucun délai”.

Je regrette que les Ministres qui m’ont succédé n’ont pas eu le courage de prendre ce dossier en main, je ne parle pas d’Alain Juppé qui lui n’est resté qu’un mois, lui l’aurait fait !

Je continue à suivre ce dossier. Avec passion dirais-je… Quand les choses iront mieux en France, ce que je souhaite et que j’espère, c’est quand même un dossier qu’il faudra reprendre ! Et là, il faudra du courage ! Les différents ministres de l’écologie ont manqué d’un certain courage…

LBDA: Les associations qui précédement traitaient et négociaient avec le Ministère ne sont plus ni reçues, ni écoutées. Les militants se désespèrent et certains se radicalisent ou pensent à le faire.
Nelly Olin : Je pense que les associations devraient aller à Bruxelles pour connaître l’avis de la commission, voir quel est leur jeu, se renseigner sur la condamnation qui menace la France, et au vu de la situation financière actuelle, agiter ce drapeau, communiquer sur cette menace pour faire réagir le gouvernement. Mais elles ne pourront rien faire avant au moins 6 mois, le temps que la nouvelle commission se mette en place.

LBDA: Avez vous encore des contacts politiques avec des personnes qui pourraient reprendre ce dossier?
Nelly Olin: J’ai coupé toute relation avec la politique, j’ai abandonné tous mes mandats du jour où Jacques Chirac a arrêté. Mais ce qui serait intéressant, c’est que nos députés étudient un peu les transcriptions des directives européennes, parce que je suis sûr que la France doit des millions, voir des milliards au jour d’aujourd’hui... et pas uniquement pour les ours, mais pour tous les autres dossiers.

A l’UMP, personne ne bougera en ce moment. Ils sont trop préoccupés à savoir qui va se présenter à la présidence du parti, qui va être candidat aux présidentielles. Il y a une pagaille à l’UMP, je suis catastrophé. Alors ils ne vont pas se lancer dans une histoire pareille…

LBDA: Pour l'ours, l'alternance politique au sommet de l'Etat n'a pas changé grand chose: Nicolas Sarkozy ou François Hollande n'ont pas repris le flambeau de François Mitterand ou de Jacques Chirac. Nicolas Sarkozy à dit à NKM: "Ecoute Nathalie, tu nous emmerdes avec ton ours!" et Ségolène Royal donne sa priorité au pastoralisme, pas à la cohabitation.
Nelly Olin: Au vu du septénnat en cours et du précédent,  je suis extrémement inquiète de ce qui va se passer et du risque d’arrivée au pouvoir du Front National. Le retour de Nicolas Sarkozy ne m’enchante guerre, il va brouiller les cartes de la droite, relancer la guerre des chefs au lieu d’avoir une union de la droite prête au moment des élections présidentielles.

Le gouvernement d’aujourd'hui est, quant à lui, une pénible catastrophe! On a besoin d’une droite modérée, je dit bien modérée, pour faire un grand rassemblement avec un bon et un vrai programme pour battre le Front National. Comme on est parti actuellement, le Front National sera en tête au premier tour, et ça va être affreux.

LBDA: A Bruxelles, lors des réunions sur les grands prédateurs, les participants parlent de "l'exception française".
Nelly Olin: En France, on est devenu un pays de gens contestataires, de gens jamais content. Quand vous voyez, en Espagne, il n’y aucun problème quant à l’ours ! En Italie, vous n’entendez aucun problème quant aux loups ! Ce qu’oublient de dire les éleveurs, et bien évidement je suis très triste quand il y a des dégâts mais, ils oublient de dire qu’on leur a donné des clotûres électriques, des chiens patous et on ne leur demande même plus d’apporter les carcasses des brebis égorgées, on les croit sur parôle…. C’est quand même un sérieux avancement! Le problème c’est aussi qu’il y a de moins en moins de bergers.

LBDA: Le fait que les autres dégâts (chiens errants etc.) ne sont pas remboursés pénalise les grands prédateurs qui deviennent des boucs émissaires.
Nelly Olin : Le système du dédommagement en France est un vrai problème et le sentiment d’impunité sur le terrain est inaceptable, cela rend tout progrès impossible. Je me souviens à Arbas, tous ces maillots noirs, c’était pour moi un grand moment d’émotion. Quand vous discutez avec les gens, que vous les écoutez, que vous passez du temps avec eux, les solutions avancent. A la fin de la fête des automnales, mon départ s’est passé dans un climat sympatique, les éleveurs étaient apaisés, je ne dis pas rassurés mais apaisés, et c’est le dialogue qui permet ça. On doit l’entretenir.

Quand on a réintroduit l’ours, je me souviens de deux contestataires, je me souvient de Lacube, Philippe Lacube avec sa cloche. J’ai traversé la prairie pour aller lui dire qu’il n’avait rien dans le ventre pour se cacher derrière les arbres, et puis l’autre, c’est Bonrepaux. C’était eux qui ont monté tout cela.

LBDA: Sans vous il n'y aurait plus d'ours dans les Pyrénées.
Nelly Olin : Je n'étais pas seule. J’ai eu d’excellents conseillers qui ont attirés mon attention sur des dossiers compliqués comme celui de l’ours et avec qui je suis encore en rapport après dix ans, ce qui prouve qu’on a formé une très bonne équipe. J’ai eu la volonté d’aller de l’avant, de respecter nos engagements internationaux et de faire en sorte que les choses se pasent bien.  Les ministres doivent recevoir les acteurs, et sortir de leurs ministères pour faire du terrain, du terrain et encore du terrain. Quand on ne va pas voir les gens, on ne peut pas leur expliquer les choses et les dossiers n’avancent pas.

Je reste très attentive à ce dossier, saluez les responsables de l’ADET pour moi. Qu'ils n’hésitent pas à m’appeller et si un jour il fallait les soutenir par un écrit1 quelquonque, je le ferai volontiers. Je les soutiendrai toujours.

1) 9 juin 2011 – Dans un communiqué, tous les anciens Ministres de l'Environnement depuis les premiers lâchers en 1996 (y compris Nelly Olin) soutiennent la restauration de la population d'ours dans les Pyrénées. Seule Ségolène Royal qui avait aussi été contactée, n'a pas répondu favorablement à cette demande. On comprend maintenant pourquoi..., elle avait peut-être quelque-chose en vue. Lire : "Un appel des anciens Ministres de l'Environnement en faveur de l'ours des Pyrénées"

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