L'expertise du Dr Alzieu

Parler d’ "intervention ante-mortem" des vautours ne fait pas d’eux des "prédateurs". Ils peuvent "intervenir" sur des animaux moribonds avant leur mort , c’est un comportement normal de leur part, mais les vautours ne peuvent pas "mettre à mort" un animal en pleine santé, ils ne sont pas des  prédateurs. 

Que faut-il penser de l'expertise du Dr Alzieu ? Deux vétérinaires interviewées par la Buvette ne partagent pas ses conclusions. 

La Buvette des Alpages a eu accès aux documents suivants:

  1. Le "Rapport d'examens nécroscopiques d'agneaux et de la visite d'élevage du 4 aout 2013 du GAEC Derramond, 09120 Saint-Félix-de-Rieutort" rédigé par le Dr Jean-Pierre Alzieu, Directeur du LVD09 le 7 août 2013. (Entête du CG09),
  2. Le "Compte-rendu d'autopsies des brebis du GAEC Derramond les 7 et 8 juin 2014 à Saint-Félix-de-Rieutort (09120) - Contexte d'intervention de vautours". 
  3. La lettre du Dr Pierre Bontour à Madame la Préfète de l'Ariège du 7 août 2013 à propos du rapport d'autopsie et de viste d'élevage du Dr Jean-Pierre Alzieu. 
  4. La "Synthèse des interventions “vautours” de l’ONCFS en Ariège 2009-2013" (+ bilan actuel 2014)

Commentaires de la Buvette

Nous ne sommes pas vétérinaires, nous n'avons donc pas d’avis sur les aspects techniques ou professionnels des "expertises” du Dr Jean-Pierre Alzieu, mais la lecture des documents suscite quand même quelques commentaires et questions.

Sur l'expertise Alzieu du 7/8/2013

Remarques et questions de la Buvette des Alpages :

  1. Liste des destinataires de l'expertise "normale": les 2 destinataires font partie de la DDCSPP de l'Ariège. Il n'y a pas de destinataires "sensibles" comme pour l'expertise 2014. Rien à signaler donc.
  2. Affirmation non vérifiée/vérifiable mais symptomatique d'une avis pré-conçu : Le Dr Alzieu écrit : "D'après les commémoratifs recueuillis, peu après le début des agnelages, la famille Derramond eut la surprise de constater la venue régulière en nombre de corvidés et de rapaces diurnes qui, outre la panique semée dans le troupeau, a été la cause de l'agression des agneaux (et de quelques brebis), avec a minima disparition et/ou mortalité de 50 agneaux." Les conclusions sont affirmatives : "a été la cause". Or, c'est dégâts-là, il ne les a pas expertisés...
  3. Question: Des corbeaux et des milans font-ils disparaître des agneaux entièrement? Quel prédateur a 2 ou 4 pattes serait susceptible de « faire disparaître » des agneaux ? 
  4. 5 agneaux ont été prélevés sur 50. Selon quels critères?
  5. Lieu d'analyse incongru: Pourquoi les 5 agneaux morts ont-ils été "déposés à ma demande (NDLB: C'est le Dr Alzieu qui écrit) dans les locaux d'autopsie de la Fédération des Chasseurs de l'Ariège à Foix" alors que le Laboratoire Vétérinaire Départemental (LVD) dispose de son propre laboratoire et que le labo de la FDC09 "à la charge de l’enquête sanitaire sur le gibier suspect rapporté par les chasseurs, avant le passage par le centre d’équarrissage - (Source). Pour nous, les agneaux ne sont pas du gibier.
  6. Connaissances ornithologiques limitées : Les connaissances ornithologiques du Dr Alzieu nous semblent un peu... limitées pour ne pas dire limites! :"Durant mon intervention du 4 août 2013 de 11h30 à 13h30, j'ai pu observer la présence permanente de 2 à 3 grands rapaces diurnes, variant d'altitude et descendant par instants pour se rapprocher du troupeau (Je n'ai pas fait la diagnose d'espèce)." En deux heures d'observation, il n'y a pas eu identification. Ailleurs, il parle de "serres" pour les vautours qui n'ont pas de serres...

Sur l'expertize Alzieu 2014 du 10/06/2014

Remarques et questions des auteurs :

  • Intervention-probable
    "Intervention probable"
    Le Dr Alzieu n'est pas mandaté et preste pour son client : Le Dr Alzieu écrit : "Je soussigné (...), certifie m'être rendu à la demande du GAEC Derramond...". C'est donc le client qui appelle son vétérinaire. Le Dr Alzieu n'est en rien mandaté par une autorité. Il sait parfaitement qu'il a été le vétérinaire de cet élevage pendant des années. On le montrera plus tard dans cette enquête.
  • Pourquoi des copies du rapport sont-elles envoyées à Mme la préfète, mais aussi à Augustin Bonrepaux, Président du Conseil Général de l'Ariège, et à François Toulis, Président de la chambre d'agriculture de l'Ariège? Sont-ce des pratiques habituelles ou douteuses ?
  • Sinon, pourquoi pour cette expertise-là justement (celle qui aura une influence considérable sur la décision de Mme la préfète de l'Ariège pour la mise en place de l'effarouchement des vautours dans ce département. Il ne l'a pas fait pour son expertise de 2013, moins génératice d'un scoop! Deux hypothèses :
    • Est-ce le "climat ambiant de vulturophobie" qui le pousse à informer son supérieur (Bonrepaux) du déroulement de sa "découverte scientifique" ou de leur projet d'apporter enfin la preuve que le milieu pastoral attend voire demande?
    • Est-ce la proximité du procès Derramond, l'envoi d'un leurre ? Et si cette brebis était une manipulation ? Une déchirure atypique de la peau en zone jugulaire qui évoquerait un coup de bec. Tout ça à quelques jours du procès de l'éleveur, devant la présidente de la FDSEA? On n'a pas de preuve mais on a un mobile.
  • Alors que le Dr Alzieu va utiliser cette "expertise" comme preuve dans la presse, la page de garde est barrée en grand du titre "Contexte d'intervention probable ante-mortem de vautours". Une probabilité dans le rapport, une certitude dans la presse. cela manque pour le moins de rigueur scientifique !

Interview croisée de Laurence Crenn et Véronique Zenoni, vétérinaires, à propos de l’expertise 2014 du Dr Jean-Pierre Alzieu 

Les faits

Dans son rapport d’expertise 2014 au GAEC Derramond, Jean-Pierre Alzieu écrit :

A propos de son arrivée sur les lieux:

« Je me suis rendu à la demande du GAEC Derramond au lieu-dit « Belgrand » vers 17h10, où étaient déjà présent plusieurs collaborateurs de M. Derramond, 3 agents de l’ONCFS de l’Ariège et 2 gendarmes de la Brigade de Gendarmerie de Valrilhes. Les deux gendarmes arrivés les premiers sur les lieux, ont pu photographier les vautours fauves en action sur deux des trois cadavres recensés sur les lieux. Les agents de l’ONCFS avaient déjà fait les premières constatations d’usage et pelé une des brebis pour l’examen interne et externe de la peau. »

A propos des deux brebis expertisées:

« Il m’a été possible d’examiner le peu qu’il restait de deux brebis tarasconnaise (...) en effet, outre la peau qui avait été minutieusement séparée du tronc par un des agents de l’ONCFS, seuls restaient les deux squelettes dans leur totalité, dépourvus de toutes les masses musculaires et de tous les organes sauf le rumen (ou panse), hormis une partie du gigot droit et de l’épaules (muscles encore bien rose et frais) sur la brebis 20545. »

(...) « La peau des brebis (...) présentaient en face interne, une forte zone de congestion et quelques suffusions (hémorragies) principalement dans la zone correspondant au haut de la cage thoracique et des épaules et à la région cervicale. »

Les conclusions du Dr Jean-Pierre Alzieu:

"Il s'agit en la matière, d'un témoignage documenté du passage possible de la stratégie d'attaque post-mortem lié à la fonction de charognard usuellement reconnue au vautour à celle très préoccupante de prédateur, en relation avec des possibilités "d'intervention ante-mortem" (terme "politiquement correct" et consacré par l'usage utilisé jusqu'ici pour désigner l'intervention possible de vautours avant la mort d'un sujet dans ce type d'expertise. Il ne nous appartient pas ici d’évoquer la cause de ce changement ou évolution de comportement. »

Les conclusions des agents de l’ONCFS

Le rapport complet des agents de l’ONCFS n’a pas été publié, et c’est dommage. Par contre on en retrouve un résumé dans le document « Synthèse des interventions vautours de l'ONCFS en Ariège 2009-2013 » qui comporte aussi le bilan actuel des interventions de 2014.

« Le  07  juin, intervention sur Saint-Félix-de-Rieutord sur l'exploitation de Monsieur DERRAMOND Christian. Intervention déclenchée par l'appel de la brigade de Gendarmerie de Varilhes. Arrivée du Laboratoire départemental 09 (JP ALZIEU) à notre départ. 4 bêtes examinées, deux fraîchement mortes présentant des hématomes importants sur la face interne de la peau. Une présentant une plaie cicatrisée sur la croupe sans incidence sur la santé de l'animal et une à l'état de squelette totalement consommée.

A l'issu, nous pouvons admettre que les dommages ont été réalisés à trois périodes différentes. Les hématomes ne sont pas associés à des perforations et sont de tailles importantes traduisant un impact violent sur les 2 animaux. Pas de témoin permettant de valider l'implication des vautours sur ces pertes. »

Remarques

A propos des expertises: Les agents de l'ONCFS ont réalisé l'autopsie de 4 brebis le samedi 7 juin 2014 (2 brebis avec des hématomes, 1 brebis avec des plaies cicatrisées sur la croupe et 1 brebis réduite à l'état de squelette). Le Dr Alzieu ne se prononce pas sur ces autopsies, tout juste dit-il que la brebis qui a des lésions sur la croupe peut être interprétée en relation avec la brebis qu'il a lui-même autopsiée longuement le lendemain, le dimanche 8 juin 2014 (ayant le même type de lésions), en l'absence des agnets de l'ONCFS.  On ne peut donc pas opposer les conclusions de l’ONCFS à celles du Dr Alzieu car elles ne concernent pas les mêmes brebis.

A propos des conclusions du Dr Alzieu: Il s'agit de la reprise en continu de ce qui est écrit dans le rapport. La structure du raisonnement est révélatrice :le début du paragraphe, que le cerveau oubliera vite, commence par une hypothèse ("passage possible..."), et se termine par une affirmation. Le changement semble acquis, seule la cause de ce « changement ou évolution de comportement » reste à étudier...par d’autres. Or avant de s’interroger sur les causes d’un changement qui reste très hypothétique, ce serait bien d’avoir des certitudes sur la réalité de ce changement !

Interview

Photo-alzieu-expertise-2014
Photo J.P. Alzieu

 

La Buvette des Alpages (LBDA) : Outre ces vidéos, une seule photo prise par le Dr Alzieu est disponible. Elle a été publiée par « La Semaine Vétérinaire ». Laurence Crenn, que pensez vous de cette photo ?  (Voir la note La semaine vétérinaire se penche sur les vautours).

Laurence Crenn : « Je ne vois pas en quoi cette photo apporterait la démonstration du caractère « prédateur » des vautours. Elle peut tout aussi bien évoquer la morsure d’un canidé. 11 autres vétérinaires se sont exprimés de la même manière dans un communiqué commun. »

LBDA : Quand le Dr Alzieu est arrivé, les agents de l’ONCFS avaient terminé leur expertise...

LC : « Oui, le samedi 7 le Dr Alzieu repasse derrière l’ONCFS, mais dans son rapport il ne remet pas en cause leurs conclusions. Il insinue seulement que les lésions de la croupe sont du même type que celles retrouvées sur la brebis autopsiée le 8, et qui lui évoque des griffures par les vautours»

LBDA : Lors d’une autre expertise que le Dr Alzieu avait déjà effectué sur ce même élevage en 2013, il parle pour un agneau de « lésions étendues évoquant un trauma puissant ». Il y suspectait des « trauma auto-appliqués par fuite et apeurement (sur clôtures, arbres etc), soit comme décrit par l’éleveur, un trauma observé sur des sujets soulevés puis relâchés (par les rapaces en particulier), avec un impact sévère à la réception au sol ». Mais ici, il ne s’agit pas d’un agneau léger, « d’une vingtaine de jour », mais de brebis adultes! Les vautours avec leurs pattes "de poulets" ne sont pas capables de soulever des brebis... ni même des agneaux légers !

Malgré ce que jean-Pierre Alzieu écrit (Note : « Sélection photographique concernant les dégâts subis par le cheptel ovin du Gaec Derramond les 7 & 8 juin 2014. Contexte d’intervention probable ante-mortem de vautours ».), personne à ma connaissance n’a trouvé de photos adossées à son rapport. Plusieurs personnes que j’ai contacté voudraient analyser les photos prises par le Dr Alzieu mais ont beaucoup de mal à les obtenir... Cela ne permet pas à d’autres experts de donner un avis complet et éventuellement de contredire les conclusions du Dr Alzieu et rend son expertise suspecte.

Véronique Zenoni, vous avez été en charge du dossier pour le Groupement technique vétérinaire des Pyrénées-Atlantiques de 2003 à 2010 et avez mis en place le protocole d'expertise utilisé dans ces départements de 2007 à 2009. Vous êtes aussi intervenue pour des formations dans les Cévennes et dans les Alpes.

Véronique Zenoni : « Suite à la diffusion sur France 3 le 9 juin 2014 d'un reportage relatant la mort de 4 brebis par attaque de vautours, j'ai pris contact avec mon confrère le Dr Alzieu. Il m’a permis de consulter des photos en ligne. Suite aux indications qu'il m'a données je lui ai fait part de mon avis :

  • A propos des « traces de serres de vautours sur le dos des brebis », je lui ai expliqué que les vautours n'ont pas de serre mais des doigts pourvus de griffes, comme les dindons. Les vautours ne se servent de leurs pattes que comme point d'appui.
 J’ai décrit la forme en "V" caractéristique des traces de bec de vautours.

  • Dans le cadre des expertises et des constats que j’ai réalisé dans les Pyrénées Atlantiques et dans les Hautes-Pyrénées, je lui ai exposé que quand plusieurs brebis étaient retrouvés mortes ou blessées, c’est qu’un autre facteur avait permis l'intervention des vautours : soit un problème alimentaire ayant entrainé une série d'entérotoxémie, une maladie pouvant évoluer rapidement vers la mort et concerner plusieurs animaux, soit une attaque de canidé.

Dans ce cas d'Ariège, la piste d'une attaque de chien me semble à privilégier et ce malgré la présence d'un patou. Un chien a pu attaquer les brebis et ensuite être chassé par le patou, ce qui fait que l'on ne retrouve pas toutes les caractéristiques d'une attaque de chien traditionnelle (attaque interrompue) mais que l'on retrouve des plaies à la gorge qui ne sont absolument pas caractéristiques d'une intervention de vautour.

LBDA : Dr Zenoni, votre hypothèse selon laquelle la présence de plusieurs brebis mortes est un signe d’une autre cause de mortalité correspond aux constatations de terrains de l’ONCFS. Dans la « Synthèse des interventions “vautours” de l’ONCFS en Ariège 2009-2013 », qui rassemble les interventions du service départemental de l’Ariège relatives aux constats sur bêtes mortes pour lesquelles l’implication des vautours fauves est mise en cause par les différents requérants, l’ONCFS remarque que « dans 60% des cas, le nombre de bêtes par dossier est de 1, et dans 30% des cas de 2. Un seul cas est en dehors de cette constatation, et a concerné 5 animaux ». C’est justement le cas expertisé par le Dr Alzieu chez Derramond à St-Félix-de-Rieutord.

Des vautours qui tuent 5 brebis "en pleine forme" et en utilisant 2 méthodes différentes : le tranchement de la jugulaire (En vol? Au sol? On ne sait pas?) et en leur donnant des “chocs violents” causant des "hématomes sous cutanés"… (Des vautours casqués? Des plaquages comme au rugby?) Ce n'est plus un cas exceptionnel, c'est vraiment incroyable!

Autre anormalité : dans ce rapport, l’ONCFS constate que depuis 5 ans, la période où ils ont du intervenir est limitée à de début mai à début août, ce qui correspond à la période des agnelages et des vêlages, moment où les bêtes sont parfois en difficultés. En acceptant l’hypothèse du Dr Alzieu, à savoir que les vautours auraient changé de comportement, on constaterait alors qu’en dehors de cette période, ils retrouveraient leur comportement normal de charognards et qu’ils n’auraient plus besoin "d'attaquer", de faim, des brebis en parfaite santé. Cela montre bien que la théorie du changement de comportement (saisonnier) est peu crédible et explique bien pourquoi le Dr Alzieu est jusqu’à présent le seul scientifique à défendre son hypothèse... fantastique.

V.Z. : “J’ai retrouvé les vidéos où l’on voit le Dr Alzieu sur l’exploitation de Christian Derramond…”

1) “Les vautours, nouveaux ennemis des bergers des Pyrénées. Dans l'Ariège, des éleveurs assurent que ces oiseaux attaquent leurs cheptels1.


 

2) Une légère variante2 : “Le vautour : nouveau prédateur en Ariège. Pour la 1ère fois, les autorités s'emparent du dossier et prennet très au sérieux ce nouveau phénomène d'attaques sur des animaux vivants. Ces 2 derniers jours, 3 brebis ont été retrouvées mortes dans le même secteur.” 

LBDA : « Dans les vidéos, Jean-Pierre Alzieu parle effectivement de « serres ». Les vautours n’ont pas de serres, ça me surprend pour un "expert". Déjà dans son expertise de 2013, il écrit qu’en deux heures d’observation des rapaces, il n’avait pas identifié les espèces qu’il observait... »

Notez que cela n'a pas échappé à un lecteur qui commente :"C'est étonnant, sur toutes les photos de vautours on ne voit jamais une tache de sang sur la tête et le cou. Même en pleine curée. Un animal vivant ça saigne. Il faudra m'expliquer comment un vautour peut "attaquer" à la gorge un animal en bonne santé: il s'est jeté dessus la retourné d'un coup d'... aile puis a donné un "coup de bec". Pour infos le bec d'un vautour est crochu au bout et il ne peut qu'arracher la chair n'ayant pas les bords tranchants. Un coup de bec ne peut pas provoquer de plaies. De plus les "serres" de vautours sont plus proches des pattes de poulets que des serres d'un aigle. Un vautour pèse entre 6 et 9 kg, une brebis en pèse minimum 50 si en bonne santé..."

LBDA : Jean-Pierre Alzieu semble avoir un comportement assez « excité » dans ce reportage à chaud, il a l’air emballé par ses conclusions. A t-il pris assez de recul pour expliquer son expertise ?  En tout cas, peut-être suite à vos explications, le Dr Alzieu a corrigé ses dires dans son rapport « Contexte d’intervention probable ante-mortem de vautours » Il ne dit plus, comme sur la vidéo ou dans les articles de presse : "Sur toute la brebis, sur le dos, il y avait des traces de serres qui se sont faites ante mortem, avec beaucoup de coups sur la nuque” mais parle de « lacérations cutanées » et de « griffures ». L'avantage des termes « griffures » et « lacérations », c'est que même un dindon peut en faire. Donc pourquoi pas un vautour fauve? Mais revenons à cette brebis à la jugulaire tranchée...

L.C. : « Si on se base sur les informations du rapport du Dr Alzieu, il semblerait que cette brebis ait succombé à une lésion de type « hémorragie » (marre de sang retrouvée à proximité, collection sanguine à l’entrée de la poitrine, congestion pulmonaire), l’hémorragie prenant sa source au niveau de la zone jugulaire.

Une « attaque » en région jugulaire, c’est assez typique des techniques des canidés qui étouffent ainsi leur proie (par compression de la trachée), voire sectionnent des vaisseaux sanguins (artères ou veines) en même temps.

En fait, parler de lésions hémorragiques en région jugulaire renvoie forcément vers cette idée de « mise en mort » et le pas semble vite franchi par le Dr Alzieu pour dire que cette mise à mort est imputable aux vautours.

Il me semble cependant difficile de conclure à une « attaque prédatrice » des vautours sur la seule base de cette autopsie sur laquelle plane des zones d’ombre (zones d’ombre qui pourraient être éventuellement éclaircies si on pouvait obtenir les clichés d’autopsie de cette brebis).

Pour moi, d’autres hypothèses sont possibles :

  • Attaque de canidé, pourquoi pas ? Je ne vois pas en quoi la lésion jugulaire exclue cette hypothèse, au vue de la photo dont nous disposons.
  • Un traumatisme autre. Rappelons que la veille de l’autopsie de cette brebis, au moins 2 autres brebis fraîchement mortes présentaient des lésions traumatiques hémorragiques. Cette brebis a pu présenter aussi un traumatisme, qui ne soit pas nécessairement immédiatement mortel, et que les vautours aient commencé leur travail d’équarrissage sur cette bête moribonde avant sa mort ("ante mortem"), comme cela arrive parfois. Rappelons que cette brebis était partiellement consommée par les vautours avant son autopsie et qu’un traumatisme autre que celui de la région jugulaire pouvait être présent ailleurs, dans une région déjà consommée par les vautours.

Je tiens cependant à rappeler qu’en l’absence de photos de cette autopsie, il m’est difficile d’apporter un éclairage plus précis ».

Quoi qu’il en soit, en faisant une autopsie, un vétérinaire va faire des constatations, et tâcher de faire « parler » ces constations pour en tirer des hypothèses, parfois plusieurs, parfois contradictoires, en fonction de ses connaissances.

Dans le cas de cette brebis je pense que plusieurs hypothèses sont possibles. Celle d’une « prédation » par des vautours attrapant avec leurs pattes une brebis vivante et lui sectionnant la carotide et la jugulaire est, selon moi, bien loin dans la liste, les vautours n’étant pas équipés (anatomiquement et comportementalement parlant) pour ça.

Derramond-Alzieu
Jean-Pierre Alzieu
et Christian Derramond

D'autre part, il est primordial d'être impartial. Il ne faut pas que l’expert ou le vétérinaire connaisse bien l’éleveur ou qu’il aie des rapports « d’affaires », que l’éleveur soit son « client » ou son « ami» ce qui constituerait un conflit d’intérêts. »

LBDA : Le problème avec l’expertise de Jean-Pierre Alzieu, c'est le conflit d’intérêts. Il connaissait Christain Derramond depuis longtemps, ce qui rend son expertise caduque. Et s'il y a conflit d'intérêt, peu importe ce que continet son rapport: il est caduc ! Nous allons aborder beaucoup plus en détails le conflit d'intérêts dans la suite de cette enquête.

Le Dr Alzieu parle parfois de « compte-rendu d’autopsies », de « rapport d’examens nécroscopiques d’agneaux », et dans la presse « d’expertises vétérinaires ». Quelles différences ?

L.C. : « Les rapports d'Alzieu sont des expertises qui ne disent pas leur nom, mais c'est une nuance de taille qu'il faut bien saisir : ses rapports sont des rapports d'autopsie (c'est ainsi qu'il les nomme et c'est bien pratique pour lui car s'il avait mis "expertise" il était plus facilement attaquable vu son conflit d'intérêt). Mais cependant, il va bien au-delà d'un simple rapport d'autopsie puisqu'il en tire des conclusions qui sont des interprétations... et ça, ça relève (à mon sens) de l'expertise. Chez moi, les compte-rendus des LVD lors d'autopsies sont beaucoup plus "factuels".

Ensuite, un apport d'autopsie-pseudoexpertise sans photo... ce n'est pas très professionnel. Un rapport d'autopsie digne de ce nom est accompagné des clichés photographiques qui illustrent le propos au fur et à mesure de son développement.

Pourquoi les photos sont-elles à disposition pour ceux qui le veulent les voir et non pas jointes ? Pourraient-elles se montrer compromettantes pour son rapport et que ceux qui connaissent un peu les autopsies pourraient aisément démonter ses conclusions? Mais sans ces photos, il ne reste plus qu'à croire les propos du Dr Alzieu sur paroles, et c'est ce que feront tous ceux que ça arrange mais aussi tous ceux qui n'ont pas les connaissances pointues nécessaires pour remettre en cause son autopsie et poser un œil critique dessus (je pense par exemple aux journalistes qui doivent avoir des infos rapidement et prendront effectivement ça comme du pain béni). »

LBDA : C’est ce que la presse a fait.

L.C. : « Bilan : le Dr Alzieu a mis à disposition de tous un rapport qu'il faut croire sur parole... en omettant les photos qui permettraient d'apporter un regard critique dessus.

J'ai une autre chose à rajouter. Dans son article dans la Semaine Vétérinaire, le Dr Alzieu dit : «  en juin dernier, j’ai démontré avec une observation extrêmement documentée (…) qu’en l’espace de deux jours, des vautours étaient intervenus sur un troupeau sédentaire dans le Piémont Pyrénéen. Ils ont attaqué des brebis gravides de trois ou quatre mois, qui n’avaient pas de maladie interférente, ni infectieuse ni parasitaire »

Il va dans ce texte bien plus loin que dans ses rapports. Oui les vautours sont "intervenus" deux jours de suite : le premier jour sur des brebis mortes de traumatisme (2 ou 3) pour lesquelles l’ONCFS n’a pas retenu l’implication des vautours qui étaient là simplement en tant qu’équarriseurs, et le deuxième jour sur cette fameuse brebis avec des lésions jugulaires pour laquelle on ne peut pas exclure qu’elle ait succombé pour les mêmes raisons que ses congénères la veille.

Il n’y a pas besoin de "démontrer" que des vautours sont intervenus, il suffit d’être là et de le constater. C’est autre chose de parler "d’attaque" à le seule vue d’une brebis déjà bien consommée et pour laquelle d’autres causes de mortalité sont possibles que les maladies ou le vautour ».

Notes

  1. http://www.francetvinfo.fr/animaux/video-les-vautours-nouveaux-ennemis-des-bergers-des-pyrenees_626827.html
  2. http://france3-regions.francetvinfo.fr/midi-pyrenees/2014/06/09/le-vautour-nouveau-predateur-en-ariege-495087.html

Photo: J.P. Alzieu, LVD09

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Vautours: Stratégie du "changement" de comportement et conflit d'intérêts

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