Une nouvelle espèce invasive en Europe : Planeita punctoris

Une nouvelle invasion d’espèce en Europe sème le chaos dans notre pays. Le premier ministre a déclaré : « c’est un problème de sécurité majeure ! Tous les services de l’état sont mobilisés. »

par Patrick Leyrissoux

Qu’en est-il au juste ? Commençons par le début...

Un peu d’histoire

Planche a clouPlaneita punctoris (nom commun : planche à clous) n’est en fait pas vraiment une espèce nouvelle. Elle est connue depuis quelques siècles et sa genèse est un peu obscure. On sait seulement que c’est un hybride domestique, issu du croisement de deux autres espèces domestiques : Planeita populus (la planche) et Punctoria punctoris (le clou commun à tête plate). Cette espèce, parfaitement inoffensive, est inféodée aux milieux rupestres et obscurs : fond de garage, fond de grange, pièce de bricolage. Elle ne sort que très ponctuellement de son biotope habituel, et toujours pour y retourner rapidement.

Alors comment expliquer que cette espèce, discrète et inoffensive, se soit répandue et multipliée dans tout le pays, bientôt sur tout le continent, en se muant en dangereux prédateur sanguinaire ?

Car les dégâts sont énormes, et font vaciller le pays sur ses fondations. Jugez plutôt...

En un mois, le monde de l’élevage déplore la perte de 30.000 têtes de bétail. Ce qui n’a pas manqué de déclencher une polémique entre les éleveurs et les protecteurs des grands prédateurs :

  • L’association Cap plancha (regroupant plusieurs associations de protection des grands prédateurs) : « On s’acharne médiatiquement sur Planeita punctoris, alors qu’il n’est pas sûr que ces pertes soient toutes dues à cette espèce. Il y a toujours eu des prédations effectuées par des ours errants, mais maintenant on n’en parle plus. Les pertes actuelles sont certainement dues aux ours. De plus, l’ONCFS ne sait pas formellement faire la différence entre des griffures d’ours et de Planeita, la plupart du temps. 93% des dommages sont classés « Planeita punctoris non exclue ».
  • Les syndicats d’éleveurs : « Depuis que Planeita punctoris est arrivée, nos pertes ont littéralement explosées. Cette situation est intenable, nous sommes à bout. Les écologistes n’ont qu’à en mettre dans leur garage, ils verront bien. Nous voulons retrouver une situation avec des pertes tolérables. Eradiquez Planeita punctoris, et rendez-nous nos ours, vautours et loups ! »

Mais ce n’est pas tout : Il y a deux semaines, une meute de Planeita punctoris a traversé l’autoroute A6. Il en est résulté un monstrueux carambolage, dû aux éclatements de pneus : 50 voitures impliquées, 20 poids lourds dont 2 citernes. Bilan : 35 morts, 80 blessés, 10 disparus. Suite à cette catastrophe, le ministre de l’intérieur a interdit la circulation de véhicules à pneumatiques.

Malgré les transports de marchandises ferroviaire et fluvial, la pénurie guette le pays, surtout les zones isolées. Dans les campagnes, on ressort les vieilles charrettes des années 1950. Certains bricolent même leurs voitures pour y fixer des roues pleines en bois. Cette situation de siège, loin d’unifier le pays, le divise plutôt. C’est une véritable cacophonie sur les mesures à prendre :

  • Ségolène Royal, ministre de l’écologie : « Je vais prendre une décision courageuse : il faut éradiquer cette espèce de notre pays ! L’ONCFS et les fédérations de chasse seront mises à contribution. »
  • Cécile Duflot, porte-parole des Verts : « Cela fait des années que nous demandons au ministre des transports un rééquilibrage entre les transports routiers et leurs homologues ferroviaires et fluviaux. L’état ne récolte que ce qu’il a semé. C’est un évènement positif en fait : il faut profiter de cette opportunité pour engager sérieusement la transition des transports ! »
  • La Fédération Nationale de la chasse : « Il est hors de question que nous participions à l’élimination de Planeita punctoris. Nous ne prendrons pas le risque que les dégâts dus aux populations résiduelles nous soient facturés ! »
  • Les syndicats d’éleveurs : « Les moyens de protection sont inefficaces : si on n’éradique pas rapidement ce monstre sanguinaire, c’est la disparition annoncée du pastoralisme et de l’élevage extensif, de ses produits de qualité, de ses paysages à la biodiversité à visage humain (que nous vous offrons), de sa patrimonialisation valléenne, et j’en passe ; et le retour de la forêt à brigands, des ronces, des broussailles, des serpents, des araignées, des chauves-souris, des chats noirs, et j’en passe. Préfère-t-on l’élevage hors-sol, dans des bâtiments fermés étanches, avec sas blindé ?
    En dédommagement nous réclamons le prix du marché par tête de bétail + 50% pour risque d’avortement +50% pour stress du bétail + 50% pour préjudice moral + 50% pour l’entretien des paysages (que nous vous offrons). Vous verrez quand Planeita punctoris descendra en ville, planquez les enfants ! »
  • L’association Cap plancha : « C’est ridicule, Planeita punctoris ne s’attaque qu’au bétail domestique. De plus cette espèce a indéniablement une action bénéfique : les véhicules routiers prélèvent un taux bien trop élevé d’animaux sauvages et domestiques, car ils n’ont aucun prédateur. Planeita punctoris peut y remédier en régulant les populations de véhicules, en surnombre. Elle contribue efficacement à un fonctionnement assaini de l’écosystème routier. C’est pourquoi nous demandons son classement en espèce protégée stricte par l’Union Européenne. Les éleveurs n’ont qu’à se protéger, les moyens de protection existent et sont efficaces : il suffit d’équiper chaque bête avec une armure en cupro -béryllium-alu, à la fois léger et résistant ! »
  • L’ONCFS : « Nos armes sont inefficaces ! Il faut au moins des canons de calibre 20mm pour fracturer la planche. »
  • Le ministre de la défense : « L’armée est mobilisée. Nos vidons nos dépôts de leurs stocks de mortiers et lance-flammes. Je vais commander en urgence aux Etats-Unis une centaine d’exemplaires de l’avion d’attaque au sol A10, le seul qui dispose d’une batterie de canons de 37mm ! »

En attendant que des décisions concrètes et efficaces sortent de ce brouhaha, l’Agence de Sécurité Sanitaire a mené son enquête pour élucider le mystère de cette fâcheuse évolution, et trouver ses sources. En fouillant dans les archives, elle a trouvé deux cas suspects, tous deux situés en France, dans le département de l’Ariège.

  • Le premier, datant d’il y a quelques années, concerne la mort de deux chevaux Mérens, avec des griffures suspectes. A l’époque, les éleveurs avaient dénoncé une attaque d’ours, mais les agents de l’ONCFS avait formellement écarté cette hypothèse. Officiellement, la cause de ces griffures était indéterminée.
  • Le deuxième, un peu plus récent, concernait la mort d’une brebis. Le vétérinaire chargé de l’examiner avait attribué, à tort, la prédation à un vautour fauve, des griffures étant présentes sur le cadavre étant censé être les marques des « serres ». Ce vétérinaire devait être novice, car chacun sait que les vautours fauves n’ont pas de serres.

Alertée, l’armée a aussitôt déployé un cordon de sécurité sanitaire autour de ces deux exploitations. Leurs propriétaires devaient être interpellés, mais ils ont pris la fuite. Un mandat d’arrêt international a été déposé à leur encontre…

Un conseil : si vous sortez voir des amis, ce soir, allez-y à pied.

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