Un vétérinaire controversé qui fait réagir ses pairs

Le moins que l'on puisse dire c'est que "l'expertise" réalisée en 2014 chez Christain Derramond par Jean-Pierre Alzieu ne fait pas l'unanimité !

On est loin de la "validation par un collège scienfique, au plan national" réclamée par l'Inspecteur Général de Santé Publique Vétérinaire, Éric Fouquet, à la tête du groupe "vautours", groupe de 4 experts mis en place conjointement par le Ministère de l'Agriculture et celui de l'Ecologie pour étudier le cas de ces charognards prétendument devenus scientifiquement déviants.

Devant la justice

Le dossier de justice de Christian Derramond contient une lettre d’un confrère de Jean-Pierre Alzieu, Directeur du laboratoire Vétérinaire Départemental de l’Ariège. Pour des raisons bien compréhensibles, l’auteur restera anonyme ici.

Lui aussi clinicien et expert y parle de “suspicion d’actions lobbyistes multidirectionnelles (FNSEA, FNC)” et  de “conclusions imprudentes et hâtives”. “Des renseignements pris in situ signalaient des hématomes diffus évoquant des chutes.” Lui qui est également expert auprès des assurances, insiste “sur le fait qu’il était ABSOLUMENT nécessaire que celles-ci (NDLB : les autopsies) soient réalisées par des vétérinaires sans collusion d’intérêts avec le(s) plaignant(s).“

Dans la presse

A la suite de cet article d’Ariègenews (Tribunal correctionnel de Foix: procès pour avoir tué un vautour, une tribune pour l'agriculteur et son avocat), Guy Joncour, vétérinaire laisse au journal le commentaire suivant... 

« Populisme et chasse aux boucs-émissaires confortables. C'était plutôt au Dr Vétérinaire ALZIEU d'être à la barre, pour avoir mis le feu sur l'Ariège et Foix, dans un contexte agricole de sinistrose et où les vautours -ni les écolos- ne sont pour rien.  Les Vautours n'ont pas "évolué", comme l'a déclaré l'éleveur (tirer avec un silencieux est un comble pour EFFAROUCHER). Ils ne nichent pas en Ariège, n'y ont pas été réintroduits, pas plus qu'ailleurs en Pyrénées.

Certains lobbyistes donnent des arguments à leurs détracteurs en chasse de compensation financière aux insuffisances "sanitaires" de certains éleveurs. La loi est la loi. Mais dommage : elle n'est pas la même pour les autres, dont NIMBUS (NDLB: Une allusion à un propos de Me Dedieu au procès Derramond). Ceux qui mettent le feu en campagne et ailleurs devraient aussi être condamnés. Ils le sont déjà par leurs pairs (lisez la prochaine "SEMAINE VETERINAIRE" du n° 1599 du 02/10/2014, page 9. Vous comprendrez mieux.

Signé : Un vétérinaire de campagne qui connaît bien Alzieu, les vautours, les éleveurs et leurs problèmes, les moutons aussi et les sinistres qu'ils subissent. »

Un article de la Semaine Vétérinaire dans lequel intervient Le Dr Alzieu

LSV-1595-214-09-5
La Semaine Vétérinaire
n°1595 du 5 septembre 2014

Suite au propos du Dr Guy Joncour, la Buvette s’est donc s’intérêssée à "La Semaine Vétérinaire". Ainsi le 5 septembre 2014, dans le numéro 1595 de cette revue professionnelle, on découvre un dossier sur les prédateurs. L'auteur, Serge Trouillet, évoque “La polémique : les vautours, des charognards devenus prédateurs?

Dans cet article (dont je n'analyse que la partie "vautours"), Jean-Pierre Alzieu, Directeur du Laboratoire Vétérinaire de l’Ariège raconte :

J’ai eu la chance que les éleveurs s’en aperçoivent rapidement. J’ai pu pratiquer les autopsies avant que les cadavres n’aient été complètement nettoyés. En tant que directeur du laboratoire départemental, je n’ai pas vocation à instruire un dossier à charge. Je décris ce que je vois. J’ai transmis mon rapport aux autorités compétentes, qui m’ont attesté le prendre très au sérieux, dans l’attente d’une confirmation de mon interprétation, elles ont requis des analyses complémentaires.”

Les déclarations de Jean-Pierre Alzieu, ainsi que les autopsies qu'il a réalisé à cette occasion "à la demande du GAEC Derramond" ont provoqué une réaction de plusieurs vétérinaires... 

Le 2 octobre 2014, un mois après, dans son n° 1599, la Semaine Vétérinaire publie (page 9) cette réaction, l’article évoqué par le Dr Guy Joncour dans son commentaire à l’article d’Ariègenews. Douze vétérinaires de toute la Franc écrivent une lettre ouverte à Jean-Pierre Alzieu, à la suite de ses affirmations concernant les attaques de vautours sur des animaux vivants et en bonne santé. 

Je remercie la Semaine Vétérinaire qui m'a gracieusement autorisé à reproduire cette page où ces vétérinaires désirent "rétablir la vérité sur les vautours".

Pour ces 12 vétérinaires, après avoir analysé l'expertise du Dr Alzieu et la photo publiée dans le n° 1595 de la revue :  “tout grand canidé, domestique ou sauvage, peut être responsable de ce sinistre.” Ils établissent plusieurs constats :

  • Les mortalités naturelles d’ovins en estive montagnarde se situent entre 2 à 5 %.
  • Les attaques de chiens sont nombreuses
  • La présence de brebis grabataires gardées en vie jusqu’au passage de l’expert-DDE « pour bénéficier des primes PAC et de montants compensatoires »

Eux aussi estiment qu' “Il est fondamental de rappeler qu’en matière d’expertise, le praticien ne doit pas être lié au plaignant sinistré, afin de ne pas la disqualifier. Et se disqualifier…” avant de dénoncer “les idées préconçues et fantaisistes”. Ils affirment : “Les vautours ne sont pas des prédateurs, ne pullulent pas et  ne sont pas des vecteurs potentiels de pathologies partagées.

Cette page fera l'objet de la note suivante de cette enquête.

On le voit, l'expertise réalisée en 2014 par le Dr Alzieu "à la demande du GAEC Derramond" est contestée aussi bien sur la forme (le conflit d'intérêts) que sur le fond (ses conclusions) sur base du texte et de la seule photo publiée, ce qu'ils dénoncent..., sans pouvoir contre-expertiser. C'est bien pratique pour le Dr Alzieu et ceux qui attendaient son "expertise"...

oOo

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Vautours: Stratégie du "changement" de comportement et conflit d'intérêts

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