Le procès de Christian Derramond

Christian Derramond désire effaroucher un vautour avec une carabine 22 Long Rifle équipée d'une lunette et d'un silencieux. Il le tue, en vol 

Il faut vraiment revenir d’un long stage de spéléologie au Vieuxconistan pour ne pas avoir eu vent de cette histoire. La Buvette des Alpages n’était pas à l’audience mais la presse a largement couvert l’audience. Résumé.

L’audience

Le procès de Christian Derramond
Le procès de Christian Derramond

Ce mardi 30 septembre, Christian Derramond, 52 ans, un éleveur à la tête d’un cheptel de plus de 1.100 brebis à Saint-Félix-de-Rieutord, dans le piémont ariégeois a refusé la procédure simplifiée du plaider-coupable proposé par le Parquet peu après les faits. Il a donc comparu devant le tribunal correctionnel de Foix (Ariège) pour avoir abattu un vautour fauve (une espèce protégée) qui planait au-dessus de son troupeau en mai dernier à coups de carabine 22 LR achetée sur Internet fin janvier.

De nombreux d’éleveurs, des représentants du syndicat ovin, de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs, s’étaient déplacés pour soutenir l’éleveur Christian Derramond qui a préféré être jugé en correctionnelle plutôt que de reconnaitre sa culpabilité et d’éviter un procès.

Il fallait en profiter pour faire le procès des vautours !

Il est poursuivi pour deux délits :

  1. Destruction d’une espèce sauvage protégée,
  2. Acquisition d’arme de catégorie C, sans déclaration.

Le témoin

Un cycliste témoin a déclaré ne pas avoir entendu de coups de feu. La carabine de Christian Derramond était équipée d’un silencieux, mais aussi d’une lunette et d’un trépied, ce qui en fait une arme de catégorie C, détenue sans déclaration. Des faits prévus et réprimés par l’art. L.317-4-1. C’est la deuxième infraction après la destruction d’espèce protégée.

Ce qu’ils ont dit

Christian Derramond

  • «Je voulais les effaroucher. C'était un coup de colère. J'attendais une solution de l'État pour protéger mon troupeau. Et ça ne venait pas».  S'il fallait réagir ainsi à toutes les décisions politiques qui ne viennent pas...
  • (Attaqués ? Attaqués vivants ? Lui en est certain, même s'il ne les a pas vus) : «On ne peut pas être derrière chaque bête, sur l'exploitation»,
  • «Ces vautours, ce sont des prédateurs, des tueurs. Il faut qu'on fasse en sorte de protéger nos troupeaux».

Maître Alice Terrasse, Avocate des trois associations de défense de l'environnement, parties civiles à l'audience

  • (Je dénonce) «une certaine presse, certains manifestants».
  • «Mr Derramond est victime de lui-même, de cette folie qui gagne nos montagnes».
  • «Personne n'a jamais réellement vu une attaque de vautours, assène l'avocate. Dans l'Ariège, pour l'année 2013, quatorze attaques ont été signalées à l'ONCFS. Aucune preuve de prédation par des vautours n'a été apportée
  • «Non, le vautour est nécrophage, c’est un équarrisseur. Peut-être a-t-il changé de comportement, a-t-il eu soudain envie de viande fraiche… à moins que se soit la faute au changement climatique ?» 
  • «Quand on veut effaroucher on ne met pas de silencieux».

Me Dedieu, avocat de l'éleveur

  • «La question méritait un débat un peu plus approfondi qu’une simple proposition de peine»
  • «A situation nouvelle, comportements nouveaux. Il n'y a rien d'étonnant à cela, souligne-t-il. Quand on entend certains discours, on n'est plus dans la science, on est dans l'Évangile».
  • (Il ironise :) «Darwin avait tort, Copernic avait tort».
  • «Personne n'a pris la mesure des difficultés et de la détresse d'un homme comme Christian Derramond. Vous pensez qu'il ne l'aime pas, la nature ? Lui, et les éleveurs qui l'entourent aujourd'hui ? Il en vit. Ils en vivent, et plutôt chichement. Mais, si on lui pose la question, il répondra certainement qu'il préfère un agneau à un vautour. Cette exaspération, on peut l'entendre».  (Lire "J’aime la nature, j’en vis")
  • «On est dans l’évangile pas dans l’écologie»,
  • «d’autant que son client n’a pas mandaté Mr Alzieu»,
  • «L’agneau mérite-t-il moins de reconnaissance que le vautour»
  • «Cette réintroduction génère du stress, alors que Mr Derramond est endetté, qu’il a perdu 8000 € l’an dernier. Ce n’est pas le Comité écologique ariégeois qui va payer ses dettes, ni les services de l’État»
  • «Je vous demande de ne pas valider les demandes exorbitantes des parties civiles»
  • «Le professeur Alzieu est nimbus ? Lui et mon client méritent d’être entendus» 


Daniel Strub, président du Comité écologique ariégeois

  • «C'est un devoir dans la mesure où nous nous battons pour la défense des espèces protégées. Mais aujourd'hui, nous sommes dans une dérive totale, où l'on nous parle de vautours qui seraient devenus, soudainement, des prédateurs. Les vautours ne sont pas des prédateurs : dans ce département, il n'a pas eu un seul cas d'attaque avéré, pas plus qu'ailleurs sur la chaîne des Pyrénées. Nous sommes face à des contre-vérités, réfutées par toutes les observations scientifiques».

Olivier Caracotch , Le procureur de la République

  • L’important «est de tenir un débat juridique, de défendre la loi»
  • « Qu'il ait voulu faire fuir ce vol, je n'en crois pas un mot »
  • Il faut «dépassionner le débat»
  • «Si Mr Derramond avouait avoir voulu se payer un vautour fauve, il se générerait un succès fou»
  • Je requiers contre «une exaspération irrationnelle, infondée scientifiquement»


Isabelle de Combette de Caumon, la présidente

  • Me Dedieu «a fait un tabac» (au vu du tonnerre d’applaudissement saluant la fin de sa plaidoirie).


La réquisition

  • 1.000 € de dommages et intérêts pour chacune des trois associations écologistes soit 3.000€ (France Nature Environnement, l’ASPAS,  le CEA, Comité écologique ariégeois) sont réclamés «afin de rétablir la vérité».
  • «6.000 € un peu comme un vol de vautour au-dessus de la tête de Mr Derramond». La confiscation des scellés (NDLB: l'arme) a également été requise ainsi que la demande d’écarter les peines obligatoires (NDLB: retrait du permis chasse, confiscation de toutes les armes, interdiction de détenir une arme pour une période donnée).

Le magistrat a demandé une peine de 7.500 €, dont 6.000 €. « C'est une espèce protégée, et je suis là pour protéger la loi ».  Le jugement a quant à lui été mis en délibéré.

Christian Derramond saura, théoriquement, le 25 novembre prochain s’il est reconnu coupable ou non, et éventuellement de quoi.

Lire aussi

  • Cinquante agneaux massacrés par des vautours (FDSEA) : "A Saint-Félix de Rieutord, une nuée de rapaces a décimé un troupeau ovin. L’ampleur de cette attaque, avec des pertes économiques considérables pour l’éleveur a frappé les esprits, et a remis sur la table un problème généralisé et récurrent. (…) Les rapaces se sont jetés sur les jeunes agneaux et ont fait un véritable massacre.  Il y avait des cadavres partout."

Sources

  • www.ladepeche.fr/article/2014/10/01/1962868-un-eleveur-juge-pour-avoir-tue-un-vautour.html
  • www.ariegenews.com/ariege/faits_divers/2014/81466/tribunal-correctionnel-de-foix-proces-pour-avoir-tue-un-vautour-une-tr.html
  • www.ladepeche.fr/article/2014/09/30/1961980-poursuivi-pour-avoir-abattu-un-vautour-a-la-carabine.html
  • www.ladepeche.fr/article/2014/10/01/1962583-l-ombre-du-vautour-posee-sur-la-barre-du-tribunal.html
  • rue89.nouvelobs.com/2014/09/30/vautours-fauves-eleveurs-ils-sont-tant-aimes-255172

(1) Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations

 

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Vautours: Stratégie du "changement" de comportement et conflit d'intérêts

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