Requiem pour les vautours

Le procès des vautours 

En refusant la procédure simplifiée du plaider-coupable proposé par le Parquet peu après les faits et en préfèrant comparaitre devant le tribunal correctionnel de Foix (Ariège), Christian Derramond désirait faire de son procès "le procès des vautours", et de sa dangerosité, réelle ou supposée. Le soutien des autres éleveurs présent ce jour là le montre bien.

Me Dedieu, son avocat : «La question méritait un débat un peu plus approfondi qu’une simple proposition de peine», «A situation nouvelle, comportements nouveaux. Il n'y a rien d'étonnant à cela, souligne-t-il. Quand on entend certains discours, on n'est plus dans la science, on est dans l'Évangile..., Darwin avait tort, Copernic avait tort». Olivier Caracotch , Le procureur de la République a lui requis contre «une exaspération irrationnelle, infondée scientifiquement».

"Des agneaux massacrés par les rapaces chez Christian Derramond"1

Christian Derramond : « Avant 2012, je ne connaissais pas les vautours car mon exploitation se situe dans les coteaux, à seulement 450 m d’altitude alors qu’avant les vautours évoluaient plus haut, et plus à l’ouest.

(...) Fin 2013, j’ai subi des pertes importantes sur mon exploitation. Mon troupeau a été attaqué par des aigles, des corbeaux et des vautours. Cette attaque a occasionné la mort de 80 agneaux. J’ai fait appel à la DSV, laquelle a déterminé que la mort de mes bêtes était bien dû à l’attaque de rapaces.

Les agents de l’ONCFS se sont également déplacés sur les lieux, mais leurs conclusions n'ont pas été les mêmes que la DSV. Ils ont établi que la mort était consécutive à des morsures de chiens. Leurs conclusions m'ont contrarié car j'ai moi même été témoin de l'attaque des rapaces sur mon troupeau. Ce jour là, il devait y avoir une quarantaine de vautours, autant de milans et une dizaine de corbeaux.»2

Il semblerait que les pneumatiques des véhicules appartenant à des agents susceptibles de dresser un constat "contrariant" soient d'une certaine fragilité. Le laboratoire Vétérinaire Départemental, manifestement épargné par ce type de déconvenue, semble en mesure de leur donner les coordonnées de fournisseurs aux pneumatiques plus résistants.

Dans Le NouvelObs3, la journaliste Françoise Marmouyet raconte :

"Début juin 2014, peu de temps après son coup de colère, quatre de ses brebis sont mortes. Somnolentes car accablées de chaleur, mais en parfaite santé, elles ont été attaquées par plusieurs dizaines de vautours, raconte-t-il, expertise vétérinaire à l’appui. « Pour moi, les causes de la mort ne font aucun doute : ces animaux sains ont péri sous les coups de becs des vautours qui, trompés par leur immobilité, les ont pris pour des cadavres », avance Jean-Pierre Alzieu, directeur du laboratoire vétérinaire départemental de l’Ariège, qui a pu examiner les brebis et effectuer une autopsie.

Expertise sujette à caution, car réalisée par le vétérinaire de l’exploitation, « par définition partial », rétorque le comité écologique ariégeois, partie civile au procès de Christian Derramond. L’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), qui représente l’Etat, a bien fait des constats, mais ne les rend pas publics.

L’agent de l’ONCFS mandaté pour constater les dégâts a essuyé des insultes, et on a crevé les pneus de son véhicule."

Personne n'a accès aux constats complets de l'ONCFS, et c'est bien dommage...

Un informateur de la Buvette raconte que, d’après deux autres sources indépendantes, les brebis tuées en 2014 auraient été percutées par un ou des quads (piloté par le fils Derramont selon l'un) ! Évidemment, sans preuve, ce ne sont là que rumeurs invérifiables, donc sans valeur. On peut juste dire qu’au vu des blessures constatées par les gardes ONCFS et par le Dr Alzieu (gros hématomes, côtes cassées), cette hypothèse reste une possibilité, mais difficilement vérifiable.

Jean-Pierre Alzieu, dans ses conclusions excluera la responsabilité de vautours. (voir "L'Expertise du Dr Alzieu")

"Changement de comportement"

Depuis plusieurs mois, les éleveurs ariégeois dénoncent “le changement de comportement des vautours” qui selon eux seraient devenus des prédateurs.

Le Dr Jean-Pierre Alzieu a déclaré qu'il en avait démontré la preuve. Dans son "Compte-rendu d'autopsie"4 de 2014 d'abord...

«Il s'agit en la matière d'un témoignage documenté du passage possible de la stratégie d'attaque post-mortem liée à la fonction de charognard usuellement reconnue au vautour à celle très préoccupante de prédateur, en relation avec des possibilités "d'intervention ante-mortem" (terme "politiquement correct" et consacré par l'usage utilisé jusqu'ici pour désigner l'intervention possible de vautours avant la mort d'un sujet dans ce type d'expertise, NDLR)».

Dans la presse5 ensuite, Jean-Pierre Alzieu répend SA découverte comme LA bonne nouvelle: «On en avait la suspicion. Aujourd'hui, c'est clair : les vautours ne se contentent plus d'animaux morts».

Tout est parti de chez Derramond

"Tout commence samedi" écrit la DDM. Pour l'historique complet, voir "le contexte" dans la note "Le procès de Christian Derramond").

Les choses s'emballent...

  • Le 8 juin : Des dégâts expertisés "chiens" par l'ONCFS, "chiens exclus"et "oiseaux" par Jean-Pierre Alzieu (il n'est pas vraiment fortiche pour les reconnaître, on n'est plus dans les animaux de rente!), lors d'une expertise en "live" en présence de la préfète de l'Ariège.
  • Le 9 juin : La presse qui annonce la "première scientifique".
  • Le 10 juin, le rapport évènement! Jusque là, aucun scientifique n'a affirmé de telles choses, seuls des éleveurs et un pigiste local qui lui a même annoncé que les randonneurs risquaient de se faire manger par les vautours.
  • Le 21 juin, Nathalie Marthien, François Toulis et Eric Fouquet reçoivent la presse en rang d'oignon. L'effarouchement des vautours est lancé, même si Éric Fouquet est beaucoup plus nuancé6 : «Les scientifiques sont formels. Les vautours ne sont pas des prédateurs. Ils ne sont pas “équipés” pour tuer un animal qui ne serait pas affaibli ou malade». Et d'ajouter, en ce qui concerne l'expertise de cette brebis dépecée par des vautours à Saint-Félix-de-Rieutord : «Le docteur Alzieu est persuadé qu'il s'agissait d'une bête saine. Je ne peux pas me prononcer sur son expertise. Il faudrait qu'elle soit validée par un collège scientifique, au plan national». : 

Conclusions définitives pour certains. Ainsi dans la DDM6 : "Pour François Toulis, Président de la Chambre d'agriculture de l'Ariège, la messe est dite. Et c'est plutôt un requiem. Pour le responsable professionnel ariégeois, le vautour est bien devenu un prédateur, en témoignent les multiples «attaques» qui auraient été déplorées par les éleveurs, dans notre département, au fil des dernières années!" Affaire classée!

La préfète de l’Ariège Nathalie Marthien autorise des tirs d’effarouchement des vautours, à titre expérimental, pour une période d’un an, et uniquement entre le 1er mars et le 15 novembre, en utilisant des cartouches «non létales à double détonation», (Comme le dit un mien lecteur : "358 euros pour une cartouche, ça commence à coûter cher d'être con !") pour faire plus de bruit. Les agents de l'ONCFS, les lieutenants de louveterie et les éleveurs, sous réserve qu'ils aient un permis de chasse à jour, sur proposition du président de la chambre d'agriculture et après avoir participé à une session de formation, pourront procéder à ces tirs d'effarouchement très encadrés.

Pour Nathalie Marthien : « Les inquiétudes de la profession agricole ne peuvent être négligées et nécessitent une réponse de la part de l’autorité administrative ». La réponse est venue. Et les éleveurs se forment auprès des chasseurs, tout heureux de de participer à un début de "régulation"," car pour certains, l'effarouchement n'est qu'une première étape. Le même François Toulis, emporté par la joie de cette nouveauté "expérimentale" ne parvient pas à se retenir et lâche : "«On doit pouvoir les canarder, en liquider quelques-uns», son index le démange, en manque de gachette...

Dans toute la presse régionale, l’affaire du vautour abattu avec un silencieux fait grand bruit. Mais pas seulement. Dans la presse spécialisée aussi... (Lire plus tard : "Un vétérinaire controversé qui fait réagir ses pairs")

Comiac (Ariège) 1906
Sortie de la messe à Cominac en Ariège en 1906. La messe est dite.

La messe semble dite. Les doutes d'Éric Fouquet sont déjà oubliés. C'est sans compter sur la Buvette des Alpages, Liège est la ville de Georges Simenon!

Notes

  1. www.terres-ariege.fr
  2. Audition de Jean-Pierre Garremond
  3. http://rue89.nouvelobs.com/2014/09/30/vautours-fauves-eleveurs-ils-sont-tant-aimes-255172
  4. Voir les rapports d'autopsies
  5. http://www.ladepeche.fr/article/2014/06/09/1896661-attaquee-par-des-vautours.html
  6. http://www.ladepeche.fr/article/2014/06/20/1904154-des-mesures-pour-effrayer-les-vautours.html

 

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Vautours: Stratégie du "changement" de comportement et conflit d'intérêts

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