12 vétérinaires désirent rétablir la verité sur les vautours

Rétablissons la vérité sur les vautours

Lettre ouverte à Jean-Pierre Alzieu (T 81), suite à ses récentes affirmations page 31 de La Semaine Vétérinaire n° 1595 du 5/9/2014, concernant les "attaques " du vautour (Gyps fulvus) sur animaux vivants et en bonne santé. Ubi pecora, ibi vultures.

Par les Docteurs Vétérinaires : Régis Cavignaux (meurthe-et-Moselle), Hélène Chamoux (Drôme), Laurence Crenn (Jura), Fabrice Jallu (Sarthe), Guy Joncour (Côtes d'Armor), Lisa Manetti (Cantal), Pierre Mayaux (Drôme), Marguerite Netchaïeff (Haute-Garonne), Jean-Marie Péricard (Aude), Marie-Pierre Puech (Hérault), Marie Souvestre (Haute-Garonne) et Lydia Vilagines (Ariège)

Brebis-et-vautours
Vautours au milieu de brebis terrorisées
Photo J.Ouilhon

Notre confrère Jean-Pierre Alzieu1 annonce un diagnostic de certitude, illustrant son propos avec des clichés d’une carcasse de brebis présentant des hématomes du tissu conjonctif en région jugulaire basse. Brebis par ailleurs déjà éventrée par un animal charognard, avant une autopsie bien tardive.

En tant que praticiens et cliniciens, nous ne manquons pas de réagir : tout grand canidé, domestique ou sauvage, peut être responsable de ce sinistre, dont le constat, nous le reconnaissons, peut excéder un éleveur, berger ou non. Ensuite, les vautours ont fait leur “métier” d’équarrisseur naturel sanitaire et à prix coûtant, soit gratuitement.

Les supposées attaques rapportées en Ariège concernent une zone où les vautours ne nichent pas, où ils sont encore méconnus et à ce titre des boucs émissaires confortables.

Notre consoeur, le Dr Lisa Manetti (Saint-Flour, Cantal) a traité ce sujet des attaques supposées par le vautour dans sa thèse. Bien sûr, le Livre Blanc de la FNC sur les grands prédateurs et quelques fédérations départementales des chasseurs et responsables de syndicat agricole n’arrivent pas aux mêmes conclusions. Il est vrai que leur argumentation alarmiste ne participe pas d’un débat serein : suite à la consommation partielle, par des vautours, d’alpinistes pyrénéens imprudents, morts après des chutes de plus de 100 m, les journaux ont titré2 : « Les vautours s’attaquent à l’homme »…

Les constats sont les suivants

LSV-1599-214-10-3* Les mortalités naturelles d’ovins en estive montagnarde se situent entre 2 à 5 %. Sans compter les affections de type entérotoxémies, les fulgurations, les intoxications végétales, les attaques de chiens fugueurs, les chutes de pierres ou dérochages naturels.

* Les attaques de chiens sont nombreuses: une enquête nationale vétérinaire (110 réponses) estime à 300.000 à 400.000 ovins détruits de cette façon, en 2002. Hypothèse très sous-estimée. Ces sinistres ne sont pas anecdotiques. Tout praticien mixte le sait au vu de nombreux constats pour les assurances.

* Nous constatons, en pratique ovine, la présence de brebis grabataires gardées en vie jusqu’au passage de l’expert-DDE « pour bénéficier des primes PAC et de montants compensatoires ». Nos éleveurs l’avouent.

Il est fondamental de rappeler qu’en matière d’expertise, le praticien ne doit pas être lié au plaignant sinistré, afin de ne pas la disqualifier. Et se disqualifier…

Alors halte aux idées préconçues et fantaisistes

* Les vautours ne sont pas des prédateurs. Le seul changement éthologique qu’on puisse leur accorder: s’approcher plus qu’avant des animaux domestiques et des bergeries, lorsqu’on les a “affamés” en 2000 en Aragon et en Navarre, à l’arrivée de l’équarrissage industriel. De plus, ils ne craignent pas l’homme. D’où la proposition d’un outil prophylactique bien discutable : l’effarouchement légalisé par tir « en hauteur ». Le tir ne risque-t-il pas de s’abaisser avec une aisance vengeresse?

* Les vautours ne pullulent pas : ils ont quasiment disparu de France aux xixe et xxe siècles, victimes d’empoisonnement, de tir, de désairage, de modifications des pratiques agricoles (notamment avec la règlementation de l’équarrissage).

* Ils ne sont pas des vecteurs potentiels de pathologies partagées. Les références bibliographiques sont irréfutables.

Les vautours assurent un service de nettoyage

Les vautours assurent un service de nettoyage et d’équarrissage efficace, naturel et gratuit qu’il ne faut pas négliger en cette période d’échauffement du climat (et des esprits !). Soyons lucides sur ce qu’est le circuit actuel du traitement des carcasses et des déchets d’abattoirs : les études chiffrées et comparatives des processus actuels d’équarrissage industriel versus l’équarrissage naturel via les nécrophages plaident très largement en faveur de ces derniers, que ce soit d’un point de vue économique ou environnemental.

Les vautours, à nouveau dans le paysage français des vétérinaires et paysans du xxie siècle, ne sont ni exotiques, ni étranges, ni étrangers, ni un nouveau danger mais procédant bien d’un service écosystémique annulé pendant 100 ans.

Nous avons tout à gagner à mieux comprendre les vautours, pour notre bonne santé économique et physique.

Source : La semaine vétérinaire n° 1599 du 3 octobre 2014, page 9, www.lepointveterinaire.fr

(1) NDLB : Directeur du Laboratoire Vétérinaire Départemantal de l'Ariège 09

(2) NDLB: C'est Louis Dollo qui, une fois de plus, est à l'origine de la rumeur.  Le journal Sud-Ouest écrit le 3 mai 2013 : "C’est le site Internet Kairn.com qui a dévoilé mardi que les vautours se sont attaqués au corps d’une randonneuse accidentée en montagne, il y a 15 jours à Larrau.) . La page "Vautours" du site personnel de Louis Dollo comprend des titres comme :

  • "Les vautours s'attaquent au corps d'une accidentée en montagne dans les Pyrénées atlantiques",
  • "Quand les vautours se transforment en fauves",
  • "Le vautour fauve : ennemi public n°1",
  • "Les vautours mangent aussi les vivants",
  • "Charognards ou assassins? L'attaque des vautours mutants ".

Un bon exemple de ce que j'appelle à la Buvette, "Stratégie - générer la peur"

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Vautours: Stratégie du "changement" de comportement et conflit d'intérêts

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