Tutoyer l'excellence environnementale

Dans une tribune1, Stéphen Kerckhove, délégué général d'Agir pour l'Environnement écrit : “Par facilité, élus locaux et adeptes d'une gouvernance instrumentale se plient aux contraintes d'une démocratie factice. Au terme de ce jeu de dupes, ces projets contestés sont imposés et conduisent à ces boutons de fièvre démocratique. Faute d'être entendue, la contestation force la voix.

Ce mode de fonctionnement, le ministère de l’Ecologie l’a également adopté dans la gestion des différents dossiers “biodiversité” :

  • abandon de la population d’ours consanguins,
  • tirs de loups "au hasard", y compris de louveteaux,
  • effarouchement des vautours sur base d'une expertise basée sur des conflits d'intérêts flagrands, 
  • abattage des bouquetins sans discernement et sans base scientifique sérieuse etc…
  • les résulats des différentes “consultations populaires”, tous défavorables aux politiques envisagées ont tous été superbement ignorés,
  • les différents avis "consultatifs" donnés par le CNPN ou le MNHN ont tous été pris par dessus la jambe et classés verticalement,
  • les arrêtés préfectoraux brouillons des "tirs de défense" ou des "tirs de prélèvelement" "expérimentaux" et hors la loi, pris pour “calmer le monde pastoral

Ce sont des choix qui démontrent une suffisance coupable dans le fait des responsables gouvernementaux et de Ségolène Royal en particulier.

A force de ne plus écouter la majorité, de ne pas recevoir les associations, de préférer le passage en force, de céder aux lobbies minoritaires et violents, syndicats agricoles et FNSEA en tête, le ministère de l’écologie est très loin de "tutoyer l’excellence environnementale2". Au lieu de celà il génère chaos, frustration et désespoir extrème. Le stade suivant et ultime du désespoir sera la radicalisation.

Les associations habituées à participer (WWF, FNE, ASPAP, FERUS etc...) ont été progressivement marginalisées. Celles qui, vu leur positionnement, ne participaient pas aux négociations environnementales, et qui précédement voyaient leurs appels à la coopération résonner dans le vide se voient maintenant confortées dans leurs positions extrêmes.

Un encouragement à la radicalisation

Le Klan du Loup par exemple qui : "tend, une fois encore, la main aux associations se disant "pro loup". Seul, nous ne pourrons y arriver mais, ensemble, nous serons plus fort". Agrippée à son slogan indéfendable "0% de tir à tuer", cette petite association extrémiste se contentait jusque là de critiquer les "compromissions" des associations "qui goutaient aux petits fours" des ministères.

Maintenant, renforcée par les prises de positions ministérielles anti-démocratiques, l'association franco-belge (Il n'y a pas encore de loup sauvage en Belgique) reprend "du poil de la bête" et appelle à l'insurection : "Le temps n'est plus au compromis (qui frise souvent la compromission) mais à l'action. Ecocombattant-e-s, debout ! l'action directe doit continuer à se mettre en place. Toutes les structures anti-loup doivent être considérées comme écoterroristes. Et face aux écoterroristes, il faut des écocombattant-e-s ! Partout où des opérations contre le Loup et la biodiversité sont organisées et mises en place, le harcèlement citoyen doit être la riposte adéquate."3

Ignorer les conseils des scientifiques

Segolene pacte ecoloSégolène Royal porte une responsabilité écrasante dans les procédures modifiées de prises de décisions. Les organismes scientifiques dont le rôle était de fournir des aides à la décision : ONCFS, MNHN, CNPN etc sont discréditées, humiliées.

Ce changement pousse les partisants du dialogue à abandonner un mode de fonctionnement traditionnel et quoi qu'on en dise acceptable, pour s'aventurer vers des choix bien moins médians aux conséquences dangereuses comme le montre la mort de ce militant tranquille au barrage de Sivens.

Jusque là, seul un camp disposait de bras armés : les coups de forces et actions hors la loi des éleveurs et des "acteurs ruraux" ont poussé le gouvernement et les préfèts à lacher du lest, croyant garantir l'ordre public et éteindre le feu dans les montagnes.

C'est l'inverse qui se produit. Le feu, qui de toute façon continuera de brûler dans les montagnes, (même si le plafond monte à 100 ou 250 loups, ce qu'ils veulent c'est l'éradication totale, comme l'IPHB avec l'ours), se répend maintenant partout.

Pour Ségolène, l'échec est royal.

Confondre écocentrisme et biocentrisme

Le désespoir continuera à générer des débordements si le gouvernement ne corrige pas son mode de concertation et de prise de décision et si les anthropocentriques au pouvoir ne comprennent pas les différences entre le biocentrisme et l'écocentrisme.

Le gouvernement ignore ces différences entre les associations écocentriques qui se basent sur des études scientifiques pour agir et les associations biocentriques qui se basent sur la sensibilité et le respect de l'animal pour agir. Deux positions respectables, même si elles divergent sur différents points. Tous les écologistes sont donc, erronnément, mis dans le même sac, celui  des terroristes en puissance, des "ayatollahs verts". Xavier Beulin vient juste de dénoncer les « djihadistes verts » d'un mouvement « bien organisé »4. Pour Frédéric Nihous, "L’ordre républicain est mis en danger par les Eco-Terroristes de l’écologie !5" Ségolène Royal (et sa priorité au pastoralisme) et Manuel Valls (et son faible pour la corrida) doivent penser pareil. Au PS, c'est plus de croissance pour plus d'emploi, la Nature n'étant qu'une variable d'ajustement guère plus pesante que les 2% d'EELV. Depuis le temps que les écologistes ne votent plus EELV ! Une erreur de jugement qui génère la radicalisation des biocentristes et le désespoir des écocentristes.

La mort de Rémi Fraisse pourrait mettre le feu aux poudres

"La mort de Rémi Fraisse pourrait mettre le feu aux poudres" titre lesinrocks.com6. Extraits :

"Cet événement témoigne d’une fracture entre deux mondes, celui de la raison d’Etat, et celui des contestataires qui militent pour des droits environnementaux" analyse le politologue Erwan Lecœur à propos de la mort de Rémi Fraisse.

"Il y a là une sorte de décalage du monde politique d’en haut avec le simple bon sens selon lequel une personne n’a pas à mourir, à être agressée, attaquée, à mettre sa vie en jeu pour une contestation. C’est un problème que le monde politique ferait bien se de poser assez rapidement".

(...) "Je n’irais pas jusqu’à utiliser le terme de “guerre psychologique”, mais on voit bien que l’appareil d’Etat a depuis plusieurs années – et pas seulement ces derniers mois – constitué une quasi-théorie sur la dangerosité de mouvements écologistes radicaux. Cette vision a été fortement développée par les services de sécurité intérieurs".

(...) "Il y a un traitement policier et quasi-uniquement répressif d’un problème qui est principalement politique. On criminalise donc des groupes qui jusqu’à maintenant n’ont jamais revendiqué autre chose qu’un contestation, la plupart du temps non violente, parfois un peu plus proactive en terme de résistance, mais rarement violente en tout cas".

(...) "On discerne clairement un affrontement entre deux mondes idéologiques, entre deux imaginaires politiques : le monde ancien, celui du XXe siècle, qui veut à tout prix bétonner, développer, et qui considère que le progrès est uniquement là, et un monde beaucoup plus épars, diversifié, autonome, avec des gens venus d’un peu partout, qui viennent contester cet ordre et cette vision du monde entièrement faite de bétonnages, d’aéroports, d’autoroutes et de toutes sortes d’équipements qui aujourd’hui apparaissent non pas comme nécessaires mais dangereux".

(...) "Il y a véritablement deux visions du monde qui s’affrontent. Aujourd’hui le conflit larvé qui se joue derrière ces répressions extrêmement dures de manifestations est aussi le combat entre deux mondes, entre l’Etat qui considère qu’il est impossible de ne pas réprimer des gens qui contestent un chantier, et un monde qui considère que la justice est du côté de ceux qui se battent pour la nature, l’environnement, et une certaine appréhension du droit. Je pense qu’il y a dans l’appareil d’Etat et chez les politiques une difficulté très forte à appréhender la force des nouveaux droits, sociaux, culturels et environnementaux qui émergent".

Une vision que je partage à 100%. Ségolène Royal n'a plus qu'à se retirer. Elle a du sang sur les mains.  Avec qui peut-elle encore "négocier" ainsi ? 

Notes

  1. http://www.agirpourlenvironnement.org/blog/sivens-des-armes-et-des-larmes-3851
  2. http://www.lanouvellerepublique.fr/Toute-zone/Actualite/Politique/n/Contenus/Articles/2014/10/28/Poitou-Charentes-la-croissance-verte-pour-tutoyer-l-excellence-environnementale-2097429
  3. http://loup.over-blog.org/2014/10/des-chasseurs-executent-une-louve.html
  4. http://www.terre-net.fr/actualite-agricole/politique-syndicalisme/article/la-fnsea-denonce-les-djihadistes-verts-d-un-mouvement-bien-organise-205-105010.html
  5. http://www.cpnt.fr/index.php/actu/item/1389-l-ordre-republicain-mis-en-danger-par-les-eco-terroristes-de-l-ecologie
  6. http://www.lesinrocks.com/2014/10/29/actualite/mort-dun-homme-manifestation-vaut-toujours-corruption-pouvoir-11532411/#.VFEO7Jh2T5o.twitter
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