Le point sur la filière ovine Octobre 2014

C’est parmi les régions où vivent les grands prédateurs que les effectifs ovins résistent le mieux.  Signe que déclin avéré ou reprise hypothétique de l’élevage ovin dépendent de bien d’autres paramètres que l’absence ou la présence de quelques loups, lynx ou vautours fauves. Ces autres paramètres sont juste un peu moins médiatisés, c’est tout…

Préambule

Chaque année, le Service de la Statistique et de la Prospective (SSP) effectue une enquête cheptel destinée à déterminer les évolutions d’effectif concernant les différentes filières d’élevage.

Cette étude représente l’ossature de la publication annuelle de l’Institut de l’Elevage intitulée :
 Chiffres clés 2014, productions ovines lait et viande1, dont la dernière mouture, portant sur l’année 2013, a été mise en ligne fin septembre. Cette publication existe également pour d’autres filières d’élevage.

Les habitués de la Buvette remarqueront une forte ressemblance avec une note portant le même nom, mise en ligne il y a environ un an. Il s’agit en effet surtout d’une mise à jour en fonction des données les plus récentes.

Des changements dans la mise en forme du document source tendent à compliquer les comparaisons dans le temps. Ce n’est certainement pas dû au seul hasard…

Structures de production

Fin 2013, le nombre de brebis mères allaitantes (élevées pour la viande) était de 3.940.000 animaux, soit une baisse de 4,7% par rapport à fin 2012. Cette baisse est environ deux fois plus prononcée que celle enregistrée entre 2011 et 2012. La baisse est de 31 % depuis 2000 et de -45 % depuis 1990.

Le nombre de brebis mères laitières était fin 2013 de 1.595.000 animaux, ce qui traduit une relative stabilité depuis 2000. Toutefois, on observe une tendance récente à la diminution (-3%) après un maximum atteint fin 2010 (1.647.000). Depuis 1990, la hausse atteint cependant 17,5 %. Comme l’évoquaient certaines sources, il semblerait que le potentiel de croissance du secteur laitier soit saturé.

Animaux

1-evolution-du-cheptel

Exploitations

2-evolution-nombre-exploitation

La régression du nombre d’exploitations détenant des ovins ne s’explique pas seulement par le déclin du cheptel, mais aussi par la régression du nombre d’exploitations détenant des petites quantités d’ovins. Entre 2012 et 2013, plus de 4.000 exploitations ovines allaitantes ont disparu, ce qui représente une régression de plus de 9 % en un an.

L’information relative au nombre de troupeaux supérieurs ou non à 50 brebis n’est plus disponible.

Evolution de la taille des troupeaux / Age des éleveurs

Cette répartition est inchangée, car il s’agit là des données de 2010. Toutefois une modification a été apportée dans la présentation, car la ventilation par tranche d’âge entre les éleveurs ovins lait et viande est désormais disponible.

3-taille-troupeaux-age-eleveurs

63 % des brebis allaitantes sont détenues dans des troupeaux de plus de 200 têtes, sont un ¼ de plus de 500. Cette proportion atteint 85 % pour les brebis laitières, suite à une concentration du cheptel entâmée plus précocement.

A l’instar de la population française, la tendance au vieillissement des éleveurs est sensible. La nouvelle présentation met en évidence que ce vieillissement est davantage prononcé chez les éleveurs ovins viande : 61 % d’entre eux ont plus de 50 ans, dont 30 % plus de 60 (contre 8 % des laitiers). Les plus de 50 ans détiennent encore près de la moitié du cheptel.

Les moins de 40 ans ne représentent plus que 15 % des éleveurs ovins allaitants, et détiennent 23 % du cheptel.

Par extrapolation, on peut estimer qu’environ 40 % des éleveurs ovins allaitants prendront leur retraite dans le courant de la prochaine PAC (2015-2021). Leur permettre d’arriver jusqu’à cette échéance, tel est l’objectif principal de cette future PAC. Pour les plus jeunes, il sera toujours temps d’y réfléchir à partir de 2020…

Répartition géographique

Changement de comptabilité qui, de fait, nuit (volontairement ?) aux comparaisons. Il ne s’agit plus désormais des effectifs ayant demandé la prime ovine, mais des effectifs de brebis et agnelles saillies.

Je reproduis donc d’abord le tableau de l’an dernier, permettant d’apprécier les évolutions d’effectifs régionaux sur la durée (1990-2012).

4-effectifs-brebissource : SSP (enquête cheptel) sur plusieurs années, d’après l’ Office de l’Elevage


Entre 1990 et 2012, les baisses les plus modérées (car il n’y avait pas de hausse) étaient observées dans les régions suivantes :

  • Aquitaine et Rhône-Alpes - 28 %
  • Languedoc-Roussillon –24 %
  • Midi-Pyrénées - 24 %
  • Lorraine - 22 %
  • PACA -9 %

Dans le même temps, la baisse au plan national était de 33 %.

Plusieurs fiefs « historiques » de la production ovine ont vu leurs effectifs s’effondrer au cours des deux dernières décennies. C’est le cas des régions :

  • Région Centre (- 62 %)
  • Limousin (- 59 %)
  • Poitou-Charente (- 58 %)
  • Bourgogne (- 57 %)

Les régions qui connaissent le plus fort déclin depuis 20 ans ne sont pas concernées, à ce jour, par la « problématique grands prédateurs ».  Au contraire, c’est parmi les régions où vivent les grands prédateurs, (région PACA en tête) que les effectifs ovins résistent le mieux.  Signe que déclin avéré ou reprise hypothétique de l’élevage ovin dépendent de bien d’autres paramètres que l’absence ou la présence de quelques loups, lynx ou vautours fauves. Ces autres paramètres sont juste un peu moins médiatisés, c’est tout…

Place maintenant au « nouveau tableau », basé sur les effectifs de brebis et agnelles saillies. L’évolution (à peu près stable ou à la baisse) s’exprime désormais dans une « fourchette » de variation…

5-evolution-par-region

Le changement de couleur du thermomètre ne semble pas se traduire par de grosses différences : les régions connaissant la plus forte diminution de « brebis et agnelles saillies » entre 2012 et 013 ne sont pas (encore) concernées par la « problématique grands prédateurs »…

Manque seulement le recul dans le temps lié au changement de méthodologie pour cette année.

La viande ovine en France

NB : les quantités sont exprimées en « tonnes équivalent carcasse ». Peut être est-il utile de donner la définition de cette unité de mesure : La Tonne équivalent carcasse est une unité employée pour pouvoir agréger des données en poids concernant des animaux vivants et des viandes sous toutes leurs présentations : carcasses, morceaux désossés ou non, viandes séchées, etc. On applique au poids brut un coefficient propre à chaque forme du produit :

  • 1 pour une carcasse entière par définition,
  • 0,5 pour un gros bovin vivant,
  • 1,3 pour les morceaux désossés,
  • 1,8 pour les saucissons, par exemple (source : Ministère de l’Agriculture).

Evolution de la production française

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La production indigène de viande ovine en 2013 s’établissait à 80.000 tonnes équivalent carcasse (tec). Une petite partie étant exportée, ce sont 73.000 tec qui ont été consommées dans l’hexagone. Sans ces exportations, la production française pourrait couvrir 45 % de la consommation (179.000 tec).

Importations

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L’approvisionnement en viande ovine en 2013 a majoritairement été assuré par de la viande importée. On remarque toutefois que les importations sont à nouveau en baisse (3 %) par rapport à 2012.

En 2013, le Royaume-Uni, avec 43 % des importations (soit un gros ¼ de la consommation), arrive toujours en tête. Pour la deuxième place, l’Irlande (19 %), devance encore la Nouvelle Zélande, avec 16 %, et l’Espagne (8 %, en nette baisse après une période de croissance).

La part relative néo-zélandaise est en forte régression sur les dernières années, suite à une baisse de la production d’une part, et la réorientation des exportations vers le Moyen-Orient d’autre part. Elle représente aujourd’hui moins de 10 % de la consommation de viande ovine en France.

Donc, contrairement à une idée reçue, la Nouvelle Zélande est loin d’être le principal fournisseur de la France. La présence de l’agneau néo-zélandais en Europe explique toutefois, par ricochet, l’arrivée d’agneaux britanniques en France.

Pour l’Espagne, dont on connaît les difficultés économiques, l’agneau est devenu prioritairement un produit d’exportation, car compétitif : alors qu’en 2007, la consommation dépassait les 5 kg/habitant, elle est aujourd’hui tombée à environ 2 kg/habitant ! L’Espagne exportait en 2013 30 % de sa production (alors que le pays était juste à l’autosuffisance en 2006).

Une stratégie comparable semble impossible de l’autre côté des Pyrénées : la France possédant le prix au kilo le plus élevé des pays producteurs, les points de chute en matière d’exportation sont peu nombreux. Notons cependant dans ce cadre le développement plutôt récent d’une filière d’exportation d’ovins vivants à destination du Liban (28.000 têtes en 2013, surtout des brebis de réforme, soit une hausse de 47 % par rapport à 2012).

Le Liban, et son abattoir de Beyrouth, à l’intérieur duquel le concept de « bien être animal » prend toute sa véritable signification. Situation qui ne semble pas trop poser de problèmes éthiques à ceux qui larmoient facilement devant le résultat d’une attaque de « grand canidé » et se plaignent des oeillères que porteraient les défenseurs des animaux ignorant la souffrance causée par la prédation aux brebis des élevages, aimées par leurs bergers...

Consommation

Venons au cœur du sujet : la consommation annuelle par français continue sa régression tendancielle (2,7 kg/an/personne, encore en baisse de 4 % par rapport à 2012). Cette consommation était de 5,5 kg vers 1991-1992, période que l’on peut considérer comme l’apogée de la consommation individuelle de viande ovine en France.

La consommation annuelle individuelle a donc été divisée par deux en environ 20 ans. La viande ovine consommée en France en 2013 n’était d’origine hexagonale qu’à hauteur de 41 % (73.000 tec sur 179.000).

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La baisse de consommation de viande ovine s’inscrit dans un contexte global de réduction de la part de la viande dans l’alimentation. Cette diminution est cependant plus marquée pour l’agneau, depuis l’épidémie de fièvre aphteuse de 2001, que pour n’importe qu’elle autre viande, hormis le cheval.

Pour la viande spécifiquement d’origine française, le bilan est encore plus sombre. En effet, vers 1993, viande indigène et étrangère se partageaient le marché à peu près à parité. Cela représentait donc environ 2,7 kgec de viande d’origine française/personne/an. Cette consommation est tombée en 2013 aux alentours de 1,2 kgec. Soit une baisse de 55 % en 20 ans.

En complément, notons que l’examen détaillé des classes de consommateurs ne permet toujours pas d’être très optimiste pour l’avenir de la filière.

Seuls 32 % des moins de 35 ans ont acheté de la viande ovine en 2011, représentant 6 % des volumes.
Ils étaient 37 % en 2006, pour 8 % des volumes.

A l’inverse, le taux de pénétration atteint 74 % chez les plus de 65 ans, soit 40 % des volumes.

Les efforts de « reconquête ovine » principalement auprès du jeune public, telle la discrète campagne « Agneau presto » depuis 2008, n’ont pas vraiment d’impact sur le volume de consommation. Aucune autre viande ne présente un différentiel aussi prononcé entre classe d’âge de consommateurs (voir plus bas).

Toutefois, ces échecs ne semblent pas décourager les pouvoirs publics : un programme de communication de trois ans, et doté de 7,7 millions d’€, est prévu dans six pays (Angleterre, Irlande, France, Belgique, Allemagne et Danemark) avec pour objectif d’enrayer le déclin de la production et de la consommation de viande ovine…

Tout semble indiquer que les conséquences du « bilan de santé » de la PAC initié en 2010 sont désormais diluées, les tonnages contrôlés ayant crevé un nouveau plancher. Bilan de santé qui s’est traduit par la réorientation pérenne de 125 millions d’€/an au profit de l’élevage ovin, et qui s’ajoutent aux quelques centaines de millions d’€ prévus annuellement par les dispositifs pré-existants.

Dans le cadre de la nouvelle réforme de la PAC (à partir de 2015), l’aide ovine (qui ne représente qu’une fraction des aides versées aux exploitations ovines) va être revalorisée et pourra atteindre 29 €/brebis pour les exploitations ayant contractualisé et qui satisferont une ou l’autre de ces deux conditions :

  • Soit avoir un taux de productivité supérieur à 0,8 agneau vendu par brebis et par an (ce qui est élevé…)
  • Soit être engagé dans une démarche de qualité (option qui devrait davantage séduire dans certaines zones : « le contrat plutôt que la contrainte », air connu…)

Taux de pénétration relatifs des différentes viandes de boucherie

Le taux de pénétration est la part de la population étudiée qui a acheté la viande considérée, sans préjuger des quantités achetées.

9-taux-penetration
Bareges_gavarnieConfirmation du déficit de séduction de la viande d’agneau chez les plus jeunes : même pas 1/3 de taux de pénétration. A titre de comparaison « tout le monde » achète du bœuf. Le veau, viande également chère, séduit davantage et de manière plus homogène, même si les jeunes en consomment moins souvent que les autres.

Personne ne s’est jamais interrogé sur ce que pouvait être l’impact du positionnement anti-grands prédateurs des éleveurs ovins sur la consommation de leur production. On peut penser qu’il est faible. Mais en situation de marasme, tous les nanogrammes seraient bons à reprendre.

L’abattage de loups dans la zone cœur des parcs nationaux, la création de zones d’exclusion, l’abattage au cours de pseudo-battues au grand gibier…etc. Est-ce de nature à inciter le citoyen, notamment jeune, à consommer davantage d’agneau par solidarité ?

Selon certains députés, sénateurs ou ministres avant-gardistes, il faut croire que oui…

Conclusion

La viande ovine ne représente qu’un peu plus de 3 % de la consommation totale de viande en France.

La part spécifiquement française correspondant à une petite moitié du tonnage consommé, cela signifie que la proportion de viande ovine d’origine française, c’est environ 1,5 % du total de viande consommée en France. Et ce n’est pas près de s’arranger, compte tenu du faible attrait dont témoignent les « jeunes » pour cette viande. Ce n’est donc clairement pas son importance dans l’alimentation des français qui décidera du maintien de cette production dans la panoplie agricole hexagonale.

L’élevage ovin viande recule à peu près partout où d’autres productions agricoles sont possibles. L’élevage laitier s‘en sort globalement mieux, mais semble avoir atteint son maximum de restructuration.

La pérennisation de cette activité condamnée à être économiquement déficitaire aurait pu s’intégrer dans un vaste programme de sauvegarde/restauration des écosystèmes les plus fragiles, notamment ceux de montagne, avec accroissement de leur capacité de résilience. Une sorte de « pacte de solidarité » (le terme est à la mode…) entre les producteurs et des citoyens-contribuables de moins en moins consommateurs.

Mais cela aurait comme postulat l’acceptation du principe de la cohabitation avec les plus beaux fleurons de notre faune sauvage. Donc il n’en sera rien dans notre sublime pays. Car ce principe est massivement rejeté par les dignitaires syndicaux, qui conduisent leurs adhérents vers une stratégie bien peu glorieuse : le détournement, à leur unique profit, de zones au moins partiellement dédiées à la protection de la Nature : parcs nationaux, hypocrites parcs « naturels » régionaux…etc.

Les crédits « agricoles » ne suffisent plus pour soutenir certaines productions ? Ponctionnons donc les crédits « écologie » ! De toutes façons, ce sont majoritairement les « bobos parisiens » qui payent

La « biodiversité à usage humain », la prétendue supériorité des « milieux ouverts »… sont autant de circonlocutions révisionnistes destinées à un seul but : permettre à des activités en mal de rentabilité et de perspectives de supplanter la Nature dans le peu d’endroits où elle a encore une (petite) place.

Avec l’argent d’un contribuable qui aspire majoritairement, pourtant, à davantage de naturalité et dont le point de vue n’est pas jugé recevable. Pas plus que celui des vrais spécialistes des écosystèmes, évidemment. Et cerise sur le gâteau, avec la complicité de politiques clientélistes qui encouragent cette dérive. Y compris la plus navrante, au sein de partis dit « écologistes ».

Toutes ces gesticulations réduiront peut être, qui sait, la population de loup. Elles resteront sans effets sur la viabilité de la filière. Mais est-ce véritablement l’objectif, lorsqu’on sait que 40 % des quelques éleveurs ovins-viande qui restent prendront leur retraite dans les 6-7 ans qui viennent ?

Marc Laffont

Notes

  1. http://idele.fr/domaines-techniques/economie-des-filieres/analyse-des-filieres/publication/idelesolr/recommends/chiffres-cles-ovins-2014.html
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